7.5/10

Hommes et des dieux (Des)

Plus qu'un film sur les conséquences de la colonisation, Des hommes et des dieux est une réflexion sur la spiritualité, sur le choix et sur le « vivre ensemble ».

L'enlèvement et l'assassinat des moines de Tibhirine a choqué la France en 1996, même si aujourd'hui encore les circonstances de leur mort ne sont pas clairement Cheese
On n'est pas bien comme ça, au frais ?
déterminées. Il semble certain que les moines ont été enlevés par le Groupe Islamique Armé (GIA) pour servir de monnaie d'échange avec un groupe de combattants du même mouvement, emprisonnés en France. La suite est plus floue. Le GIA a-t-il lui-même décapité les moines en guise de représailles ? L'armée algérienne a-t-elle fait une bavure magistrale en canardant les moines qu'elle était sensée libérer ? Les services secrets algériens ont-il manipulé l'histoire pour faire porter la responsabilité aux islamistes ? Quel est le rôle exact des antagonismes entre Marchiani et Juppé alors Premier Ministre ? Autant de questions auxquelles nous ne répondrons pas, car le film de Xavier Beauvois lui-même n'évoque qu'à peine cette fin trouble.

Une parenthèse de sérénité

Ray of light
Finalement c'est à l'intérieur qu'il fait plus frais
L'histoire des moines n'est en effet qu'un prétexte pour le réalisateur d'évoquer la fin de religieux, non pas perdus mais intégrés dans un pays qui n'est pas le leur. Suivant les règles de Saint Benoît, ils vivent leur journée rythmée par les services liturgiques et par le travail manuel : cuisine, jardinage, apiculture. Cette vie monacale résonne en nous comme un bienfaiteur retour aux sources, à un avant plein d'une spiritualité apaisante piochée en grande partie dans une interaction forte avec la terre et la nature. Sur ce point là, Des hommes et des dieux n'est d'ailleurs pas sans rappeler Le grand silence de Philip Gröning, documentaire tourné au Grand Monastère de la Chartreuse. L'un comme l'autre laissent les chants monastiques guider l'esprit du spectateur, l'un comme l'autre sont de véritables havres de paix dans un monde trop bruyant qui va trop vite, l'un et l'autre enferment le temps dans une parenthèse de quiétude. Le grand silence donne sans doute encore plus de substance à la spiritualité, au calme et à la recherche de soi ; mais Des hommes et des dieux a le mérite de ne laisser aucun spectateur sur le bord du chemin en s'appuyant sur un scénario qui met au centre de l'histoire l'humain, qu'il soit moine français ou villageois algérien.

Le dilemme d'une vie

OK podium
Qui veut un pastis bien frais ?
Car loin d'être cachés dans une tour d'ivoire, les huit moines sont au contact, et surtout au service, des Algériens. Ainsi le médecin soigne les petits bobos comme les bleus à l'âme d'une population effrayée par les terroristes qui ensanglantent le pays. Car, et c'est sans doute là l'une des choses qu'il faut retenir du film, il est possible de vivre ensemble, même si l'on ne partage pas la même vie, pas la même religion, pas la même culture. Du moment que l'on ouvre assez son esprit. Xavier Beauvois évite d'ailleurs soigneusement de prendre partie dans cette histoire et se concentre sur la vie des moines et leur impossible choix. Complètement intégrés dans la vie algérienne, ils font face à un éprouvant dilemme : doivent-ils partir et ainsi céder au terrorisme ou, au contraire, doivent-ils rester et suivre la voie qu'ils ont commencé de tracer ? C'est au moment de ce choix que le film prend vraiment tout son sens, porté par des acteurs qui, enfin, deviennent crédibles et habitent réellement leurs personnages. Notamment lors d'un plan absolument magnifique et poignant durant lequel les moines prennent conscience de leur probable mort sur un Lac des cygnes impressionnant de majesté et de noirceur.

La colonisation, la Guerre d'Algérie et leurs conséquences à plus ou moins long terme est un sujet sensible des deux côtés de la Méditerranée. Pourtant, Xavier Beauvois parvient à dépasser les événements troubles d'une partie de l'histoire franco-algérienne en proposant une réflexion sur la spiritualité, sur l'engagement religieux mais surtout sur la possibilité du « vivre ensemble », une notion bien souvent mise à mal.

A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

13 commentaires

  • gyzmo

    08/09/2010 à 00h48

    Répondre

    Sans savoir où j'allais mettre les pieds, je n'avais bien évidemment pas
    idée du propos de ce film. Je n'ai pris conscience de son origine qu'à
    la toute fin - adaptation d'un fait dramatique pour le moins
    incompréhensible (et qui n'a pas trouvé à ce jour, il me semble,
    d'explications claires). La scène du banquet, sur fond de musique
    classique est particulierement émouvante. D'autant plus lorsqu'on
    connait le dénouement discret, mais chargé en tensions.


    Concernant le casting, j'ai été ravi de retrouver Lonsdale dans un rôle
    pareil. Je l'ai trouvé particulièrement juste dans son jeu. A la fois
    massif et rassurant. Franchement, c'est une belle interprétation de sa
    part. Lambert s'en sort aussi bien, même s'il a tendance à être à fond
    dans son truc, à en faire des tonnes durant les chants grégoriens - cela
    prête un peu au risible oO. A côté de cela, par bien des aspects, il
    m'a également rappelé son superbe rôle dans Hiver 54, l'abbé Pierre.
    Le reste des interprètes sont excellents. On sent bien le travail
    réalisé autour de chacun pour leur laisser la place d'exister, de
    participer au pack d'ensemble. Leur communauté est d'ailleurs bien mise
    en scène. On apprend pas mal de chose sur la vie de cet ordre en
    territoire étranger, sur son intégration toute en douceur au sein de la
    communauté algérienne.


    Le fond traite évidemment du sacrifice, de la foi qui ne plie pas devant
    certaines lois imposées. Mais pas seulement. Cela parle aussi du
    partage, du choix, de gestion de la peur, de l'idée de faire front
    ensemble. Parfois, l'atmosphère du film peut paraître soporifique - ou
    calme diront les plus indulgents^^. Parfois, ça vire à la violence
    subite. Le film oscille entre plusieurs états, sans oublier d'être par
    moments un tantinet drôle. A ma grande surprise. Car honnètement, si je
    n'avais pas reçu une invitation pour aller le voir, je ne pense pas que
    j'y serais allé de mon plein gré. Et ça aurait été quand même dommage
    de passer à côté !

  • Amiral

    21/09/2010 à 20h43

    Répondre

    C'est marrant. On avait énormément parlé du massacre de ces moines en Algérie à l'époque. C'est un fait divers limite culte.


    Et pourtant ...  tu n'es pas le premier qui dit le découvrir à travers ce film.

  • nazonfly

    21/09/2010 à 21h24

    Répondre

    Boh moi c'est surtout que j'avais dix-huit ans à l'époque et que l'actualité me passait à 100000 années-lumière par dessus la tête.

  • gyzmo

    22/09/2010 à 00h25

    Répondre

    "C'est marrant (...) limite culte"

    Vu que Naz n'évoque pas sa découverte du fait divers dans sa critique,
    je suppose que ton com, Amiral, m'est destiné ? J'ai dû mal m'exprimer :
    je connaissais le fait avant d'aller voir le film. Par contre, je ne
    savais pas que le film s'en inspirait. J'en ai pris connaissance durant les dernières scènes du métrage (à partir du banquet, pour être précis). "Marrant" et "culte" ne me semble d'ailleurs pas approprié
    pour évoquer ce drame, soit dit en passant !

  • Anonyme

    28/09/2010 à 20h41

    Répondre

    Ce beau film manque un peu de vie; il y a des longueurs , heureusement le personnage du prieur est bien joué et sa foi, très bien rendue; j'ai regretté que les échanges avec les gens du pays soient aussi succints car la dimension historique de la vie de cette communauté est loin d'être banale et aurait mérité d'être mieux connue;elle est seulement suggéré et l'on reste sur sa faim. 

  • Anonyme

    29/09/2010 à 21h41

    Répondre

    un film tres poignant, inutile à commanter, encore moins à barratiner...


    a voir, inoubliable..

  • Anonyme

    19/10/2010 à 19h24

    Répondre

    Ce film c'est de la daube . J'ai été le voir dans le cadre d'une sortie scolaire , et c'est sans aucun doutes le pire film qu'il m'ai été donné de regarder . Je trouve que ce film vise plus les personnes agée qui sont elles plus catholiques que des éleves de 15ans .

  • hiddenplace

    19/10/2010 à 19h40

    Répondre

    Ah personnellement, je ne vois dans ce film aucune forme de prosélytisme catholique voire religieux tout court. J'y vois plus une réflexion sur la force de la foi tout court, même pas au sens religieux d'ailleurs, sur la notion d'altruisme ou de fraternité, sur le sacrifice...


    Dommage que comme les romans imposés dans les programmes, les films vus dans le cadre scolaire soient davantage vécus comme une contrainte pédagogique que comme une possibilité de réflexion personnelle.   A revoir peut-être dans quelques années ?

  • nazonfly

    27/02/2011 à 22h26

    Répondre

    Largement mérité pour Des hommes et des dieux et pour le second rôle de Lonsdale (et pas étonnant que Lambert Wilson n'ait pas eu le meilleur rôle masculin, ce n'est pas de lui dont on se souvient à la fin).

    On notera aussi que L'arnacoeur n'a pas eu non plus de récompenses. Non plus que Camping 2 (mais il n'était même pas nommé).

    Par contre, ça me fait bizarre de voir The Ghost Writer récompensé. Pas seulement à cause de l'histoire de Polanski, mais aussi parce que c'est un film en anglais, tourné en Allemagne et au Danemark, scénarisé par un Britannique, réalisé par un Franco-polonais qui habite en Suisse...

    Comment dire... c'est français du coup ?http://cinema.krinein.com/cesars-20 ... 15293.html

  • hiddenplace

    27/02/2011 à 22h56

    Répondre

    N'empêche que même s'il est tout ça à la fois, Ghost writer est aussi très bien, je suis contente de sa récompense même si bon, on a vu plus français, comme film^^

    Sinon contente pour L'illusionniste

  • riffhifi

    28/02/2011 à 00h27

    Répondre

    Par contre, ça me fait bizarre de voir The Ghost Writer récompensé. Pas seulement à cause de l'histoire de Polanski, mais aussi parce que c'est un film en anglais, tourné en Allemagne et au Danemark, scénarisé par un Britannique, réalisé par un Franco-polonais qui habite en Suisse...

    Polanski est né à Paris, il coproduit le film avec France 2... C'est français
    L'élément déterminant de la "nationalité" d'un film, pour un festival ou une récompense, c'est sa production je crois.

  • nazonfly

    28/02/2011 à 08h08

    Répondre

    Oui riff je sais mais ça me gêne quand même quelque part.

  • naweug

    07/03/2011 à 09h49

    Répondre

    Pour Polanski, ça fait donne l'impression qu'ils l'ont primé pour faire un pied de nez à toute son affaire en justice

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