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Frère des Ours

Il y a de ça deux mois, je confiais avec une verve non dissimulée le bonheur que m'avait procuré Le Monde De Nemo en crachant parallèlement des hypothèses péjoratives sur le dernier né des studios d'animation Disney, Frères des Ours. Tristesse de voir que celles-ci se vérifient. Car, bien que la machine à rêve fonctionne toujours, ou tout du moins sur un plan visuel, l'innovation et l'inventivité semblent devenir elles aussi espèces en voies de disparition chez les artistes de la souris aux grandes noreilles rondes.

Sitka, le frère aîné du jeune indien Kenaï, perd la vie en sauvant ce dernier des griffes d'un ours. Le cadet décide alors de traquer la bête et de venger la mort de son frangin, à l'encontre des recommandations de son autre frère Denahi. Lorsque Kenaï parvient à retrouver le plantigrade et à le tuer, l'esprit de Sitka, métamorphosé en aigle, réapparaît et le transforme en ours, avec l'ambition de lui apprendre à devenir un homme...

On est tous pareil. Telle est la morale on ne peut plus simpliste que souhaite graver le film dans les esprits des petits n'enfants à coup de chansons de Phil Collins (qui nous refait au passage le coup du multi-doublage international, à l'instar de Tarzan). C'est ainsi que Kenaï, le rebelle djeun's de la tribu, se voit transformé en ours par l'action divine des saints esprits, et commence son « long » périple pour retrouver son apparence normale. Accompagné de Truc et Muche, deux caribous à l'humour aussi évolué que celui d'une noisette, et d'une petit boule de poil bavarde comme pas deux nommée Koda, ledit Kenaï va comprendre en quelques couchers de soleil que « la nature c'est beau », « les ours ne sont pas des bêtes sanguinaires qui tuent pour le plaisir et qu'ils peuvent avoir des sentiments », « les animaux sont sympas », « les hommes sont parfois cruels », « le poisson c'est cool », etc. La scène des saumons, tableau d'une espèce d'Aquaboulevard pour ours, et celle du voyage à dos de Mammouth, a notamment de quoi laisser perplexe quant à l'intérêt et au bien-fondé du message philosophique du film. Mais, si l'on passait outre ce squelette moralisateur franchement en carence de protéines, Frères des Ours serait pratiquement irréprochable d'un point de vue technique, d'une belle animation et d'un style fin et plaisant (quoique bien moins fouillé qu'à l'habitude), mais surtout d'une utilisation des couleurs resplendissante.

Toujours sur la pente descendante, Disney ajoute une nouvelle fois à sa collection un produit stéréotypé sans très grand intérêt, qui pêche à de nombreux niveaux sur son message et sa logique mais se rattrape par la relative splendeur de son animation et de sa photographie. Pas de « nouveau Roi Lion », assurément.

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2 commentaires

  • KalistoR

    07/02/2005 à 16h41

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    Bonne critique de l'ami Nico.

    Disney exploite ici le mythe de la transformation : le passage du monde humain au monde animal, se détournant à loccasion de larchétype des contes traditionnels occidentaux. La quête initiatique de Kenaï doit lamener, en découvrant le monde sous une vision animale, à se découvrir lui-même...

    Si cet enseignement de la vie peut savérer attirant au premier abord, cette nouvelle production des studios Disney éprouve le plus grand mal à se démarquer de ses prédécesseurs tant le manque dinnovation est flagrant. Une preuve certaine de cette inventivité carencée nest autre que le moralisme simpliste de cette histoire : réaliser que les animaux sont comme nous, des êtres vivants capables déprouver des sentiments mais dont lenveloppe physique est différente. Largumentation est développée à grands coups dallégories de lamour et de lamitié qui parviennent presque à nous étouffer de leur omniprésence. Seules les touches dhumour ponctuées par les deux caribous nicodèmes, doublés dans la version française par Omar et Fred, ouvrent une porte salvatrice, unique échappatoire à cet endoctrinement.

    Les chansons de la BO sont en parfaite harmonie avec la morale, dégoulinantes de niaiserie, mais ont le mérite cependant de passer beaucoup mieux en version originale.

    Mais sil est un trait propre à Disney qui perdure dans la perfection, cest bien lanimation, toujours aussi somptueuse de part la finesse de son style et irréprochable dun point de vue technique. Les décors, formidablement détaillés et vivifiés par un panel de couleurs resplendissantes, sont grandioses et offrent au spectateur un véritable moment démerveillement. Des montagnes aux neiges sempiternelles, de sauvages étendues herbues parsemées de fleurs en tout genre, des forêts luxuriantes... il se dégage des images une essence de nature qui ne peut laisser indifférent, nous invitant gracieusement au voyage. Le passage au format cinémascope pour signifier le changement de vision du monde une fois Kenaï transformé en ours est particulièrement judicieux et renforce leffet dimmensité et de magnificence des paysages.

    Les studios danimation Walt Disney Floride, déjà concepteurs de Mulan et de Lilo & Stitch, nous offrent ici un dessin animé honnête mais sans grande prétention. Le simplisme de la philosophie enseignée peut décevoir et fait des enfants la cible principale de cette production. Reste le fameux savoir-faire de la maison aux grandes oreilles qui, grâce à lauthenticité des paysages et à une utilisation remarquable des couleurs, parvient tout de même à charmer les plus grands, les invitant à rejoindre leurs benjamins dans ce périple au naturisme certain.

  • Anonyme

    24/09/2010 à 13h10

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    Bonjour, moi, je dois dire que j'aime beaucoup ce film. Non seulement Kenaï comprend que les hommes sont cruels, mais on le voit nous aussi. Film destiné aux enfants ? Pas sûr... Mais on leur fait comprendre très petits que la cruauté fait partie de la vie... Qu'on doit toujours se méfier de tout, mais que l'inconnu n'est peut-être pas forcément méchant si on apprend à le connaître vraiment... Bref, tout plein de choses qui se contredisent un peu. On est plus apte à juger une fois grand. Ceci dit ce film est vraiment bien, y a pas à dire. Ciao

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