6.5/10

Holiday

Guillaume Nicloux s'essaie au murder mystery, en l'abordant sous l'angle de la comédie de mœurs. Il retrouve Jean-Pierre Darroussin et Josiane Balasko, pour un film décalé mais pas inoubliable.

 

Depuis quelques années, la France est piquée d'un vif intérêt pour Agatha Christie : Mon petit doigt m'a dit, Le grand alibi, et autres adaptations sur petit et grand écran fleurissent régulièrement. Cette fois, c'est Guillaume Nicloux qui s'engouffre dans la brèche, sans pour autant adapter un livre de la romancière. Holiday marque pourtant une rupture dans la carrière du cinéaste, qui jusqu'ici œuvrait davantage dans le hard-boiled que dans le whodunnit. Traduction : ses films précédents misaient sur l'ambiance poisseuse et la psychologie tortueuse,
plus que sur l'intrigue à proprement parler ; cette fois, il adopte la formule éprouvée composée d'un lieu clos, d'un meurtre et d'une dizaine de suspects. Mais y apporte sa touche personnelle.

Michel Trémois (Jean-Pierre Darroussin) part en week-end avec sa femme Nadine (Judith Godrèche) et sa belle-mère tout juste sortie d'une rupture (Josiane Balasko). Mais la destination s'avère plutôt mal choisie : le château de Mercuès regorge d'invités inquiétants (le dépressif, l'obsédé aux dents pourries, la chanteuse insomniaque...), et la mort rôde.

Malgré l'approche très "Cluedo" du scénario, Nicloux ne donne pas dans le Poirot de base : le personnage principal n'est pas l'enquêteur mais un des suspects, et l'intrigue oscille autant du côté du murder mystery que de la comédie de mœurs. D'ailleurs, bien que sa filmographie n'ait jamais été exempte d'humour noir, le réalisateur n'a jamais rien livré qui ressemble aussi clairement à une comédie. La promotion a peut-être tendance à survendre cet aspect : l'affiche annonce "une comédie polisexe", jeu de mots poussif que l'on aurait pu aisément remplacer par l'annonce d'un film avec Jean-Pierre "dard ou sein" et Judith "gode rêche"...

La distribution est assurée par mk2, qui pense sans doute tenir en Guillaume
Nicloux son nouveau Claude Chabrol : polar à la française, équilibre délicat entre traditionalisme et provoc bourgeoise... La perversion a ici quelque chose de pépère ; hoho, les personnages fument des joints, héhé, les ébats sont parfois extra-conjugaux. A l'arrivée, le film pose deux problèmes : d'une part il n'atteint jamais le niveau du générique élégamment dégoûtant qui l'ouvre, d'autre part il semble hésiter constamment entre son sujet "policier" et son thème "intimiste" (le problème de couple de Darroussin et Godrèche). Comme si Nicloux et son coscénariste Jean-Bernard Pouy ne savaient pas trop quel public viser, ainsi qu'en témoignent les blagues lourdement explicitées, et la teneur assez familiale de la violence et du sexe contenus dans le film. La bonne nouvelle, c'est que le réalisateur prend visiblement plaisir à diriger de nouveau Balasko (qui était sa vedette dans Cette femme-là) et surtout Darroussin, qu'il pourrait bien retrouver prochainement pour une suite tardive du Poulpe (le premier date déjà de 1998). Au rayon des surprises agréables, on note également la bande originale de Julien Doré, qui donne à l'ensemble son ton décalé.

Sans être une grosse réussite, Holiday constitue un divertissement raisonnablement original, en attendant La religieuse, le prochain film du cinéaste.


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