7.5/10

High Fidelity

John Cusack fait le top 5 de ses plus beaux plaquages affectifs. Et nous, on met le film dans le top 5 des films de John Cusack.

Nick Hornby a une patte, un style, un humour corrosif qui donne du plaisir à lire. Sa plus belle vitrine s'appelle certainement Haute Fidélité, sorti en 1995, qui a appelé évidemment une adaptation cinématographique produite notamment par John Cusack en 2000. Ce dernier endosse également le rôle principal, apparemment conscient d'avoir la tête de l'emploi.

Rob Gordon (John Cusack), 36 ans, tient une petite boutique miteuse de vinyles et de CD, dans Chicago. Sa copine, Laura (Iben Hjejle), décide de le plaquer et quitte son appartement sans réelle explication. Désemparé, Rob commence à s'interroger sur ses relations passées : pourquoi celles-ci finissent-elles toujours de la même façon, qu'est-ce qui cloche chez lui ?

Bon, il est important d'identifier ici deux catégories de spectateurs : ceux qui n'ont pas lu le livre, et ceux qui l'ont lu.

Patrick Bruel et Bruce Willis
Patrick Bruel et Bruce Willis
Dans le premier cas, High Fidelity a cette espèce d'excentricité qui fait plaisir à voir, une petite touche maligne et pertinente qui séduit presque à coup sûr. Le film se construit comme une comédie romantique, à ceci près que le personnage principal, Rob Gordon, ne regarde pas vers l'avenir mais vers le passé, s'interrogeant sur ses relations passées et sur la façon dont elles sont parties en vrille. Ses états d'âmes sont clairement mis à jour par de récurrents monologues où Rob exprime son sentiment actuel tout en commentant ce qui lui arrive, avec une verve relativement acide et un pessimisme fréquent. A l'instar de nombreuses autres histoires, High Fidelity parle de passage à l'état adulte, de sentiments contradictoires, et d'engagement, en s'intéressant à un personnage de 36 ans coincé dans une adolescence persistante. Stephen Frears ne s'en sort pas si mal, compte tenu du scénario loin d'être facile à aborder, même si certains, voire la plupart des spectateurs, trouveront le rythme un peu mollasson. Rob Gordon, quant à lui, n'aurait su trouver meilleur visage que celui de John Cusack, parfait dans son rôle de loser désabusé. Des seconds rôles, on retiendra surtout la « performance » de Jack Black, dans sa composition-type de l'irrévérencieux impertinent.


"Jack Black : j'ai la pêche !
John Cusack : Tu me fatigues..."
Dans le second cas, c'est moins la joie. Le livre, petit bijou d'humour ironique, se construit complètement autour des états d'âmes de Rob Fleming, l'auteur s'amusant constamment à comparer la réalité (ce que dit, ce que fait Rob) et l'imaginaire (ce qu'il pense réellement). Reconnaissons à Frears que le résultat à l'écran n'est pas si mal rendu, mais l'on est aux antipodes de l'acidité originelle du Fleming britannique, son homologue de Chicago étant un peu moins bavard et plus édulcoré. La construction du film diffère légèrement de celle du livre, pour des questions évidentes de rythme, mais la plupart des moments forts sont conservés tel quel avec plus ou moins de bonheur (les questions pseudo-philosophiques du genre « Est-ce la tristesse qui nous pousse à écouter de la pop music, ou le fait d'écouter de la musique pop qui rend triste ? » sont conservées, pour notre bien à tous). En définitive, on perd en humour ce que l'on gagne en cadence (pourtant assez lente), une constatation qui se fera au dénouement, lui très sec. Cusack et les seconds rôles, dont évidemment Jack Black, donnent aux personnages du livre des visages très crédibles, comme si ceux-ci avaient été écrits après avoir décidé de leur interprète à l'écran.

Nick Hornby, auteur du roman, peut être fier : le film est une bonne adaptation, attachante, cohérente, fidèle, mais si celle-ci ne peut évidemment pas retranscrire l'intégralité de l'œuvre et perd donc un peu de substance dans la transformation. Demeure une comédie romantique de bonne facture, loin de provoquer les éclats de rire mais certainement pas stupide.

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