8/10

heure d'été (L')

Malgré son titre, ce film ne traite pas du changement d'heure, mais de la disparition d'un proche et de succession. Un sujet douloureux très bien traité.

Juliette (Edith Scob), à l'occasion de son 75ème anniversaire, reçoit ses enfants et petits-enfants dans sa maison à la campagne, la maison familiale, chargée de souvenirs d'enfance. C'est le moment de se retrouver tous ensemble, de partager et de laisser les souvenirs revenir à la surface, de se retrouver parmi ses racines et les siens. Ils se font rares, ces instants privilégiés, car à part l'aîné Frédéric (Charles Berling) vivant à Paris, Adrienne (Juliette Binoche) fait sa vie aux Etats Unis et Jérémie (Jérémie Renier) la sienne en Chine. On retrouve l'ambiance des fêtes de famille traditionnelles, les frères et sœurs se jugeant les uns les autres, se vantant de ce qu'ils font, pour que leur mère soit fière d'eux. L'un a écrit un livre sur l'économie, qu'il a écrit tout en enseignant à Science-Po, l'autre est responsable d'une usine et la dernière créatrice de renom. Tous ont des vies bien remplies, trop pour venir voir plus souvent voir Juliette.

A l'occasion de cette fête, cette dernière commence Photo de famille
Photo de famille
à évoquer le sujet de sa succession à Frédéric, ça sera à lui de faire le partage par la suite. Bien sûr, il ne l'écoute pas vraiment, il refuse de croire que sa mère puisse disparaître. N'est-ce pas ce que pensent tous les enfants ? Que leurs parents sont éternels ? De toute façon, hors de question de vendre, c'est le patrimoine familial, le travail de toute une vie. Car Juliette est la nièce d'un célèbre peintre, Frédéric veut donc, contre l'avis de sa mère, poursuivre son œuvre.

Après quelques jours passés, les enfants repartent. Il y a alors une première scène forte, celle de Juliette se retrouvant seule dans sa grande maison, vide, sans le rire des enfants. L'image de Juliette assise dans son salon, dans la pénombre de son salon, contraste avec le soleil éclatant de la journée. Un peu comme la vie dans  la journée lorsque sa famille est là, et l'ombre déclinante du jour représente la fin de sa vie.

Cette dernière ne tardera pas à arriver : quelques mois plus tard, Juliette meure. Commence alors la succession à gérer, la maison et les objets d'art.  Chaque enfant réagit différemment suivant son caractère. On assiste à une galerie de souvenirs lors de la veillée, on se rappelle les bons moments, puis les petites piques fusent ici et là, jusqu'à ce que le plus jeune Jérémie commence à parler de la succession de la vision des choses. Deux enfants sur trois qui ne vivent plus en France, pas difficile de déduire leurs choix.

Dépêchez vous de faire la photo, on va se faire saucer.
Dépêchez-vous de faire la
photo, on va se faire saucer.
Au-delà de ce choix, on peut y voir la disparition d'un lien, Juliette étant le ciment qui oblige la famille à se réunir une à deux fois par an. Une fois disparue, on a l'impression que chaque enfant vit sa vie sans les autres, presque comme des étrangers. Ainsi Frédéric reste le seul pour s'occuper des papiers, gérer la totalité du patrimoine, régler la paperasse administrative.

Une petite remarque du notaire peut arracher un sourire cynique : « Votre mère n'a pas pris ses précautions, ça va vous coûter une fortune si vous voulez garder les biens dans leur totalité ».  Sans vouloir soulever un débat politique, on peut éprouver un certain malaise en entendant cette phrase.

Le film ne parle pas de la douleur de la perte, mais vraiment de la suite : qu'allons-nous laisser à nos enfants, que ferons-nous des biens de nos parents, reviendrons-nous dans la maison qui nous a vu grandir, comme un pèlerinage ou bien la vendrons-nous. Le film ne fait qu'amener à réfléchir à ce sujet, sans apporter de réponses, chacun a la sienne.

On retrouve quelques grandes figures du cinéma français avec plaisir. Le tout est bien joué, fluide, agréable à l'oeil. A noter quelques scènes surexposées qui créent un sentiment d'irréalité, à des moments clés. Il peut faire penser à Paris, cette façon de suivre des vies, sans autre prétention que de nous faire partager le quotidien d'une famille presque ordinaire. Amateur de blockbuster, passez votre chemin.

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Horton

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2 commentaires

  • Anonyme

    17/03/2008 à 18h54

    Répondre

    pour aimer ce film, il faut être vieux ( 50, 60, 75 ans. . . ) et bien connaître ce milieu social ( j'ai moi-même vu les meubles de ma grand-mère dans un musée, les mêmes phrases m'étaient venues à l'esprit le jour où je les ai vues là-dedans . . . ) . L'employée de maison s'est aussi retrouvée dans un HLM, et a toujours regretté la vie chez ma grand-mère . C'était une autre façon de vivre, et il faut être vieux pour la connaître, et mesurer la nostalgie de ce film. Quand quelqu'un meurt, il emmène avec lui son passé, et ses secrets.


    lEnfin on passe d'un monde de solitude, de calme , et de créativité artistique, à un monde de foule ( maison envahie par une foule hétéroclite) , de bruit (motos, musique etc)  et ce n'est plus créatif, c'est le monde de la fauche, de la destruction ( on fume des joints), etc etc 


    Je ne conseille pas ce film à un jeune : il dira qu'il ne se passe rien, circulez y a rien à voir. 

  • Mickaël

    21/03/2008 à 23h01

    Répondre

    Euh... Je réponds à l'avis précédent de Guyonne. J'ai l'impression que vous n'avez pas compris le film! Les dernières  scènes du film ne montrent le "bruit" de la nouvelle génération mais plutôt comment cette génération est aussi importante et émouvante que la précédente.


    Ensuite le genre d'affirmtion "Pour aimer ce film, il faut être vieux" ou "Je ne conseille pas ce film à un jeune" je trouve ça dommage qu'on puisse penser ça. Ce film s'adresse à tous le monde, j'ai 21 ans et adoré le film et je ne suis pas le seul. 


    Voilà, juste pour dire que ce film est plus subtil que ça. 

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