6.5/10

Fleur du mal (La)

Bis repetita

Chabrol nous brosse, à rebrousse-poil, un film-portrait d'une famille bourgeoise "bien sous tous rapports", poursuivie par des secrets de famille qui la gangrènent insidieusement mais sûrement.

La famille Charpin-Vasseur, famille bourgeoise bordelaise s'unit pour le meilleur et surtout le pire depuis trois générations entre eux. Forcément, ça laisse des traces (de sang ?).
Le fils (François Vasseur) revient des Etats-Unis, après trois ans d'absence, et retrouve sa cousine et belle-soeur (Michèle Charpin-Vasseur) pour laquelle il a toujours des sentiments. En cela déjà, il perpétue la tradition incestueuse de la famille.
Le père (Gérard Vasseur) est un sale type, chaud lapin, antipathique et pathétique.
La mère (Anne Charpin-Vasseur) entame une campagne électorale au moment où un tract calomnieux circule en ville, remettant au goût du jour une sombre histoire familiale datant de la seconde guerre mondiale. A la libération, on avait accusé la grand-mère (Micheline Charpin dite "Tante Line") d'avoir tué son père, collabo de son état, retrouvé mort dans la demeure familiale.
La maison est l'essence même du microcosme famillial, serre d'incubation des passions, cage dorée pour le libre-arbitre de chacun, et malle poussiéreuse aux secrets. Tout sent le renfermé. Comme le dit Tante Line « Le temps n'existe pas. C'est un présent perpétuel » dans lequel la famille est prisonnière. Par ses unions internes, elle est restée fermée à l'extérieur, elle est restée imperméable aux changements et à la différence. La mêmeté, la continuité et l'immuabilité fondent cette famille qui est au bord de l'implosion sous le poids des non-dits et du marasme.
A ce sujet, Chabrol parle de « la transmission de la répétition dans la bourgeoisie provinciale ». « Les personnages sont d'une effrayante normalité. S'il n'y avait pas de crime, peut-être n'y aurait-il rien à raconter, puisque rien ne change. »
Il nous montre sans sympathie, ni antipathie : une famille presque ordinaire (reflet de la société même) ni meilleure, ni pire que d'autres.

Personnellement, j'ai trouvé le film agréable à regarder, mais un peu mollasson, comme si le film lui aussi était pris au piège du temps qui stagne et se répète. Amateurs de film dynamique et d'action, vous allez probablement vous enliser et vous ennuyer !! De plus, l'intrigue est un peu trop explicite et sans surprise, et on reste sur sa faim sur la fin.
Cependant, dans ce Sud-Ouest chabrolisé, on peut déguster de nombreux dialogues savoureux, et pleins d'esprit. A souligner : la scène mémorable de la visite de racolage électoral d'Anne Charpin-Vasseur dans un HLM, où le cynisme et la mesquinerie des politiciens prennent tout leur sens et leur ampleur (un extrait : « Plus les gens sont pauvres, plus les chiens sont gros et méchants. »)
Parmi les talentueux acteurs, une remarque particulière pour la présence lumineuse de Mélanie Doutey déjà "découverte" dans Le frère du Guerrier.
Enfin, on ne peut pas reprocher grand chose à la qualité de la mise en scène de Chabrol, si ce n'est quelques maladresses comme les micros dans le champ, et des clichés redondants (même si certains clichés ne sont peut-être pas si loin de la réalité).

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Monsieur N.

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1 commentaires

  • CIRSE

    29/09/2003 à 00h00

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    Tu l'as dit - film subtil et révélateur de la petite bourgeoisie de province. A regarder sans à priori, en faisant le vide dans sa tête ! (de toutes les façons, le cinéma est fait pour ça - pour nous décoller de la réalité), sauf que celle montrée dans le film nous touche de très près. On a l'impression de faire partie des protagonistes à l'intérieur de cette oeuvre sarcastique de CHABROL. NATHALIE BAYE est magistrale quand elle se rend dans les HLM pour inciter les autochtones du coin à voter pour elle ! (Le mépris qu'elle montre pour le peuple de la France d'En-Bas est tout à fait conforme à ce qui se passe réellement dans les tours d'ivoires de nos gouvernants. (Matignon, Palais de l'Elysée) . On rit beaucoup, mais jaune bien entendu ... Sûr que les fondus de MATRIX-RELOADED passeront leur chemin - Voilà !

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