8/10

Hancock

Will Smith en super-héros dépressif et blasé ? Le personnage est intéressant, mais l'intérêt de Hancock réside au-delà. Une vraie surprise, mélange de naïveté et d'intelligence, qui renonce à être un gros film d'action pour se contenter d'être un très bon film.

L'été 2008 est celui des super-héros, généralement adaptés de comics à succès. Hancock pourrait n'être qu'une pièce de plus dans la galerie, rivalisant de prouesses techniques et tâchant de faire bonne figure auprès des œuvres d'un Christopher Nolan ou d'un Guillermo del Toro. Mais regardez de plus près : Hancock n'est pas adapté d'une bande dessinée ; et contrairement aux apparences, il ne s'agit pas même vraiment d'une histoire de super-héros...

Hancock (Will Smith) est un clodo alcoolique que personne n'aime. Pourtant, il peut voler, soulever des voitures et se faire arroser à la Kalachnikov sans sourciller, et il emploie ses pouvoirs à la capture des criminels. Mais il le fait sans se soucier des dommages collatéraux, qui s'avèrent souvent colossaux et vont jusqu'à mettre en péril ses concitoyens. Ray (Jason Bateman), fort de son métier de RP, va tâcher de redorer l'image de Hancock et de lui apprendre à être un vrai héros. Une mission ardue, non seulement parce que le gars est un je-m'en-foutiste immature, mais aussi parce que Mary (Charlize Theron), la femme de Ray, considère sa présence comme une menace permanente.

Première constatation : le scénario malin et le jeu d'acteurs impeccable éclipsent l'aspect "film d'action", qui peut même paraître mal maîtrisé. En vérité, il est vraisemblable que le réalisateur ne s'intéressait pas réellement aux bastons, ni au développement d'un ennemi charismatique à qui le héros pourrait coller des marrons durant deux heures. A n'en pas douter, le film présente surtout de Hancock au vin
Hancock au vin
nombreuses similitudes avec Incassable de M. Night Shyamalan : avec son approche pseudo-réaliste de la mythologie du super-héros, sa quête d'apprentissage d'un personnage déjà quadragénaire et sa capacité à ancrer l'élément fantastique dans un faisceau de références identifiables, Hancock joue sur le même terrain et va jusqu'à titiller clairement à plusieurs reprises la fibre geek de l'amateur de super-héroïsme, notamment lorsque la musique de John Powell se met en tête de reprendre les premières notes du thème de Superman composé par John Williams. Comme dans Incassable, les personnages principaux sont richement développés et possèdent une fragilité muette qui les rend aussi émouvants qu'ils sont puissants. Will Smith parvient à susciter une réelle émotion avec une économie de moyens à laquelle il ne nous a pas habitués dans ce genre de productions (merci de nous avoir épargné le cortège de vannes nonchalantes, Will).

Pourtant, ce n'est pas de ce côté qu'il faut chercher le thème du film, mais plutôt dans son titre : Hancock. John Hancock, né le 12 janvier 1737, est devenu une expression courante aux Etats-Unis : « Put your John Hancock » signifie « Apposez votre signature » ; le bonhomme est entré dans la légende en devenant le premier signataire de la Déclaration d'Indépendance le 4 juillet 1776. Autant dire que son Hancock-a-doodle-doo
Hancock-a-doodle-doo
nom est, symboliquement, étroitement associé à l'Amérique et à son identité. Dès lors : pourquoi ne pas voir le film comme un discours sur les Etats-Unis ? Le Hancock du début serait l'Amérique de Bush : un super-héros alcoolo qui casse tout sur son passage... Le reste est plus délicat à expliquer sans dévoiler l'intrigue, mais il est à la fois question de la base du système américain (le respect de la séparation des pouvoirs), et de la nécessité de prendre conscience des conséquences de ses actes, quel que soit le passé (trouble) que l'on puisse avoir, sans se reposer sur la simple naïveté (sincère) de ses sentiments. Il y a une vraie puissance dans cette auto-réflexion d'une Amérique qui espère pouvoir être à la hauteur de sa puissance et de sa volonté de faire le bien, qui ne sont pas forcément suffisants pour faire d'elle un pays super-héroïque. Un tel désenchantement peut être rapproché du cynique Iron Man sorti récemment, ce qui rappelle qu'un film est capable d'être le reflet de l'esprit de son temps quel que soit l'âge de son scénario : les années 60 pour la BD de Stan Lee, et 1996 pour le scénario original de Hancock, qui s'est longtemps baladé à Hollywood sans trouver de production. Repris par le réalisateur Peter Berg, et retravaillé par Vince Gilligan (ancien scénariste de X-files), celui-ci semble dire désormais à ses spectateurs américains par la bouche du héros : « Le monde ne nous aime pas, mais c'est de notre faute, et on peut s'améliorer. Allez voter, et n'hésitez pas élire un président noir, ce n'est pas sale. »

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24 commentaires

  • knackimax

    11/07/2008 à 10h01

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    Ne serais ce qu'au niveau technique j'ai trouvé ce film particulièrement mal fait voire même moche sur de très longs passages.


    Le concept est bon certes mais ca ne suffit vraiement pas a remplir un film et les twists sont bien lourds quand même. J'ai même été ennuyé.


    Rajoutez a cela un Will Smith qui joue plutot mal à mon sens dans ce role qui mériterais une composition particulière. 


    Peu interessant dans l'enssemble en fait. 


     


     

  • Umbriel

    11/07/2008 à 10h55

    Répondre

    Un peu mitigé en sortant du film. Beaucoup de bonnes idées mais assez mal exploitées.


    Plein de surprises et de twist qui pourraient être vraiment sympa si ils étaient mieux gérés, et plus cohérents. (difficile d'en dire plus sans révéler l'intrigue du film).


    La première partie du film est vraiment pas mal du tout. La deuxième, c'est un peu brouillon et c'est dommage.

  • Anonyme

    11/07/2008 à 11h53

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    Pas mal comme film ! J'ai été assez surpris car en effet la bande-annonce ne nous prépare pas à la seconde moitié du film.On nous montre la (re-)naissance d'un super héro, la création d'un de ses ennemis "privé" et la faiblesse de se héro. Pas trop mal fichu, bons acteurs... Mais comme tous les films qui nous donne autre chose que se à quoi on s'attend en premier lieu plein de gens sont déçus (rappelons-nous matrix). Cela dit pourquoi faut il toujours que certain critique fasse un rapprochement politique entre le scénario et ce qui se passe aux USA ? Ca fait plus intello ? Ca justifie quelque chose ? Ont peu plus voir un film sans que quelqu'un fasse toujours un pseudo rapprochement bidon avec l'actualité et l'époque. Il y a des liens certes, mais votre critique pousse le bouchon un peu trop loin, surtout avec votre dernière phrase.

  • Anonyme

    11/07/2008 à 15h20

    Répondre

    Une bonne surprise ce Hancock, alors que la bande annonce laissait presager le pire !


     Il se fait descendre un peu partout, OK ce n'est pas un grand film, mais je le trouve bien + sympa que la plupart des films de super heros.


     

  • protoss

    11/07/2008 à 20h08

    Répondre

    Je l'ai trouvé un peu facile comme film. Entre le film de super-héros et la comédie, avec un brin de mélodrame, ça manque d'unité, un peu comme si on prenait Incassable, et que Jackson s'amuserait de temps en temps à lacher des gros pets ("et oui, j'ai les os fragiles, ce qui me procure des flatulences parfois - ah, moi aussi ça m'arrive tu sais - oui mais moins").


    Bon, ben j'auris mis 5 en fait.


    Par contre j'ai adorré Je suis une légende.


     


     

  • weirdkorn

    11/07/2008 à 22h00

    Répondre

    Je rejoins l'avis des gens mitigés. Mouaif, ça part pas mal et ça a du mal à tenir sur la longueur (j'ai trouvé le scénario pas mal incohérent). Donc plutôt déçu au final. Et puis le couple Bateman / Theron était autrement mieux dans la saison 3 d'Arrested Development.

  • Nicolas

    13/07/2008 à 00h49

    Répondre

    Pareillement, j'ai trouvé ça décevant, l'amorce est potable mais s'essouffle très vite au profit de séquences introspectives et de révélations pas franchement décisives. Peut-être aurait-il fallu plutôt s'attacher à ce que nous présentait la bande-annonce, c'est à dire la difficile reconversion d'un super-héros hors normes ?

    J'ajoute que les effets spéciaux aériens ne sont pas du meilleur goût...

  • Anonyme

    14/07/2008 à 11h17

    Répondre

    Mouai bah vu la bande-annonce, je pensais voir un film hilarant, ça a duré 10 minutes, pusi c'est devenur "délicat". Certes il y a dans ce film une bonne critique de l'image que le monde a des EU, mais je me suis ennuyé profondément voiilà tout :/


    D'autant que le retournement de situation qui change l'orientation du film sort de nulle part et fait tâche pour quelqu'un qui voulait se cacher. Cette personne y va un peu fort non ? Visiblement il n'ont pas su trouver un bon moyen de révéler son secret.

  • Anonyme

    16/07/2008 à 14h43

    Répondre

     


    je ne sais pas je vais le voir se soir

  • Anonyme

    16/07/2008 à 18h14

    Répondre

    je ne sais pas je vais le voir se soir


     


    Marrante cette phrase qui sert à rien.


     


    Sinon, très sympa ta critique Rif, ça me fait un peu reconsidérer le film (ça peut être franc tu sais que je suis honnête sur le coup).


     Lors de la première vision, comme beaucoup d'entre vous, j'ai pas aimé le manque d'unité (merci Protoss), ça démarré comme une parodie, pour ensuite détourner les codes, puis ça vire à l'analyse du mythe pour finallement se terminer en comics type matiné de romantisme héroïque. Un film trop hybride et trop enclin à contenter un large public pour vraiment convaincre.


     Mais j'avoue que cette critique plutôt pertinente m'oblige à y réflechir à deux fois.

  • nazonfly

    18/07/2008 à 10h28

    Répondre

    On s'est débarassés des Chtis!!!

  • Danorah

    18/07/2008 à 11h35

    Répondre

    Vous savez quoi ? Je l'ai toujours pas vu ^^

  • Wax

    18/07/2008 à 11h46

    Répondre

    Vous savez quoi? Même à Cambridge ya un ciné qui a projeté les Ch'tis pendant quelques séances (genre le dimanche matin). Probablement pour la communauté française relativement importante, parce que j'ai du mal a m'imaginer un anglais plié en 2 devant Kad et Dany Boon...

  • nazonfly

    18/07/2008 à 13h09

    Répondre

    Il avait de bonnes critiques outre-Atlantique si je ne m'abuse.

  • Anonyme

    22/07/2008 à 12h03

    Répondre

    bien mais y a mieu

  • pastis-mirabelle

    22/07/2008 à 20h56

    Répondre

    Effectivement, on se marre bien pendant la première moitié du film mais la fin est assez lourde, il faut le reconnaître. Personnellement, je ne trouve pas choquant le manque d'unité de Hancock : deux intrigues consécutives, pourquoi pas ? [mode "je sors de prépa"] Après tout, le même genre de critique a été faite à Corneille pour Horace, ce qui ne rend pas la pièce ennuyeuse pour autant. [\mode "je sors de prépa"] Par contre, la faible durée du film (1h30) ne permet pas de développer correctement chacune des deux intrigues, en particulier celle concernant les origines de Hancock. D'où une deuxième moitié de pellicule complètement décousue. Enfin, ce film censé mélanger les genres ne fait que les enchaîner (cf. IK) et c'est là que le "manque d'unité" devient gênant. J'aurais préféré que le ton parodique soit conservé jusqu'à la fin du film. A moins que la fin de Hancock ne constitue l'apogée de ce ton parodique en proposant un scénario foireux comme cela arrive parfois dans les comics ? Le cas échéant, il eût été plus judicieux de marquer cette consécration via quelques gags bien lourds...

  • Anonyme

    24/07/2008 à 19h18

    Répondre

    je n'est pas vu le film mais il a l'aire détre bien

  • Anonyme

    25/07/2008 à 00h06

    Répondre

    Oui Pastis Mirabelle, je n'ai pas détaillé mon avis mais ce que tu explique rejoins totalement ma pensée, en fait, le film aurait pu être plus détaillé, plus développé.


    COmme toi, j'aurai préféré que le film entier repose sur le décallage de l'image du super héros, le mélange des intrigues n'est effectivement pas le VRAI problème, c'est surtout la manière dont les différentes parties s'imbrique.


     Mais il faut reconnaître, que bizzarement, les moments les plus interessants, originaux et surtout poignant, ont ceux de la partie caricature, le reste dérive souvent vers des clichés mal venus  (le final usités, le geste héroïque aux antipodes de l'intro).


     


    Bref, le film gache un peu on pitch prometteur.

  • pastis-mirabelle

    26/07/2008 à 03h31

    Répondre

    Si ça se trouve, la fin lourdingue n'a pour but que d'empêcher une suite éventuelle...

  • Bzhnono

    26/07/2008 à 10h51

    Répondre

    J'ai vraiment apprécié le film malfré les quelques petits défauts.


    Bien sur il y a un certain manque de rythme dans le dernier tiers du film, en même temps le film part très vite dès le début. Peu de films partant aussi vite arrivent à tenir la distance niveau rythme.


    Et même si le dernier tiers est plus mou du genou niveau scénario, j'ai trouvé que la réalisation, soutenue par de bon cadrage et une bonne musique permettait de bien faire passer la pillule. En effet on aurait pu assister à un gros happy end bien lourdingue dans la veine des gros blockbuster sans âmes ni intérêts (je pense à quasiment tous les Michael Bay ou Roland Emerich), mais le professionnlisme et le talent de Peter Berg permettent d'éviter qu'une telle chose arrive.


     


    Donc, oui le film a des défauts mais qui, je trouve sont contrebalancés par de bonnes qualités (notament le jeu des acteurs...et il faut que je mette la main sur Arrested Developpement car je me demande ce que donne un couple Bateman/Theron dans une série). 

  • Anonyme

    03/08/2008 à 19h31

    Répondre

    J'ai bien aimé le film car il procure un bon spectacle ^^ Même si le scénario reste assez prévisible... A voir

  • el viking

    15/09/2008 à 16h05

    Répondre

    à peu près pareil que tout le monde ici... mitigé... de bonnes idées, mais mal exploitées... en revanche, j'aime assez comment il vole au tout début...

  • nazonfly

    04/02/2013 à 16h27

    Répondre

    Mouais, mouais. Dès le début c'est prévisible et cousu de fil blanc. L'anti-héros devient un héros, ouf la morale est sauve.

  • Loïc Massaïa

    04/02/2013 à 21h16

    Répondre

    nazonfly a dit :
    Mouais, mouais. Dès le début c'est prévisible et cousu de fil blanc. L'anti-héros devient un héros, ouf la morale est sauve.


    Oui, c'est tout pourris...

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