L'homme invisible - Dossier

Retour sur la filmographie du personnage le plus discret du cinéma

Comment un personnage aussi transparent que l'homme invisible a-t-il pu connaître une carrière aussi importante au cinéma ? C'est pour répondre à cette question parfaitement inutile que nous allons retracer ici la filmographie de la gueule la plus impossible à retenir de l'histoire du septième art.


Années 30-40 : l'homme invisible est sous contrat avec Universal

"Claude Rains was the invisible man", dit la chanson du Rocky Horror Picture Show. Elle fait référence à la première adaptation du roman de Herbert George Wells, réalisée par James Whale (à qui l'on doit Frankenstein et La fiancée de Frankenstein) en 1933. Les effets spéciaux de John P. Fulton montrent le savant fou ôter ses bandages pour ne révéler qu'un atroce néant ; une performance technique incroyable pour l'époque du film, mais qui ne contribue pas vraiment à rendre célèbre le visage de Claude Rains, dont c'est le premier rôle au cinéma. Heureusement pour lui, on le reverra par la suite dans pas mal de films, notamment chez Hitchcock dans Les enchaînés ou chez Michael Curtiz dans Casablanca.

Le succès de ce premier film très réussi entraîne une kyrielle de suites réglementaires et parfaitement oubliables, elles aussi produites par Universal : Le retour de l'homme invisible en 1940, La femme invisible en 1941, L'homme invisible contre la Gestapo (avec Peter Lorre !) en 1942, Invisible man's revenge (avec John Carradine) en 1944, et le malheureusement inévitable Abbott et Costello rencontrent l'homme invisible (après avoir croisé Frankenstein et avant de croiser la momie, les « deux nigauds » comme on les appelle en France à l'époque, continuent leur tour d'horizon des monstres classiques) en 1951.


Années 60-80 : l'homme invisible est télévisé

De 1958 à 1960, l'homme invisible a pour nom Peter Brady et sauve le monde toutes les semaines dans une série télé qui, malgré ce que clame le générique, n'a rien à voir avec le roman de H.G. Wells. Ici, l'homme invisible est un bon père de famille au service du gouvernement. Les effets spéciaux sont simplistes mais le ton léger rend la série sympathique (les gens de ma génération se souviennent peut-être avec nostalgie avoir suivi ses aventures dans l'émission Sam'dynamite, qui diffusait également le Batman des 60s).

En 1975, la couleur arrive. Quel intérêt pour un homme invisible ? Celui d'apprécier la blondeur du nouveau héros, joué par David McCallum (mieux connu pour Des agents très spéciaux et NCIS : enquêtes spéciales où il joue le médecin légiste) dans cette série qui ne dura qu'une saison. En fait, le personnage invisible ne l'était que rarement car il portait la plupart du temps un masque de lui-même !

En 1984, une mini-série de la BBC en trois parties retourne à la source : le roman de Wells. Peu connue, la chose est néanmoins trouvable en DVD anglais.


Années 90 : l'homme invisible est comique

En 1993, John Carpenter réalise Les aventures d'un homme invisible (Memoirs of an invisible man), qui narre les déboires d'un quidam (Chevy Chase) devenu invisible par accident. Celui-ci est le plus souvent visible à l'écran pour le rendre attachant, mais le film est par ailleurs bourré d'effets spéciaux novateurs : il est un des premiers à utiliser les images de synthèse. Soixante ans après les effets de John P. Fulton, une nouvelle ère s'ouvre pour le cinéma fantastique.

En 1997, Fred Olen Ray (réalisateur de nanars aux titres aussi évocateurs que Evil Spawn, Alienator ou encore Bad Girls from Mars) commet simultanément Invisible mom et Invisible dad. Le premier est édité en France sous le titre Ciel, Maman est invisible !. En 1999, Olen Ray persiste et signe avec Invisible mom II.

En 1999, parmi l'équipe de bras cassés qui jouent aux super-héros dans Mystery men, on trouve Invisible Boy, dont le super-pouvoir consiste à devenir invisible... quand personne ne le regarde ! On ne rigole pas, ça marche vraiment. Néanmoins, le personnage a une importance négligeable dans le film, qui est dominé par Ben Stiller, William H. Macy et Greg Kinnear. Rappelons au passage qu'il s'agit d'une sorte de chef-d'oeuvre.


Années 2000 : l'homme invisible ressort de l'ombre

En 2000, Paul Verhoeven réalise Hollow man - l'homme sans ombre avec Kevin Bacon et Elisabeth Shue. Le personnage principal est une version moderne et décadente du héros de H.G. Wells, profitant de son invisibilité pour assouvir de malsaines pulsions voyeuristes... Le film, pas mauvais mais pas terrible non plus, remporte un succès modeste et marque la fin de la carrière de Verhoeven aux Etats-Unis. Il est affublé en 2005 d'une suite intitulée Hollow man 2 mais sans aucun rapport autre que le titre. Christian Slater y joue un autre homme invisible.

De 2000 à 2002, une série télé américaine sobrement intitulée Invisible man (ou encore plus sobrement I-Man) remporte un certain succès.

En 2003, dans La ligue des gentlemen extraordinaires (risible adaptation des comics d'Alan Moore), un voleur invisible nommé Skinner s'avère être un des meilleurs personnages.

Et si on veut vraiment se faire du mal, on peut se pencher sur le cas des Quatre Fantastiques (Fantastic Four, 2005) et de sa suite imminente, Les Quatre Fantastiques et le Surfeur d'Argent (2007), qui mettent en scène le personnage de Invisible Girl / Jane Storm sous les traits de Jessica Alba.


Que peut-on retirer de ce parcours ? Probablement que les cinéastes manquent d'imagination quand on en vient à parler d'invisibilité : le bonhomme translucide semble chaque fois avoir un choix binaire entre une carrière criminelle (les adaptations de Wells, Hollow Man) ou une vocation de super-héros bienfaiteur (la série des 60s, Fantastic Four). Seul John Carpenter, dans un film qu'il ne contrôlait pourtant pas totalement, a su montrer un homme invisible différent, victime de sa situation et cherchant à s'y adapter.
Conclusion : Carpenter est un boss, relisez le dossier de Lestat.

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Rasta Rockett

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