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Gardiens de l'ordre

Loin de son camarade Omar Sy, Fred Testot s'émancipe et devient flic de polar français. Un coup d'essai loin d'être transformé par cette histoire de drogue sans réelle épaisseur.

Nicolas Boukhrief n'en est pas à son coup d'essai, que ce soit dans le polar ou le contre-emploi. Déjà auteur du Convoyeur, il révèle à l'écran la dimension dramatique du jeu de Albert Dupontel et de Jean Dujardin. Un exploit, qu'il cherche maintenant à réitérer avec son Gardiens de l'Ordre.

Une simple affaire de tapage nocturne tourne au drame : un jeune camé, évidemment fils de député, abat un policier dans l'exercice de ses fonctions. Ses deux coéquipiers, Simon et Julie, maîtrisent le criminel l'arme au poing. Mais ce rapport de mission, aussi simple soit-il, va générer d'incommensurables problèmes : sous la pression du député, la police est mise en cause, la drogue est effacée du dossier, et les deux agents sont lâchés par leur hiérarchie. Une seule solution pour s'en sortir : prouver que la came était bien sur les lieux, par tous les moyens possibles...


Le contre-emploi sera-t-il la nouvelle caractéristique principale du polar français ? Difficile effectivement d'imaginer Fred Testot dans un film sérieux, tellement l'ampleur de son parcours d'humoriste a d'effet sur son image et sa notoriété. Mais à l'image de son compère Omar Sy, le trublion de Canal+ a beaucoup de ressources en tant que comédien, et peut donc tout à fait s'imaginer dans une carrière cinématographique éclectique, avec un peu d'efforts. Sa prestation dans Gardiens de l'Ordre est en effet un peu en demi-teinte, moyennement crédible en flic, un peu plus en petite frappe camée jusqu'à l'os. Autrement dit, un personnage un peu écrit vite fait bien fait, que Fred a du mal à faire vivre. Gageons qu'il ne s'agira que d'un coup d'essai négligeable avant que l'acteur ne prenne réellement son essor, c'est tout ce qu'on lui souhaite, surtout qu'on ne peut pas dire que le reste du casting soit en état de grâce. Entre les méchants trop méchants, placides et posés, et la Cécile de France qui fait du sous-régime, on est en droit de se demander si l'underground parisien ressemble réellement à cela. Il plane de toute façon sur le film une atmosphère d'incrédulité, d'incohérence flagrante, au milieu d'une ambiance sombre et malsaine où les actes de pure violence sont légion. Etrangement, nous sommes à la fois oppressés par l'état de danger constant dans lequel les protagonistes se fourrent, mais également endurcis par une forme de doute qui nous oblige à regarder tout ça d'un œil contestable. Les invraisemblances se multiplient, ainsi que les petits effets de style - censés générer du suspense - qui tombent mortellement à plat. Dénouement logique, le final ne ressemble pas à grand-chose, si ce n'est qu'il fait la part belle à une action pas très bien orchestrée.

Un polar français qui gagne surtout son cachet à conduire Fred Testot sur un terrain où on ne l'attendait pas. Le potentiel de l'acteur, sous-exploité, ne lui permet guère de faire des étincelles, alourdi par un scénario pas très cohérent et une fausse profondeur qui lui fait défaut.


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