9/10

Ghostwriter (The)

The Ghost Writer et sa mise en scène maîtrisée imposent une atmosphère oppressante jusqu'au dénouement final. Un très bon thriller, et du grand Polanski.

Une voiture abandonnée, à bord d'un ferry juste amarré ; un cadavre rejeté par l'océan, gisant sur une plage déserte. Ainsi commence le nouveau film de Roman Polanski, The Ghost Writer, adapté du récent thriller de Robert Harris ; L'Homme de l'ombre (The Ghost en VO).
C'est en fait suite à un projet commun avec le réalisateur, malheureusement non abouti, que cet ancien journaliste politique a envoyé un exemplaire de son nouveau roman avant même sa parution en 2007. Polanski a alors décidé de l'adapter sous la bienveillance de Harris, devenu coscénariste pour le film.


L'histoire débute donc avec le décès tragique de l'assistant et « nègre » littéraire de l'ex-Premier ministre britannique, retrouvé noyé suite à ce qui semble être un abus d'alcool. Les mémoires de l'homme politique devant être terminées au plus vite, la maison d'édition fait alors appel au talent d'un écrivain londonien habitué à travailler dans l'ombre.
Ce dernier, interprété par Ewan McGregor, s'envole alors pour la demeure américaine d'Adam Lang, entre villa et bunker moderne, isolée sur une île quasi déserte.

La tension est palpable dès son arrivée, la faute évidemment au décès qui l'amène en ces lieux, mais aussi voir surtout aux rumeurs commençant à s'amplifier contre le politicien, soupçonné d'avoir fait enlever sur le territoire britannique des terroristes présumés pour les livrer à la CIA.
Le biographe se retrouve alors à l'écart de l'équipe soudée de l'ancien homme d'Etat, et même si l'assistante en chef incarnée par Kim Cattrall se veut souriante, la confidentialité permanente qu'elle garde autour des lieux et du manuscrit reste pesante.


Et l'environnement peu jovial ne fait que renforcer cette sensation. Que ce soient les éléments de la nature peu agréables, ciel gris et océan déchainé ; l'architecture de la résidence aux volumes rectangulaires et aux couleurs froides ; ou l'environnement ultra-sécurisé où tout semble sous surveillance. C'est d'ailleurs ce souci du contrôle qui est à l'origine de la venue de notre protagoniste ici, le manuscrit ne devant pas quitter le bureau qui le garde jalousement.

À sa lecture, le romancier comprend qu'il va devoir tout reprendre, et commence alors par interviewer Lang, incarné par Pierce Brosnan, sur ses débuts en politique. De questions en découvertes, l'écrivain commence alors sans le vouloir à enquêter sur le passé trouble de l'homme qui l'accueille.
Un passé qui va amplifier les tensions en remontant partiellement à la surface, au travers de rumeurs de crimes de guerre qui se muent en accusations, assignant à résidence un homme politique qui ne peut retourner dans son pays natal sous peine d'être arrêté et jugé.


Ce parallèle avec l'actualité est d'ailleurs troublant, même si le projet est finalement plus ancien. Tout d'abord pour le portrait plus ou moins assumé de Tony Blair, auditionné dernièrement par la commission d'enquête britannique sur l'Irak. Et ensuite pour l'arrestation de Polanski, obligé de superviser le montage de son film depuis son chalet suisse, son lieu de réclusion depuis que des faits vieux de plus de trente ans l'ont rattrapé.

Mais ces évènements récents n'ont pas dégradé la qualité de l'œuvre, bien au contraire. La mise en scène maîtrisée dévoile les secrets du film parcimonieusement, sans aucune fausse note, et l'atmosphère se veut plus oppressante, se permettant parfois quelques écarts vers l'absurde ou le burlesque pour nous arracher un rictus entre deux crispations.

La galerie de personnage complète ce tableau réussi, entre des protagonistes aux humeurs troubles, parfois aigris, tel Ruth Lang interprétée avec brio par Olivia Williams ; et un héros qui n'en est pas un, juste un type banal peut-être pas au bon endroit au bon moment. Ce qui ne fut assurément pas notre cas lors de la projection de ce thriller, simplement grandiose.

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3 commentaires

  • Nicolas

    05/03/2010 à 09h32

    Répondre

    Bon film, bien mené et bien joué. Peut-être un peu lent à démarrer, mais le suspense finit par s'imposer et devenir oppressant. La fin me laisse un peu sur ma faim, justement, mais a pour elle d'avoir pas mal de classe.

  • hiddenplace

    12/03/2010 à 22h37

    Répondre

    Ewan McGregor


    Bon à part ça, un film finement mené de bout en bout, avec ces petites interrogations cluedo-esques qui traversent l'esprit pour tenter de démêler qui est digne de confiance et qui ne l'est pas. Des moments absurdes comme soulignés dans la critique, qui dédramatisent de nombreuses scènes tendues, et surtout, surtout ! l'extraordinaires sobriété et naturel avec lesquelles Ewan Mcgregror incarne cet homme, sans attache particulière, un peu paumé mais blasé quand même, partagé entre la conscience professionnelle et sa propre réelle conscience. Et une fin classe, comme a dit Nicolas.


    Bref, je n'ai pas vu le film passer.

  • Anonyme

    07/04/2010 à 11h29

    Répondre

    Sur fond de semi-huis clos, les
    recherches de l'écrivain le poussent à la psychose, aux scrupules, aux doutes.


    Le suspense est au rendez-vous
    durant plus de 2h. On ne s'ennuie pas, bien que la fin se fasse attendre
    impatiemment lors des dernières minutes.


     


    Bon thriller, suspense réel,
    intrigue intéressante, film captivant.

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