8/10

G.O.R.A : A space film

Il semblerait que la surprise de ce mois de novembre vienne sans crier gare de Turquie ! Oh, j'en vois qui font la grimace au fond, et dans le cas présent c'est un tort. Cinématographiquement assez peu connue de par chez nous, la Turquie n'en reste pas moins particulièrement appréciée des amateurs de Série Z, et ce n'est pas ceux qui ont pu se délecter du génialement nul L'Homme Qui Sauva le Monde, alias Türkish Star Wars, qui me diront le contraire.

Arif, marchand de tapis et arnaqueur de touristes, Turc pas bien grand mais plutôt grande gueule, s'amuse à vendre des photos truquées d'OVNIS pour arrondir ses fins de mois. Jusqu'au jour où il tente d'entuber le Prince Charles (!) et se retrouvera esclave sur la Planète Gora. De là à ce qu'il s'évade, sauve le peuple Goranien et tombe la fille du roi, il n'y aura qu'un grand pas de 2h10 de Space Opera déjanté et revanchard ! Car G.O.R.A. est constellé de petites choses jouissives qui lui procurent une sympathie immédiate et se complait à parodier gentiment voir à taper carrément sur quelques grands titres de la SF. Passent à la moulinette les traditionnels Star Wars et Star Trek, mais aussi Matrix, Universal Soldier, Independance Day (le temps d'une seule réplique, mais quelle réplique !!) ou encore Le Cinquième Elément, en passant par des références plus fines à The Crow ou aux vieux films de Kung Fu. C'est relativement bêta mais ça marche et c'est un bonheur sans fin de voir des Turcs joviaux singer les plus fameuses scènes des films sus-cités. Mais autant le dire tout de suite, ceux qui cherchent dans une comédie turque quelques délicieux exemples de la poésie locale seront bien déçus par ce film, le niveau des gags atteignant ici au mieux l'esprit des ZAZ quand ils ne font pas passer Scary Movie pour du Billy Wilder. Le running gag du Play Boy aux pages collées est un bon exemple du niveau de finesse de la chose. Mais à côté de cela, G.O.R.A. ose des sommets d'absurdités qu'on désespérait de voir sur grand écran. Comment se nourrir sur une planète inconnue ? En cueillant des saucissons sur l'Arbre à Saucisses bien sur ! Arif doit apprendre le Kung Fu façon Matrix, mais sans les moyens de Joel Silver ? Qu'à cela ne tienne, un fauteuil de dentiste, un Commodore 64 et un magnétophone feront l'affaire ! C'est stupide, mais qu'est ce qu'on se marre ! En outre le film est traversé par des éclairs de second degré décapants, bien que tout sauf subtils.

Mais la véritable qualité, et sommes toutes l'une des seules véritables originalités, de ce film turc est d'être turc, justement. Tout d'abord musicalement, nous avons le droit à de jolies envolées orientales qui dépaysent franchement. Mais c'est dans un tout autre registre que le film fait mouche. Conscient de s'engager en territoire purement américain des parodies référentielles (les ZAZ, Scary Movie, Galaxie Quest...), G.O.R.A. y impose sa marque de fabrique, quitte à ridiculiser l'Oncle Sam au passage. Dans G.OR.A., la langue de l'univers est le Turc, la monnaie qui marche partout est turque et l'on ne se gène pas pour montrer que par comparaison, le dollar ne vaux pas un clou. Et surtout le final, hautement bidonnant, atteint son apothéose lorsque le héros vient carrément face caméra vilipender Hollywood !

Et techniquement dans tout ça ? C'est rythmé, bien kitch, un peu fauché parfois (les décors sont désespérément vides et sentent bon la carrière désaffectée) mais les effets spéciaux sont de hautes volées. L'introduction balaie d'elle même les doutes que l'on aurait pu avoir lorsqu'un splendide vaisseau passe au dessus de la tête des spectateurs, mettant à l'amende sans mal le Super Destroyer de l'Empire Contre Attaque. Excellente comédie, bien qu'assez grasse, mais aussi Space Opéra de toute beauté, G.O.R.A. réussie un peu ce qu'Atomik Circus chez nous avait raté : à se placer en marge d'un système, tout en étant particulièrement soignée, drôle et digeste. Et comment ne pas parler de l'acteur principal, Cem Yilmaz, par ailleurs scénariste du film. C'est une sorte d'Eddie Murphy version turque mâtiné de Mike Myers (il tient un double rôle et affectionne l'humour bien lourd), moustache et sourire éclatant, bavard comme pas deux, toujours à prêt sortir la réplique qui tue. Voir ce petit bonhomme habillé en Néo éviter un laser en bullet time ou rater sa scène de drague pour cause de flatulence justifie pleinement le prix du billet. Les seconds rôle ne sont pas en reste et le film est bourré de personnages irrésistibles : la jolie princesse Ceku (et qu'est ce qu'elle est jolie, la princesse Ceku...), le méchant Logar, traître de l'histoire et bisexuel indécrottable, l'hilarant Garavel, qui apparaît au héros tel l'Empereur à Dark Vador ou encore l'inénarrable Bob Marley Faruk.

Novembre, il fait froid, la neige tombe...un peu de chaleur s'impose. G.O.R.A. n'apporte certes pas le soleil mais bien le sourire. Si vous aimez le genre, ne vous en privez pas...

Si vous le pouvez, essayez de voir la Version Originale Sous Titrée. Non pas que je parle couramment le Turc, mais les sous-titres sont bourrés de fautes d'orthographe et ça, c'est un peu la cerise sur le gâteau. Même si le choix du jaune n'est pas toujours très heureux lorsque le fond devient clair...

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amant (L')

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2 commentaires

  • Migou

    03/02/2005 à 17h02

    Répondre

    Un film que sans Krinein je n'aurais sans doute jamais vu et ca aurait été plus que dommage

    Ca fait un bail que je n'avait pas vu un aussi bon film parodique plein de références et de clin d'oeil
    Merci Lestat grace à toi j'ai passé un très bon moment (j'aurais bien ajouter qq chose mais en te relisant je ne vois rien de mieux à dire)

  • iscarioth

    03/02/2005 à 17h15

    Répondre

    Un article sur ce film dans le mad du mois de janvier. Eux aussi ont beaucoup aimé

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