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Gravity, la tête dans les étoiles

"Intense, sublime, spectaculaire, ingénieux", "Houston, on a un chef d'œuvre", "Le film le plus spectaculaire qu'il ait été donné de voir sur l'espace", "On n'a jamais vu ça au cinéma", ...

Impossible de ne pas être circonspect devant tant de superlatifs et une telle unanimité - il n'y a bien que Krinein pour dire que Gravity n'est pas terrible et oser lui mettre une appréciation moyenne. Peut-être êtes vous déjà en train de cracher sur la future tombe de Loïc après avoir découvert sa note, mais je vous recommanderais bien de lire attentivement son texte avant de juger trop rapidement. Je me retrouve exactement dans ses arguments, ils sont tous pertinents, mais il s'agit maintenant de savoir ce que vous attendez du cinéma. Et donc de vous positionner par rapport à Gravity.

Je l'affirme profondément, au coude à coude avec Loïc : l'écriture de Gravity est naze, gonflée aux lieux communs, sans surprise, sans épaisseur. A tel point qu'on se demande même s'il n'aurait pas mieux fallu laisser tomber le background des personnages pour éviter de s'encombrer avec du superflu. La construction psychologique du protagoniste principal, joué par Sandra Bullock, désarçonne d'emblée. Pourquoi lui avoir fourni un passé tortueux ? Peut-être ne subissait-elle pas assez de merdes pendant le film, il fallait en plus que le spectateur la prenne en pitié. Désire sa survie. Parce qu'elle en a chié, après tout, alors elle mérite de vivre. Ou alors, il fallait trouver des sujets de conversation, pour habiter un peu le film. Admettons. Avec le recul, on devine les intentions des scénaristes, à travers une scène finale plus ou moins explicite, mais ce n'est pas ce que l'on retiendra du film. Ce n'est pas là-dessus qu'il va construire sa notoriété, et ce n'est pas probablement pas là-dessus qu'il a gagné le respect de la presse écrite.

Pour coller une bonne note à Gravity, il faut avoir une certaine sensibilité pour la plastique et l'esthétisme. Pas ceux d'un Stanley Kubrik ou d'un David Lynch, non, il faut arriver à mettre de côté la profondeur (le scénario, les personnages, le sens des choses) pour se concentrer uniquement sur l'aspect visuel. Celui-ci ne fait pas tout le cinéma, c'est un fait. Mais il est difficile pour quelqu'un comme moi, très sensible à la réalisation moderne, de ne pas tomber à genoux devant le travail réalisé par Alfonso Cuaron. Ce film, je ne l'achèterai pas en Blu-Ray, je n'irais probablement pas le revoir au cinéma et il est hors de question de le voir sur une télévision ou un moniteur. Et pourtant, c'est une claque. Un gros direct dans la mâchoire, une effusion de talent et d'images à couper le souffle. On retrouve le réalisateur des Fils de l'Homme et du Prisonnier d'Azkaban, le réalisateur mexicain adore concevoir des faux plan-séquences de folie. A un moment, j'ai même eu l'impression qu'il allait faire tout le film en un seul plan-séquence, ce qui n'est pas le cas, mais l'exploit est remarquable. D'autant plus que c'est probablement le SEUL film que je recommanderais en 3D. Le seul, j'ai cherché, y en a pas d'autres. Il est impressionnant de constater que c'est à travers un film sur le vide spatial que le relief prend enfin son essor, montre son importance.

En d'autres termes, Gravity ne va pas révolutionner le cinéma. Il ne fera certainement pas figure de classique sur le long terme. Mais si j'avais voix au chapitre, je filerais l'oscar de la meilleur réalisation à Cuaron. Pour les dix prochaines années.


DR.

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6 commentaires

  • Islara

    30/10/2013 à 10h28

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    À vous lire, l'une des conclusions que l'on peut tirer des réactions de la majorité de la presse cinéma, c'est qu'elle attache plus d'importance à la forme qu'au fond. Elle est donc majoritairement artificielle, ce qui ne surprend pas vu que cette tendance concerne d'autres domaines. C'est assez dommage, car à force de délaisser le fond la qualité s'amenuisera nécessairement ainsi que la variété. Perso, ça me convainc donc de ne pas aller voir Gravity. Si je peux apprécier largement un travail visuel, comme ce fut le cas pour Upside Down, j'ai besoin d'un minimum de fond derrière.

  • Akashinai

    31/10/2013 à 08h07

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    C'est dommage parce que tu rates un beau moment de cinéma. C'est sans doute le seul film qui m'a mis un tel frisson à certains moments. Je suis passé par tellement de sensations (vide, stress, puissance, émerveillement) que je qualifierais sans aucun doute ce film de Viscéral Et j'irais surement le revoir au cinéma car c'est dans les salles obscures qu'il sera le meilleur.

  • Islara

    31/10/2013 à 11h16

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    Il y a 5-10 ans, je n'aurais probablement pas hésité, mais il arrive un moment dans a vie, où vraiment on attache de plus en plus d'importance au fond. La surrenchère aux effets spéciaux, à la forme, aux effets de caméra etc... ne m'a jamais vraiment convaincue et m'est définitivement passée. MatriX c'était la grande classe car derrière, il y avait un scénario béton et une réflexion de fond phénoménale. Qu'y a-t-il dans Gravity ?Je suis sûre qu'Open Water ça doit être mieux. http://cinema.krinein.com/open-water-1801.html

  • Akashinai

    04/11/2013 à 10h26

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    Nan mais la tu te plante je pense Islara. On est pas devant un Transformers là Gravity ce que j'y ai vu dans le fond c'est une remise en question sur notre place dans le monde qu'on a tendance a trouver importante alors qu'elle est insignifiante. Ca m'a aussi donné envie de relativiser, de voir les choses différement comme si ca pouvait être la dernière fois.Bref Gravity c'est une expérience sensationnel (au sens propre et figuré pour moi) sans patauger dans le sensas'. Après il est certain que de nombreuses personnes ne le vivront pas comme je l'ai vécu car n'ayant pas le même rapport que moi au d'autre à la vie, la mort, l'univers etc etc Sinon MAtrix a beau avoir un scénario, y a que l'épisode 1 qui peut etre sauvé malheureusement...

  • nazonfly

    06/11/2013 à 12h16

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    Transformers c'est une remise en question sur la place du cinéma dans le monde

  • Loïc Massaïa

    12/11/2013 à 23h27

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    Malgré mon 6 Islara, je te conseille très fortement d'y aller. Un film
    aussi époustoufflant au ciné (et en 3D) c'est même pas une fois tous les
    10 ans... Il faut le voir, ce n'est pas du temps perdu, meme s'il n'en
    reste pas grand chose quand le temps passe après coup.

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