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Genghis Khan

Historiquement intéressant et plutôt fidèle, Genghis Khan a tout du parfait documentaire. Néanmoins, nous sommes en présence d'un film dont la réalisation approximative et certains choix artistiques vont tenir le grand Khan et ses amis dans la vaste steppe du direct-to-DVD.

Genghis Khan, le plus grand conquérant de l'histoire de l'humanité, est un personnage historique qui a vu sa vie décrite sous toutes les coutures. Les jeux, documentaires, livres et films sont légions. L'une des dernières créations en date est un film russo-mongolo-américain sortie directement en DVD dans l'hexagone. Tayna Chingis Khaana est son nom original mais pour des raisons évidentes de compréhension et de prononciation, il est appelé Genghis Khan : la légende du conquérant chez nous. Le sujet du film est donc évident, et nous allons
justement voir comment ce dernier a été traité. Le dernier souvenir cinématographique que nous avons sur le grand Khan est le film Mongol. Ce dernier était, malgré quelques effets visuels alléchants, plutôt décevants dans le traitement global de l'histoire du personnage.

Dans Genghis Khan (Tayna Chingis Khaana), les grands moments de la vie de Temudjin (nom de naissance de Genghis Khan) sont respectés. Le temps du film (2h) oblige le réalisateur à aller vite mais tout y passe. De l'enlèvement de la mère de Temudjin par Yesügei (le papa), jusqu'au serment fraternel entre Temudjin et Jamuka (son meilleur ami). Tout y passe. On regrette néanmoins, le peu d'explication sur les arrangements qui englobent le mariage préparé entre Temudjin et sa future femme Borte. La première partie du film vont donc nous plonger dans les différents actes qui vont construire le futur leader. L'exécution du frère de Genghis Khan par Genghis Khan lui-même est une scène qui va le façonner sous de nombreux aspects : le respect des lois et la loyauté mais également l'esclavage et les humiliations. La seconde partie du film sera concentrée sur l'unification des clans et sera plus guerrière. Les scènes de guerres donneront du rythme au film et il faut dire que nous attendions cela avec impatience. Du point de vue reconstitutions, on peut dire que le travail a été fait. Le grand bémol du film est peut-être lié à une demande des producteurs ou une volonté Gibsonienne de voir un message religieux chrétien. Ainsi, bien que la présence du père Giovanni soit légitime selon de nombreux historiens, la manière dont ce personnage est traité apparaît discutable. Nous le voyons baptisé Jamuka enfant dans une scène qui surgit comme un cheveu sur la soupe jusqu'à la bataille
finale où elle prend un semblant de sens. Nous avons le même Giovanni qui se retrouve au milieu de la bataille finale en hurlant « aimez-vous les uns les autres » et « vous êtes tous frères ». L'intention est noble mais au milieu du carnage, cela fait un peu trop caricatural. La séquence de l'école était plus représentative. Dans le chapitre « too much », on peut noter également Borte en « Marie-Madeleine et l'enfant » ou encore le fils de Genghis Khan en plein tao de kung-fu (je vous épargne la longue description du garde du corps samouraï interprété par Cary-Hiroyuki Tagawa).

Comme on peut le constater, le film présente donc des scènes dignes des plus grands soap opera chinois. Les dialogues ont l'air un peu sur-joué et certains acteurs se demandent ce qu'ils font là. On les excusera car la plupart des acteurs débutent dans l'industrie du film. Les plus expérimentés sont des acteurs à la filmographie discutable (et à la présence minime dans le film) comme Oleg Taktarov (Miami Vice, Bad Boys II) ou Cary-Hiroyuki Tagawa (le méchant Shang-Tsung de Mortal Kombat ou encore Balls of Fury). Genghis Khan et Jamuka sont interprétés toutefois avec justesse (l'acteur qui joue Jamuka a joué Genghis Khan dans son précédent film) malgré quelques soucis de raccords dans leur barbe. Les problèmes de cohérence ou d'effet sont présents surtout dans la première partie. Ainsi, on observe qu'aucunes flèches ne seront perdues dans une bataille ou encore un talent d'archer trop
prononcé : un tir de nuit à plus de 200 mètres sur une cible à cheval et de dos.

Genghis Khan est un film qui néanmoins se laisse regarder avec un certain intérêt. Les problèmes dont il souffre sont davantage liés à un problème d'expérience d'un point de vue général. Une œuvre qui a au moins le mérite de présenter en deux heures la vie de Genghis Khan avec certaines problématiques qui pouvaient l'habiter comme la question de l'unification grâce à la loi plutôt que la tradition. Le développement de l'administration, les stratégies d'alliance et de bataille. Genghis Khan n'est donc pas à négliger malgré une fois encore une apparence pas toujours parfaite.

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Chloé

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3 commentaires

  • riffhifi

    24/02/2010 à 16h28

    Répondre

    Un documentaire de 15 minutes et un entretien avec Patrick Brion, je trouve que c'est plutôt bien comme bonus. Si c'est bien fait, c'est mieux que deux heures de featurettes redondantes et de bandes-annonces.

  • Nicolas

    24/02/2010 à 17h12

    Répondre

    Cela reste maigre en termes de quantité, reste à savoir si cela est suffisant pour un film de cet acabit.

  • Lestat

    27/02/2010 à 14h20

    Répondre

    J'aurai plutôt mis un Dionnet sur le sujet, mais un entretien avec Patrick Brion rend néanmoins tout bonus indispensable (et tout autre dispensables).

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