3.5/10

Homeboy

Johnny Walker est un personnage qu'on préfèrera oublier bien vite dans la carrière de Mickey Rourke. Et pourtant, malgré un film lourd instrumentalisé au banjo et à la guitare mièvre, Christopher Walken tire tout de même son épingle du jeu. C'est bien le seul.

Mickey Rourke est un de ces acteurs dont on a entendu beaucoup parler sans jamais vraiment comprendre pourquoi. Certes belle gueule à une époque, puis très sale gueule à une autre, connu aussi pour ses frasques sur plateaux, il a clairement remué l'opinion publique plus d'une fois dans un sens comme dans l'autre. Après des débuts difficiles dans tous les domaines, il connut pourtant une certaine apothéose critique avec entre autres ses deux collaborations sous l'oeil de Cimino, dont le puissant  L'Année du Dragon, mais aussi lors d'une carrière de boxeur professionnel dont il sortit invaincu mais défiguré. L'un dans l'autre, on a toujours eu du mal à comprendre qui était Mickey Rourke, y compris lors de son retour sur scène allégorique dans The Wrestler, et si 9 semaines 1/2 reste son moment de grâce et de gloire, il n'en est pas moins le début d'une longue descente vers un personnage inconnu y compris de lui-même. Deux ans après cette apogée, en 1988 donc, le voilà dans ce film qui semble charnière. En effet deux autres années plus tard, en 1990, ce sera l'abandon de la carrière d'acteur par dégoût  de son propre travail et le retour au monde de la boxe professionnelle.

Johnny Walker est un boxeur qui ne tient plus debout mais distribue encore bien des pains lorsqu'il se retrouve sur le ring. Se prenant pour un cadavre de vache auquel
Rocky peut toujours essayer de péter les côtes, il avance sur ses adversaires sans pâlir et leur assène très souvent de méchants coups jusqu'à ce qu'ils s'écroulent. Qu'il gagne ou qu'il perde, Johnny reste un éternel enfant qui ne sait pas faire mieux. Le hasard met alors sur sa route un jeune affanchi débrouillard (Christopher Walken) et une femme farouche (sa femme à la ville). C'est à ce même moment qu'une chance pour le titre vient frapper à sa porte en parallèle d'un mot du médecin qui lui promet le pire s'il remonte sur le ring. Entre liberté, amour et boxe, le pauvre cowboy n'est de toute façon pas équipé pour choisir.

Si Mickey a pu briller sous l'oeil attentif de la caméra quelques années plus tôt, son personnage est ici malheureusement gâché par une interprétation bancale et un développement scénaristique particulièrement étrange. N'oublions pas d'ailleurs qu'il s'agit d'un scénario que l'on doit à l'interprète principal en question et dans lequel il
explore un sujet qui lui tient probablement trop à coeur. Ce manque de distance assez flagrant lui permet de nous servir une histoire difficile à suivre concernant un boxeur à la démarche chaloupée, dont on ne sait toujours pas à la fin s'il est un cowboy campagnard un peu neuneu avec les oreilles décollées et le sourire benêt, ou juste un type doué qui s'en est pris un peu trop en pleine poire. Si le rôle d'abruti est parfaitement bien campé, et que son mutisme semble être un élément de profondeur étudié, le principe même de cette dynamique est contredit par les quelques moments de lucidité et le regard de braise de ce dernier. Les poses qu'il nous inflige avec son Stetson qui lui fait ressortir de grandes oreilles ne nous font pas non plus plaisir, et dénotent d'un sens du placement de caméra peu efficace de la part du réalisateur. Bref, des choix douteux mais qui partent de bons sentiments.

Outre ces petites incohérences qui ruinent tout de même pas mal le film, on nous proposera également des scènes glamour typiques de l'époque,
avec de belles plantes des 80's sur lesquelles on fait couler du champagne et qui nous rappellent quelques moments glam de la gloire passée de l'acteur, sans succès toutefois. Histoire de brouiller encore plus les pistes, le film devient un espèce de fourre-tout à clichés qui ne va nulle part, et si la tension dramatique prend parfois le dessus en nous offrant de jolies scènes de boxe, on ne peut que sourire à la mention sur la jaquette qui nous encourage à oublier Rocky car Homeboy est "the real thing". Le pire reste probablement toute la bande-son mièvre que l'on doit pourtant à Eric Clapton. Ce dernier semble s'ennuyer autour d'un feu de camp au milieu d'une forêt et répète inlassablement les mêmes thèmes sans grande conviction. Les scènes romantiques en deviennent pénibles, et l'errance de notre boxeur aux jambes arquées n'en est pas moins pathétique et mongoloïde malgré le banjo qui l'accompagne.

On gardera une mention spéciale à l'attention de Christopher Walken qui joue un affranchi cabotin, et dont le pouvoir comique utilisé à contrepied dans une
histoire un peu trop sérieuse fait relativement sourire. Il multiplie les situations cocasses, allant jusqu'à faire un casse  déguisé en rabbin orthodoxe, casse qui se finit en course-poursuite avec un flic à l'oeil vif et au sprint bedonnant. C'est l'occasion aussi pour lui de nous rappeler que sa première occupation était le music-hall, où il fut danseur de claquettes professionel sur Brodway pendant quelques années (aux côtés de Matthew Broderick d'ailleurs) avant de faire l'acteur. Il reste probablement le seul rôle de ce film qui vaille le coup, et pourtant il est loin d'être parfait. Mais cela nous fait remarquer qu'une fois de plus l'homme qui jouait la mort dans Click, ou le méchant dans Balls Of Fury, reste bon au milieu de tant de malheur cinématographique. 

Film raté donc, qui marque une période charnière de la vie de Mickey Rourke et le verra s'enfoncer dans son obstination de devenir boxeur, chemin qu'il finira par quitter également pour nous revenir beau grand et fort une quinzaine d'années plus tard. Un détour sans conviction, mais significatif, d'une période sombre nécessaire à la chrysalide pour se transformer en papillon... enfin un truc comme ça.

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