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Hellbound

Faire les soldes, tout le monde connaît. Pour certains, c'est l'opportunité de renouveler sa garde robe un peu usée par l'hiver glacial, d'autres mettent la main à la poche pour acquérir l'objet technologique de leurs rêves, et puis il y a nous. Nous, les cinéphiles attirés par les stands de DVD pourris joliment mis en valeur par ces messieurs des grandes surfaces, qui nous proposent à très bas prix des collectors nanardesques de grandes personnalités (Schwarzenneger, Michael Douglas, etc) et de sombres acteurs n'ayant pas réussi à percer (Billy Blank, Cynthia Rothrock, Michael Dudikoff, etc). Au milieu de tout ça traîne souvent une catégorie à part : des films de Chuck Norris ! Des somptueux chef-d'oeuvres où le karaté enseigne la justice et l'honnêteté, au travers des puissants débats sociaux qui nous touchent au plus profond de nous-mêmes.
Aujourd'hui, Chuck devra affronter la personnification du mal en personne, un envoyé du diable venu sur terre pour répandre horreurs et dévastations... Hé ! Mais partez pas, j'vous jure que c'est vrai !

« Je suis Prosatanos, votre passage pour l'éternité ! »

Oui, Prosatanos, un suppôt de Satan rossé par monsieur Richard Coeur de Lion himself, ce dernier n'hésitant pas une seule seconde à le priver de ses pouvoirs en brisant son sceptre hideux et à le coincer dans un cercueil de pierre pour l'éternité. Tout ça n'est évidemment que le commencement, puisque neuf cents ans plus tard, deux pauvres pilleurs de tombes réveillent la bête qui ne pense alors plus qu'à une chose : récupérer les morceaux de son bâton pour accomplir un rituel maléfique dont l'inutilité semble être sa principale source de terreur.
Seulement voilà, si les êtres humains du XIIème siècle s'armaient d'épées et de boucliers, les choses ont radicalement changé au XXème siècle. L'homme a domestiqué la toute puissance en apprenant le karaté, et c'est ce que Prosatanos va découvrir à ses dépens en affrontant Chuck Norris. Le démon aura bon se téléporter comme le damné qu'il, ses pouvoirs démoniques seront d'une moindre utilité face au savoir faire du champion d'arts martiaux qui lui apprendra toutes sortes de kick d'une manière brutale. Le karaté peut sauver le monde de la cocaïne, peut sauver la forêt des promoteurs véreux, nous savons maintenant qu'il peut aussi sauver le monde des envoyés sataniques aux ambitions morbides.
Mais Prosatanos a beau avoir une coupe de cheveux flippante, un rire flippant, des yeux flippants, et une voix trafiquée flippante, il n'en resterait pas moins un second couteau si nous nous prenions à vouloir le comparer à la perversité d'un Ramon Cota. Mis à part quelques récurrences meurtrières envers des représentants ecclésiastiques, l'infâme Prosatanos demeure bien calme, obnubilé par son dessein à deux balles qui ferait même rire Schwarzenneger (rappelons-le, monsieur muscle avait affronté le diable en personne dans La Fin des Temps).

« Son coeur s'est tiré ! »
« Oh non, tu te trompes, il est juste à côté de toi... »

Comme dans de nombreux films, Chuck incarne un flic rompu aux plus efficaces techniques de karaté. Pas de blagues cette fois-ci, on ne fait pas le malin face au malin, et c'est pourquoi les scénaristes ont préféré le doter d'un partenaire « black de service » bavard et blagueur. Amateurs de défi, les producteurs ont remué ciel et terre pour dénicher le sosie masculin de Whoopi Goldberg, un exploit à souligner tout autant que l'indiscutable exaspération que nous procure le personnage.
Vous m'avez compris, Chuck réussit un tour de force en combinant les statuts de personnage principal et de figurant, tellement son rôle ne rime à rien. Se retrouver face à un démon ne semble pour lui qu'une affligeante routine qu'il convient de boucler dans les plus brefs délais. Parfois, un petit détail l'intrigue, ce qui lui donne l'opportunité de se mettre à notre place, nous pauvres mortels dont la matérialisation du malin pourrait impressionner, voire faire sursauter.
Pour bien faire les choses, ou plutôt pour faire les choses, il convenait d'insérer quelque part dans le script un début de romance pour éviter l'écueil du flic froid et distant. Quel bonheur de retrouver alors Sheree J. Wilson, l'inénarrable procureur de la série Walker Texas Ranger ! Notons que le Cordell Walker, déjà interprété par Chuck, sera également attiré par le tailleur et la coupe de cheveux « post-explosion » de la jeune femme, ce qui tenderait à prouver que Chuck peut avoir de la suite dans les idées, quand il a des idées.

« J'ai tellement faim que je mangerais une colonie de putois malades ! »

En avons-nous pour notre argent ? A 1€99, je dirais « non, mais... ». Hellbound part effectivement d'un très solide postulat nanar de base, mais se vautre un peu partout : pas trop de répliques chocs, réalisation à la Norris (le montage du générique sera notamment repris dans Forest Warrior), et un rythme assez mollasson. Même le prince des ténèbres ne peut rien face à Delta Force 2...

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4 commentaires

  • shwarztein

    11/01/2007 à 17h50

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    Merci Guillaume, j'ai bien rigolé.

  • Guillaume

    11/01/2007 à 18h26

    Répondre

    Lui c'est nicolas

  • Vincent.L

    11/01/2007 à 19h47

    Répondre

    Lui c'est nicolas


  • shwarztein

    11/01/2007 à 20h21

    Répondre

    Merci Guillaume, j'ai bien rigolé (cette fois c'est la bonne).

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