6.5/10

Mon Führer - La vraie véritable histoire d'Adolf Hitler

Adolf Hitler est un personnage si souvent représenté à l'écran qu'on va finir par croire qu'il a vraiment existé. Comment ça, il a... vous êtes sûrs ?

S'il y a un personnage politique du XXème siècle qui a marqué les esprits, c'est bien Adolf Hitler. C'est triste à dire, mais c'est ainsi. Du coup, on l'a vu à l'écran un nombre incalculable de fois, depuis Le dictateur de Chaplin (ce n'était pas vraiment lui, mais bon, c'était lui) jusqu'à La chute où il est incarné par Bruno Ganz. Cette concurrence ne décourage pas Dani Levy, scénariste et réalisateur de Mon Führer, qui propose une relecture d'une toute petite tranche de la vie du dictateur, de décembre 1944 à janvier 1945.

Adolf et Adolf : le premier, Hitler (Helge Schneider), connaît une période de blues en cette fin d'année 1944, qui annonce clairement sa défaite prochaine ; le deuxième, Grünbaum (Ulrich Mühe), est un acteur et metteur en scène juif que Goebbels vient sortir du camp de Sachsenhausen pour lui demander de coacher le Hitler se fait mousser
Hitler se fait mousser
Führer, qui doit bientôt prononcer un discours de la plus grande importance.

De comédie, le film n'a que le titre, la « vraie véritable histoire d'Adolf Hitler » n'étant en réalité qu'une tranche romancée de la fin de son existence. Le traitement, a quelques scènes près, n'est pas vraiment drolatique mais plutôt empreint d'une sorte de légèreté qui contraste avec l'approche habituelle de ce type d'histoire. Dani Levy, de son propre aveu, a pris le parti de ne pas raconter l'histoire d'un point de vue historique ou émotionnel, mais plutôt comme une sorte de conte dont les protagonistes auraient existé, certains faisant partie des plus grands monstres du siècle dernier. Adolf Grünbaum, artiste juif propulsé entre Goebbels et Hitler bien malgré lui, apparaît comme le plus "vrai" des personnages, le seul à avoir une attitude et des motivations auxquelles le spectateur peut s'identifier ; Hitler, face à lui, a l'air d'un personnage de Commedia Dell'Arte (le lourd maquillage de Helge Schneider, apparenté à un gros masque, renforce encore cette impression) au phrasé et aux réactions caricaturales. Pourtant, le sujet semble être l'exploration de la nature du Führer, la décortication des mécanismes qui l'animaient ; mais soyons honnêtes, 60 ans après, il y a peu de choses qui n'aient déjà été dites cent fois sur la question : enfance difficile, complexe d'infériorité, petit zob, aucune des révélations du film sur Adolf n'en est vraiment une. Du coup, le personnage principal devient Adolf Grünbaum, incarné
"Dites Aaah ! - Heeil ! - Non, Aaah !"
avec une grande justesse par Ulrich Mühe (vu dans La vie des autres et malheureusement décédé en juillet 2007 à l'âge de 49 ans) : entre instinct de survie, conscience professionnelle et envie de lutter contre l'oppression nazie, son personnage est clairement le mieux écrit du film.

La réalisation vieillotte a de quoi surprendre : les couleurs artificielles, les transparences durant les scènes de voiture et l'académisme de la mise en images donnent l'impression de voir un film des années 60, sans que le sujet le justifie réellement. Le résultat n'est pas spécialement gênant, juste un peu daté (sans l'être suffisamment pour que l'effet soit justifié).

Produit par Stefan Arndt, à qui on doit les premiers films de Tom Tykwer ainsi que Good Bye Lenin en 2003, Mon Führer n'atteindra probablement pas le même niveau de notoriété, bien que Dani Levy livre là son neuvième film en vingt ans. Hitler a probablement déjà livré toutes ses facettes, et l'approche choisie ici n'a rien d'assez innovant pour qu'on puisse comprendre sa production. Le film se laisse voir cependant, et peut permettre aux germanistes de travailler leur allemand autrement qu'avec Derrick en version originale.

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1 commentaires

  • Danorah

    11/03/2008 à 22h34

    Répondre

    J'aime bien ces petites news toutes les semaines, ça m'apprend tout ce que je rate et aussi tout ce que je fais bien de ne pas voir


    (Si un jour j'ai la chance d'avoir un ciné qui fait des films en VO près de chez moi, je me remettrai au cinéma. Juré.) 


    En tout cas Philippe Claudel en film, je sais pas ce que ça donne, mais en bouquin, c'est trop bien ! 

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