7.5/10

Footnote

Cannes 2011 : compétition. L'histoire d'une relation père-fils gangrénée par la frustration, la rancoeur et la jalousie. Sans renier le particularisme des relations familiales judaïques, Joseph Cedar touche malgré tout des vérités universelles.

Fort d'un Ours d'Argent et d'une nomination à l'Oscar pour son film précédent Beaufort, le réalisateur israélien Joseph Cedar est en compétition cette année pour la Palme d'Or, avec ce Footnote (en v.o., Hearat Shulayim) vif et intelligent, auquel on reproche surtout de se terminer avant d'être fini.

Le professeur Eliezer Shkolnik est un philologue, du genre pointu : il a potassé
DR.
durant trente ans une idée concernant le Talmud, avant que ses travaux ne s'avèrent inutile à la sortie d'une étude concurrente. Démoralisé, il se raccroche à son seul titre de gloire : sa présence dans une note de bas de page ("footnote") au sein de l'introduction d'un ouvrage important. Frustré, postulant chaque année au prestigieux Prix d'Israël, il assiste à la consécration de son fils Uriel, qui a suivi le même chemin que lui en se consacrant à l'étude du Talmud.

Etude de caractères brillante et nuancée, Footnote navigue sans cesse entre le père et le fils, donnant à voir les qualités et les défauts de chacun. La sympathie du spectateur est amenée à se déplacer de l'un à l'autre, à mesure que leur situation se complexifie : faut-il placer les relations filiales avant son ego ? le mérite et la reconnaissance sont-ils proportionnels ? Si non, faut-il en vouloir à ceux qui obtiennent la reconnaissance à notre place ? Autant de sujets dans lequel le réalisateur pique sa fourchette avec adresse, usant d'un ton léger et de parti-pris visuels volontiers drolatiques (parfois même trop "pubesques"), ainsi que d'une musique dynamique qui évoque davantage un film d'aventure qu'un drame familial.

Les relations filiales, si elles concernent essentiellement Eliezer et Uriel, sont également problématiques entre Uriel (semi-sosie de Nanni Moretti) et son fils, qui affiche une force d'inertie
DR.
intolérable pour son père. Mais peut-être l'adolescent a-t-il peur de se retrouver dans la même confrontation insoluble que les deux générations qui le surplombent. Dommage, une fois toutes les intrigues solidement nouées, que le film se termine d'une manière abrupte, sans en résoudre aucune ; la suite est laissée à l'imagination du spectateur, de façon finalement un peu couarde.

A plusieurs reprises, il est question pour les personnages de passer un contrôle de sécurité : les VIP ne sont pas fouillés, tandis que les sombres inconnus sont ralentis par les vigiles. Ces scènes s'avèrent particulièrement savoureuses dans le contexte cannois, où les passe-droits créent chaque jour leur lot de satisfactions (pour ceux qui les ont) et de frustrations (pour les autres).

 

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