8/10

Fucking Amal

Amal (prononcez Omaul), trou perdu de Suède, ses grandes étendues vides, ses jeunes passionnés de téléphones portables faute de plus excitant, ses autochtones affalés devant des jeux TV débiles... Au milieu, Elin, quatorze ans, rêve de devenir Miss Suède et se chamaille avec sa grande soeur pour tuer l'ennui. Dans le même collège, Agnes, seize ans, se sent mal dans sa peau d'adolescente bizarre (déjà qu'un ado, à la base...) Seul confident : un journal intime qui recueille chaque soir des lettres d'amour à l'attention d'Elin.

Dès les premières secondes de Fucking Amal, le réalisateur Lukas Moodysson (dont il s'agit du premier long) prend le contre-pied du teen movies en classant dans les archétypaux voeux secrets d'Agnes ce qu'il faut de cinématographiquement incorrect pour le genre : pas de fête d'anniversaire, et l'espoir d'un amour entre filles (pas simplement deux trois caresses pornosoft pour exciter le mâle en rut). L'ambiance toute nordique d'Amal n'arrangeant rien à l'affaire, malgré la ressemblance de l'acteur Stefan Horberg avec Ashton Kutcher, et le hockey sur glace dans une patinoire déserte remplace le football américain sur le campus.

Visuellement, Moodysson ressemble davantage à un réalisateur du Dogme danois qu'aux frères Wayans : grain de l'image bien visible, caméra à l'épaule, zooms... Et pourtant, tous les repères de la comédie adolescente répondent présents : le dragueur minable, les filles branchées obsédées par le cool ou la tendance, les posters de Leonardo DiCaprio sur les murs des chambres, les machin veut te parler et autres t'es trop bien pour elle, la première cuite dans le dos des parents... Sauf que le scénariste metteur en scène agence ses scènes clés beaucoup plus habilement que la moyenne, notamment pour ce qui concerne l'histoire d'amour entre les deux héroïnes.

Le jeu exceptionnel d'Alexandra Dalhstrom et Rebecca Liljeberg contribue énormément à la réussite de ce film (voir les larmes contenues d'Agnes après le faux baiser) qui ausculte avec une rare intelligence les petits tourments qui passent pour crises fondamentales avant la majorité. Tout le monde se retrouvera ainsi dans l'autodépréciation d'Agnes, la magie de la séduction implicite ou la gêne du lendemain sous le poids du regard social. Même les parents, généralement relégués aux rôles de faire-valoir dans ce type de métrage, ne se limitent pas ici au mauvais côté du manichéisme. Car s'ils paraissent incapables de comprendre leurs enfants, ces derniers ne leur en laissent que peu de chances.

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1 commentaires

  • cjbusiness

    14/03/2007 à 22h38

    Répondre

    Comment mieux décrire la période adolescente que ne le fait Fucking Amal. Tout y est. Et si l'on ne se retrouve pas forçément dans l'histoire des personnages merveilleusement interprétés, on y pioche fatalement des éclairs de nostalgie, des flashs d'incompréhention qui refont surface et qui nous rappellent les questions existentielles de gamins que l'on a pu tous plus ou moins se poser. La force de ce film est là : en plus de briser des tabous injustifiés, surtout au vu de l'âge des personnages et de l'univers dans lequel ils évoluent, fucking amal révèle au spectateur la mélancolie de ces années difficiles. On ne peut ainsi s'empêcher de souhaiter faire partie de cet univers pour mieux en apprécier le jeux d'Alexandra et de Rebacca qui apportent évidement toute l'émotion par leur multiples jeux de regards, leurs gestes simples et si captifs. Merci pour ce retour au collège ou le mal être amoureux est la source des découvertes de la vie.

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