8.5/10

Good bye Lenin !

Le cinéma allemand n'est pas a priori un genre qui fait rêver ou qui donne envie d'aller se poser sur le siège d'une salle obscure. Que nenni ! Fort de Cours Lola, L'expérience (quelques exemples récents), le cinéma germanique est en pleine forme et ne cesse de surprendre par la qualité de ses films et le talent de ses réalisateurs.

En Allemagne, Good bye Lenin! pourrait se comparer à ce que fut Amélie Poulain en France. Depuis février (date de sa sortie Outre-Rhin), le film a été vu par 6 millions d'allemands et a remporté de nombreuses récompenses, notamment aux Lolas, équivalents germaniques des Césars (meilleur film allemand, meilleur scénario, meilleur premier rôle masculin, meilleur second rôle masculin, meilleur montage, meilleurs décors, meilleure musique composée par Yann Tiersen).

09/11/1989 : un monde s'écroule avec un mur.
Un vulgaire mur haut de 3,60 mètres, long de 160 kilomètres, miné de 300 miradors qui symbolisait la scission d'un même peuple en deux parties ennemies pendant près de 40 ans : la RFA, Allemagne sous influence occidentale et la RDA, sous domination soviétique.
La vie de millions d'Allemands de l'Est va changer irrémédiablement, radicalement... D'une vie idéalement tournée vers l'égalité et le partage, une vie réglée par le parti, sous la haute mais « bienveillante » surveillance de l'Etat, on passe à une société de consommation libéraliste où les restrictions et les oppressions de tous genres (libertés, droits, pensées, etc.) semblent être enterrées avec ce foutu mur. Tout paraît possible, y compris les rêves.

Ce monde qui s'écroule en novembre 1989, Christiane Kern (Katrin Saß), Berlinoise-Est n'y a pas participé, ni même assisté. Elle était alors dans le coma suite à un infarctus. Son sommeil forcé lui a sauvegardé ses illusions, ses idéaux communistes, sa vie de membre actif de la communauté et du parti, à qui elle consacrait la moitié de sa vie, l'autre étant destiné à ses deux enfants qu'elle a élevés seule depuis que leur père est parti à l'Ouest.
Huit mois plus tard, elle se réveille... Pour ne pas risquer une nouvelle attaque peut-être fatale à sa mère, Alex (Daniel Brühl), 21 ans, décide de lui cacher la vérité sur les événements du Mur de Berlin, et cela par tous les moyens imaginables et inimaginables. Profitant de l'alitement provisoire de sa mère, il reconstitue avec acharnement la vie d'avant dans ses moindres détails du cornichon de Spree (authentique cornichon de la RDA, mais introuvable dans les magasins depuis l'ouverture du marché), aux émissions télés recréées et réactualisées spécialement pour elle.

En quoi le film est-il si populaire et fédérateur ?
La réponse est en partie dans les propos du réalisateur Wolfgang Becker : "Ce qui était fascinant, c'était de lier cette histoire d'amour filial et totalement privée, avec l'énorme choc provoqué par la chute du Mur, entraînant l'anéantissement de toutes les valeurs avec lesquelles les Allemands de l'Est ont vécu pendant tant d'années, l'idée folle de ce fils qui voulant préserver la vie de sa mère, orchestre un mensonge qui le dépasse, et dans lequel il s'empêtre de plus en plus avec comme toile de fond cet évènement considérable."
Le film est avant tout une très belle histoire d'amour entre un fils et sa mère, une histoire de rêves, des rêves qui s'effilochent, des illusions qui partent en fumée, des rêves que l'on veut préserver envers et contre tous, envers et contre tout.
L'histoire privée de la famille Kern rappelle l'Histoire des Allemands même, une famille disloquée, où les antagonismes et les séparations sont imposés arbitrairement, injustement.
Sans prendre parti, le film offre une lucide et intelligente leçon d'histoire sans aucun misérabilisme, sans aucune lourdeur indigeste. La page d'Histoire, qui est ici abordée en filigrane, gagne en véracité, en profondeur et en humanité en remettant à jour le quotidien, le vécu des Allemands de la RDA, et des Allemands d'une Allemagne "réunifiée", avec des souvenirs parfois tristes, parfois joyeux. Comme le souligne Becker : "La réunification n'a pas pour autant résolu ces drames. De la DDR (Deutsche Democratische Republik) il semble qu'il ne soit rien resté, mais les souvenirs sont restés les mêmes. Et j'ai essayé de respecter le plus possible ces souvenirs parce que la mémoire est fondamentale pour nous tous". Beaucoup d'Allemands, qui fondaient de grands espoirs sur la réunification, ont été finalement amèrement déçus ou sont nostalgiques de l'ancien régime. Des désillusions bien rudes, suggérées dans le film, par le cas de ce cosmonaute, ancien héros du parti, reconverti en simple chauffeur de taxi, ou encore le cas de cette étudiante brillante qui abandonne ses études pour travailler dans un fast-food.
La surprenante beauté du film tient également dans l'étroit lien, le dosage habile entre drame et comédie. L'humour extravagant adoucit, d'une touche de fantaisie, le contexte difficile. Les acteurs sont aussi irréprochables, sachant donner beaucoup de justesse et d'authenticité à leurs rôles. Quant à la musique de Yann Tiersen, elle contribue pour une large part à l'ambiance douce-amère du film.

A la fois léger et grave, Good bye Lenin! est un film étonnant, incroyablement drôle et émouvant, d'une humanité et d'une sincérité aussi touchantes que rares.
En conclusion, ce serait dommage de passer à côté !!

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6 commentaires

  • gyzmo

    08/09/2005 à 18h26

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    à l'époque, j'étais passé complètement à côté de cette réalisation.
    j'ai rattrapé mon erreur hier soir et je dois dire que j'ai été enchanté par le film qui effectivement brasse large aux niveaux des émotions à ressentir.

    les protagonistes sont excellents et tous ont quelque chose de touchant. j'adore, par exemple, le fan de Kubrick et la séquence trop drôle où il explique à son ami Alex les mécanismes de son inspiration. chaque personnage apporte sa particularité pour former un tout coloré et complexe.

    la mise en scène est agréable, avec ses petites phases accélérées, sa pellicule par moment vieillotte et l'empreinte musicale de Tiersen qui traduit bien, comme l'a écrit Selena, "le dosage habile entre drame et comédie". par moment, c'est vrai qu'on a l'impression d'être dans un film de Jeunet, mais l'encrage est beaucoup plus réaliste et fort, je trouve, dans le film de Becker.

    l'histoire est également fort originale dans sa manière de parler d'un contexte chargé à la fois du sentiment d'être libéré d'une oppression et de se retrouver confronter aux désillusions. et le "mensonge" pour maintenir un équilibre idéal est vraiment un outil bien utilisé par le réalisateur car ses raisons sont compréhensibles et on se laisse embarquer dans cette projection historique constituée avec les moyens du bord.

    bref! un film bien beau que celui-ci

  • nazonfly

    08/09/2005 à 20h03

    Répondre

    Oh que oui... Good Bye Lenin est un superbe film, touchant, drôle, intelligent, original...
    Malheureusement et bien évidemment, il n'a pas eu une diffusion assez grande en France. Et pourtant il aurait pu faire un carton.

  • Anonyme

    06/10/2008 à 23h27

    Répondre

    Ce film m'a bouleversée

  • Anonyme

    30/05/2009 à 14h59

    Répondre

    MAGNIFIQUE film, rien à dire ! Partagé entre humour et malheur ... (L)

  • Anonyme

    07/11/2009 à 16h35

    Répondre

    Bonjour : J'aurais quelque question a vous posez si sa vous derange pas  :


    1. Quel sont les details qui marquent le changement dans la ve des allemands apres la chute de Berlin ?


    2. Quelle probleme peuvent rencontrer les anciens habitants de l'allemagne de l'Est apres la chute du mur ?


    3. Quels details montrent que avant la chute du mur d'Allemagne de l'Est etait une dictature  ?

  • Anonyme

    01/04/2010 à 09h56

    Répondre

    il est coule le film

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