6.5/10

Full Metal Yakuza

Kenzuke ne rêve que d'une chose : arborer le tatouage yakuza au dragon et servir son idole, le chef de clan Tousa qui l'emploie comme technicien de surface. A la veille d'une mission suicide, Tousa, attendri, lui confit son portefeuille : il se trame quelque chose et ce soir, il ne rentrera pas. En effet, attaqué en pleine rue par une faction ennemie, Tousa n'a d'autres choix que de se défendre et transforme en carpaccio une ribambelle de mafieux. Il ne sortira de prison que sept ans plus tard et se fera trahir et abattre par les siens. Kenzuke, devenu entre-temps une sorte de Yakuza-looser au talent plus que discutable, est au coeur de la fusillade et mord également la poussière. Ramené à la vie sous forme de Cyborg, fait de métal, de sa propre chair et de la chair de Tousa (dont il récupère le coeur, le dos tatoué, mais aussi le pénis au passage), il va entreprendre une implacable vengeance, tout en s'interrogeant sur sa nouvelle condition...

Full Metal Yakuza... Sous ce titre impayable se cache un nom qui ne laisse aucun doute sur ce que l'on va voir, ou au contraire qui en construit à la chaîne : celui de ce gros taré de Takashi Miike, Japonais à la filmographie inquantifiable, capable d'enchaîner un brûlot social avec une catégorie 3 pour ensuite se donner des airs de David Lynch (le récent Gozu). Full Metal Yakuza, sorti en 1997, est symptomatique de cet éclectisme et s'impose tel un objet filmique étrange, improbable trait d'union entre les "Yakuza Eiga" d'un Kinji Fukuzaku et le Robocop de Paul Verhoeven. Aussi improbable que son à propos, le film se présente au visionnage tel une sorte de gros nanar mâtiné d'éclairs de génie, passant du ringard au grandiose. Repompant allègrement tout un pan de cinéma cybernétique, pillant aussi bien Robocop que Terminator voire même Universal Soldier, Full Metal Yakuza, ultra référentiel et au genre incertain fait partie de ces films dont la qualité reste soumise à débat. Comme la plupart des films de Miike, d'ailleurs. Ici une fois encore, difficile de déterminer ce qu'a voulu filmer le réalisateur fou, tant Full Metal Yakuza se plaît à partir dans tous les sens pour aboutir à ce machin informe, tout à la fois violent, gore, grinçant, glauque, poétique, amusant et purement grotesque. Il n'y avait que Miike pour faire se côtoyer dans un même film une déchirante scène sentimentale avec une séance de nécrophilie grasse comme un porc de compétition. Un exemple bien représentatif, tout dans Full Metal Yakuza jouant sur les antagonismes, passant d'un érotisme suggéré à un porno des plus scabreux, d'effets spéciaux plutôt agréables à d'autres à pleurer de rire tant ils sont kitsch, ou d'une violence outrancière à une autre plus apte à toucher et faire mouche. Certains tics de Miike sont là : les gros geysers de sang et la charcuterie à la Ichii the Killer (nul doute que Tarantino ait vu une paire de Miike avant de tourner les scènes japonaises de Kill Bill), du sexe, un humour "spécial" et une fois de plus, on se demande un peu dans quel bateau nous sommes embarqués.

Film dans tous les cas complètement fou et décomplexé, Full Metal Yakuza tout en s'incrustant dans la franche parodie et le comique plus ou moins volontaire, se révèle parfois d'une force et d'une poésie indéniable, par certains passages touchés par la grâce, lorsque le héros doute de son humanité. Des scènes reposantes, quasi-oniriques, où l'on voit un Takashi Miike bien plus tendre et subtil. Le final, dantesque, noir et désespéré fait tomber Full Metal Yakuza dans le drame et montre une sorte de rupture de ton qui n'était jusqu'alors établi que par petite touche. Un gros contraste avec la tonalité rigolarde du début, quasi-manga, où Cyber-Kenzuke découvre ses pouvoirs en tatannant des voyous, s'offre un affligeant périple à bicyclette et se constate fort peu waterproof au détour d'une scène particulièrement naze.

Film inclassable, Full Metal Yakuza pourrait être un Miike typique, au scénario à la fois incompréhensible et inutile et à la mise en scène un brin je-m'en-foutiste (si vous êtes épileptique, évitez-le comme la peste). Multipliant les registres, le film a l'avantage de ne jamais se perdre, jouant une sorte de tragi-comédie avec brio. Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? Miike se garde bien de nous le dire, étant trop ou pas assez fou pour le faire. Ce long métrage a la poésie d'une Valkyrie et la légèreté d'un tractopelle, film de science-fiction outrageux et bourré de clins d'oeil, dont une ahurissante allusion à Chair pour Frankenstein. Reflexion bourrine sur l'humanité, sur l'héroïsme désabusé, tentant de passer par tous les moyens, Full Metal Yakuza fait partie de ces oeuvres à ranger quelque part entre un bouquin d'Asimov et le Guerrier d'Acier avec Mario Van Peebles. Une bizarrerie a déguster cru et sans arrière pensées, pour se forger une opinion. Mais comme pour les sushis, il y a risque de régurgitation...

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Américain (L')

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