6.5/10

Des hommes d'influence

Dustin Hoffman en producteur un poil loufoque mais terriblement joueur, prêt à faire une fausse guerre pour aider son président. Non pas qu'il l'aime... mais ça l'amuse !

Quand un chien remue la queue parce qu'il est content, on dit, en anglais, qu'il wag. Mais si on inverse l'expression, elle devient Wag the dog. Ce qui indique finement que le chien est influencé de façon à ce qu'il soit heureux. Le titre original des hommes d'influence est ainsi plus subtil que son titre français, et annonciateur de sa thématique : la manipulation.

Le président des Etats-Unis, à quelques jours de l'élection présidentielle est accusé d'avoir proposé à une jeune fille des Firefly (une sorte de confrérie scout) des choses inavouables. Bien peu soucieux de savoir où est la vérité, Conrad Brean (Robert de Niro), le monsieur Fix-it agissant dans l'ombre de la présidence, est chargé de détourner l'attention afin que les sondages favorables se maintiennent et que le président soit confirmé dans sa fonction pour un second mandat.

Conrad Brean, donc, homme de l'ombre mais à l'influence irréfutable, pense que le meilleur moyen de détourner l'attention des affaires de moeurs du président est de créer une actualité assez forte pour qu'elle étouffe les médias. Son choix se porte sur une guerre avec l'Albanie. Entre cynisme et populisme, Conrad va jusqu'à faire appel au producteur Stanley Motss (Dustin Hoffman) afin qu'il réalise cette guerre en fournissant faux reportages et chansons patriotiques à toutes les chaînes américaines. Avec un fond bleu et un bon logiciel de traitement vidéo, on fait des miracles ! Peu importe les moyens, pourvu qu'on réalise son objectif.

De Niro campe un homme de l'ombre assez détonnant avec sa fonction. Bien loin de porter le costume noir avec classe, le petit bonhomme a plutôt un charisme limité et cache bien son jeu derrière une façade insignifiante. Il fait la conversation même quand ça le dérange visiblement, alors qu'un bon leader hollywoodien de l'ombre aurait déjà tapé trois fois sur la table.

Dustin Hoffman, quant à lui, sous les traits de Stanley Motss, est un producteur un peu m'as-tu-vu. Une grande villa, des anecdotes à placer... une catastrophe survient ? Oh, ça, une catastrophe ? Pas du tout, on voit bien que vous n'avez pas connu... etc. Un moulin à paroles pas facile à gérer. Sa première rencontre avec Brean le montre dans un peignoir étonnant, armé de lunettes énormes du plus bel effet. Il fait les choses avec un amusement sincère. Il n'a pas de problèmes éthiques à la déclaration d'une fausse guerre, tant qu'il peut avoir les yeux qui brillent comme un gosse. Un rôle assez jubilatoire !

Des hommes d'influence présente une énorme arnaque politique qui passe d'autant mieux qu'elle est complètement édifiante. Certainement trop. Jusqu'à ce qu'une petite voix nous incite à y réfléchir de plus près à la vue de l'actualité, maintenant encore plus qu'à l'époque de la sortie du film. Qui pour dire que la guerre du Golfe était avant tout une histoire de pétrole ? On attend toujours de voir les armes de destructions massives. Qui pour douter des différents rebondissements de la campagne électorale en Amérique cette année ?

Si Des hommes d'influence est une comédie satirique tirant sur la classe politique et les médias, on rit moins fort que lors de sa sortie, tant le scénario fait écho à des univers possibles, semant le doute et la confusion plutôt que le rire et le sourire, malgré des séances de brainstorming très efficaces.

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A propos de l'auteur

Guillaume est le fondateur et le rédacteur en chef de Krinein. Curieux et passionné par la culture au sens large, il poursuit sa route sur les chemins tumulteux de la critique culturelle.

1 commentaires

  • knackimax

    04/11/2008 à 11h18

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    ... Pour les membres du 303 ...

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