8/10

Hard Candy

Du fait de son extrême sensibilité, le thème de la pédophilie est rarement abordé au cinéma. Hard Candy, réalisé par David Slade, un habitué des clips (notamment pour le label Warp), prend le contrepied d'une dénonciation scolaire. Il propose en effet un thriller psychologique intense, rythmé et riche en rebondissements. Huis clos extrêmement tendu, qui repose presque uniquement sur l'interprétation des acteurs, la beauté de la réalisation et la force du scénario, le long métrage parvient brillamment à tenir en haleine. Tantôt perdu, souvent dubitatif, tout le temps époustouflé par l'esthétique et les effets de style, le spectateur nage dans un bonheur paradoxal. Qui croire ? En qui faire confiance ? A qui est-il souhaitable de se rallier ? La petite fille apparemment innocente ou l'adulte visiblement pervers ? Rien n'est simple et cette incertitude permet de ne jamais décrocher.

Trop en dire sur le traitement de la pédophilie gâcherait une bonne partie des mystères du film, révélés de manière surprenante. Hard Candy préfère lancer de violentes piques et créer des ambiances lourdes plutôt que de tomber dans une leçon. Grande qualité, l'oeuvre ne succombe jamais à la tentation facile du voyeurisme, pire ennemi dans ce cas précis. Les atrocités sexuelles sont ainsi suggérées et même la scène la plus choc, absolument insupportable (mais filmée avec grand art), évite le « trop démonstratif ». Pas de gore donc, ni de sexe explicite, mais une profondeur psychologique exceptionnelle. La confrontation entre les deux acteurs est superbe, constamment sur le fil de l'imprévisible. Du haut de ses 14 ans (19 en réalité), Helen Page démontre un beau talent pour incarner l'enfance, exprimer la tristesse et la confiance en soi. En face, Patrick Wilson reste impassible, à l'image de l'homme torturé et malade qu'il habite.

Tout le stress accumulé pendant plus d'une heure quarante se décharge dans une libération finale en demi-teinte. Beaucoup de questions restent en suspens, le film ne montrant qu'une solution extrême et radicale. La conclusion, sur le Elephant Woman de Blonde Redhead, invite à réfléchir en musique sur un thème malheureusement trop souvent laissé sous silence. Un mutisme à combattre absolument.

A découvrir

Aristos (Les)

Partager cet article
A voir

Lucky Girl

A propos de l'auteur

9 commentaires

  • Kooothor

    30/09/2006 à 21h59

    Répondre

    J'ai adoré ce film

  • hiddenplace

    01/10/2006 à 11h09

    Répondre

    Quel dommage que tu ne dises pas pourquoi... Je ne sais pas encore si je vais y aller, mais la bande annonce est très tentante !

  • Vincent.L

    01/10/2006 à 11h42

    Répondre

    La bande annonce est très loin de montrer la qualité du film. Tu devrais adorer

  • Cineman

    01/10/2006 à 16h19

    Répondre

    Voila à peu près ma tête à la sortie de la séance , avec aussi un peu de ... je m'explique :

    J'ai vraiment adoré ce film qui nous plonge dans un huit clos d'une rare intensité ou tout repose entièrement sur les dialogues et sur la prestation des deux seuls personnages de l'histoire .
    C'est risqué et c'est réussi ... les dialogues sont très prenants et d'un grand cynisme , quant aux prestations elles sont tout simplement bluffantes , en particulier notre petit chaperon rouge démoniaque qui à mon avis a une belle carrière devant elle .
    Ce film est original , novateur et terriblement déroutant .... comme dit Vincent on ne sait vraiment pas de quel coté se ranger , les codes habituels du bien et du mal sont chamboulés et nous pousse à suivre jusqu'à la fin le sort de ses deux personnages enigmatiques .
    Mais alors pourquoi je faisais également cette tête à la sortie ? ( je suis doué pour ménager le suspense non ? ) .... et bien parce que comme tout bon garcon qui se respecte je ne me suis pas encore remis d'une certaine scène , qui prouve magnifiquement que l'effusion de sang n'est pas neccesaire pour tromatiser le spectateur .
    Bref malgré une fin un peu brouillone , Hard Candy fait pour moi partit de ces nouveaux films horrifiques qui osent des choses , qui repoussent les limites du supportables et qui marquent les esprits.

  • hiddenplace

    07/10/2006 à 13h37

    Répondre

    A force de ne plus tarir d'éloges sur ce film, je crois que je suis un chouia déçue.

    Je lui reconnais toutes les qualités que vous avez énoncées, à commencer par le jeu impressionnant de la demoiselle (plus âgée que l'âge de son personnage, il faut quand même le préciser, même si elle est quand même jeune), la somptueuse finesse et colorisation de la photo (j'ai lu quelquepart que le réalisateur avait fait appel à un "digital colorist", proche de la peinture par moment, et l'intelligence des cadrages et de ce qui n'est justement pas montré.

    Mais bien que ce ne soit pas le propos principal du film, se pose le problème de la plausibilité. Certes on sait peu de chose de la "meneuse de jeu" (à commencer par la véracité de son identité, de son âge (ben oui, elle dit qu'elle a 14 ans, mais rien ne nous prouve qu'elle ne ment pas)), mais certaines situations (dont celle de la scène choc), même si elles ont un sens très fort dans le film, m'ont paru bcp trop exagérées pour en faire réellement abstraction.
    Pareil pour le verbe et le lexique impressionnants dont use la petite pour arriver à ses fins, surdouée est-elle, je veux bien, mais si courageuse, audacieuse, et manipulatrice... Il y a quelquechose de surnaturel dans la situation. (si c'est l'effet voulu, je m'incline, mais je n'en suis pas si sûre)
    Même la petite Matilda dans Léon avait ses moments de faiblesse, et ça rendait le propos bcp plus authentique. (je sais que ce n'est pas le même genre de personnage, mais c'est juste pour comparer avec une autre gamine maligne)
    Par ailleurs, son comportement extrême pour obtenir ce qu'elle veut est limite malsain. Je sais, c'est le but, mais il y a quelquechose de complaisant dans la manière de montrer ce rapport d'abus, qui travestit légèrement l'effet désiré (la dénonciation et la condamnation de l'acte contre-nature et barbare qu'est la pédophilie) En gros, ce côté "loi du talion" et "justicière" me gène un peu...

    Il y a bien des moments où elle est prise au dépourvue
    lorsque la voisine vient sonner à la porte et qu'elle lui parle de sa "promenade" sur le toit
    mais dans l'ensemble, même si l'ambiguité et l'absence d'un aspect manichéen sont maintenus tout le long, on est jamais en présence, pour Jeff, d'un personnage réellement à son égal. Du coup, bcp de choses sont prévisibles, notamment
    l'espèce de piège psychanalitique qu'il essaie de lui tendre vers le milieu du film pour la manipuler, et qui bien évidemment (on le sait dès le début), n'aboutit pas...

    La fin m'a aussi laissée sur ma faim (^^), je m'attendais, après toutes cette tension (au passage, très efficacement menée donc), à un dénouement plus choc. Je ne dis pas qu'il est bateau ou quoi, mais je ne le trouve pas vraiment ouvert. On a presque cerné la jeune fille d'ailleurs, à la fin.

    Donc, je suis plutôt contente d'avoir vu ce film, et je le trouve très efficace, et surtout (je crois que c'est le point qui me marque le plus quand j'y repense), vraiment très beau esthétiquement. On sent d'ailleurs le clip ou le côté photo publicitaire même... Mais sinon il laisse juste un petit goût d'inachevé, selon moi, et c'est bien dommage...

  • Anonyme

    15/11/2007 à 21h36

    Répondre

     [img]http://www.krinein.com/forum/images/smilies/pouah.gif" border="0" alt="" />

  • Anonyme

    11/07/2008 à 17h55

    Répondre

    Tout à fait d'accord avec la tirade précédente : ça me rappelle la complaisance malsaine et les psychologies à deux balles de "Mystic River".


    "Saw" est d'ailleurs aussi un très bon exemple, mais il porte l'étiquette "film pour ados", pas ces deux-là...


     Le réalisateur a pour moi réussi son coup commercial : traiter d'un sujet taboo avec un "happy end", que vous le vouliez ou pas, c'est cela qui distingue les bouses pseudo efficaces des films qui traitent d'un sujet authentiquement. J'ai d'ailleurs été aussi déçu par le "Dernier Roi d'Ecosse" pour les mêmes raisons. 

  • Anonyme

    26/08/2009 à 03h34

    Répondre

    Hard Candy, ou sorte de relecture psychologique en huis-clot du Petit Chaperon Rouge fait parti de ces films qui laissent des marques.


    Totalement ébourrifant, ce thriller reposant uniquement sur la performance des deux acteurs joue avec les nerfs du spectateur : la pression monte à différentes vitesses, mais ne redescent jamais en alliant des scènes, d'une très grande violence psychologique, parfois même insoutenable mais jamais gratuite, à des dialogues tranchants portés par des acteurs donnant leur maximum (Patrick Wilson en parfait charmeur vénéneux, et Elle Page en jolie poupée au sourire angélique et innocent).


    On ressort de ce film complètement lessivé, choqué mais surtout impressioné par autant de maestria pour un premier film. Qu'on aime ou pas (personnellement je trouve que c'est un très grand film) il est purement impossible d'en sortir indemne.

  • hiddenplace

    26/08/2009 à 08h16

    Répondre

    C'est marrant, s'il n'y avait pas eu cette petite  fille en rouge sur l'affiche, je me demande si on aurait vraiment parlé de Petit Chaperon Rouge.... (et encore plus de relecture)


    Personnellement, je ne lui trouve pas trop de point commun : il y a un grand méchant loup certes, mais le chaperon en question est beaucoup plus futé que celui du conte...celui-ci étant quand même un petit peu naïf et neuneu il faut bien l'admettre^^. Ah tiens,  je viens de vérifier^^ : sauf dans une version ancienne italienne où apparemment elle l'emporte sur le loup grâce à sa propre ruse. Mais dans toutes les autres versions, c'est une tierce personne qui réfléchit pour elle.


     

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Krinein cinéma, c'est l'actualité et les critiques de films qui sortent au cinéma, en dvd et en bluray .

Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

Rubriques