7.5/10

Green Zone : les armes fatales

Après son excellent Vol 93, Paul Greengrass revient traiter du conflit opposant les Etats-Unis avec le Moyen Orient. Sa guerre en Irak tient beaucoup du film d'action, mais n'oublie pas de dénoncer les agissements frauduleux des politiciens.

Bagdad, 2003. L'adjudant-chef Roy Miller et son équipe fouillent sans relâche les sites iraquiens désignés par les renseignements américains comme possibles cachettes d'armes de destruction massive. De déconfiture en déconfiture, Miller va être amené à poser les questions qui dérangent, et à se demander d'où viennent  les informations qui ont été à l'origine de cette guerre…


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On retrouve le même duo à la tête du projet (soit Paul Greengrass et Matt Damon), et pourtant Green Zone ne ressemble jamais, même de loin, à un épisode de la trilogie Bourne. Les motivations ne sont pas les mêmes, certes, mais même techniquement, on est loin des frasques de Jason et de ses ennemis. Matt Damon a plus ou moins la même coiffure et la même carrure, mais il lui suffit d'arborer les couleurs « tendance désert » d'un uniforme militaire pour être un nouvel homme. Loin du super-espion, le personnage de Roy Miller est saisi par les doutes, se questionne sans relâche, fait des choix sans savoir ce qu'ils vont engendrer. On pourra éventuellement lui reprocher d'être un héros un peu trop lisse, mais la composition et le faciès de Damon lui attirent dès les premières minutes une certaine sympathie. Paul Greengrass, l'un plus fameux faiseurs de docu-fiction, semble vouloir limiter sa bougeotte habituelle. Son style, parfois sévèrement indigeste (rappelez-vous de La Mort dans la peau), s'est grandement adouci, devient très lisible, avec toujours cet aspect in medias res (« au milieu des choses ») qui fait de lui un réalisateur parfaitement identifiable. Le reste de la fiche technique ne brillera pas vraiment, cantonné dans des rôles purement fonctionnels et pas mal stéréotypés, mais notons tout de même la présence de Jason Isaacs, méconnaissable, et de Greg Kinnear, qui il n'y a pas si longtemps (à peine huit ans, ce n'est pas si longtemps) se scotchait à Matt Damon pour les besoins de la comédie Deux en un.


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Le véritable intérêt du film est en son sujet, un mélange de réalité et de fiction. Tout le monde le sait, les Etats-Unis ont déclenché la troisième guerre du Golfe principalement pour détruire les Armes de Destruction Massive que semblait posséder l'Irak. Et tout le monde le sait aussi, aucune ADM n'a été trouvée sur le territoire iraquien. Paul Greengrass pose le doigt précisément sur ce point, en prenant l'angle du terrain. Roy Miller, à force de ne rien trouver, finit par douter de la véracité des informations et pose un pied dans un vaste engrenage politique. Avec une certaine simplicité, Greengrass nous présente une version tout à fait plausible de la réalité du terrain, avec une grosse lampée d'action, une part convenable de réflexion, et un soupçon de suspense. On peut éventuellement trouver le propos assez facile – et il l'est -, avec le recul, mais Green Zone n'est pas un pamphlet avec de l'action. Il se place plutôt comme un film d'action n'hésitant pas à dénoncer publiquement les agissements du gouvernement américain (les autres "participants" seront parfaitement occultés). L'amalgame des genres est saisissant et nous mène sans faiblir jusqu'à un dénouement évidement ouvert, qui nous recolle à la réalité.

Paul Greengrass, pour sa nouvelle collaboration avec Matt Damon, accouche d'un film de guerre pertinent et prenant sur la guerre en Irak. On retiendra surtout l'excellente tenue des scènes d'action et la crédibilité de l'ensemble, qui nous amène encore une fois à nous interroger sur les véritables motivations de ce désastre humain et social.


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1 commentaires

  • Guillaume

    20/02/2011 à 11h32

    Répondre

    Le film de guerre moderne n'est plus du tout comme le film de guerre d'il y a 10 ans. Maintenant c'est un jeu de positions, de bombes, d'escarmouches. Et pour des raisons toujours moins bonnes.http://cinema.krinein.com/green-zon ... 15101.html

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