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Fisher King : le roi-pêcheur

Film de la maturité pour Terry Gilliam, Fisher King est un conte moderne où l'on devient adulte en acceptant sa part d'enfance. Mais pas seulement.

Il était une fois, à une époque où les vidéoclubs louaient des cassettes, dans un monde où Robin Williams n'était pas l'homme de Mrs. Doubtfire ni de Flubber, un roi maudit dont les films ne plaisaient qu'à un parterre de fans marginaux, mais dont les budgets faramineux mettaient les producteurs au seuil de la ruine. Il était une fois Terry Gilliam, ses doutes et sa rédemption.

Gilliam est le premier à le dire : un film est souvent le reflet des conditions dans lesquelles il a été fait. Dans le cas de Fisher King, le lien qui unit le réalisateur à son personnage est si évident qu'on a du mal à croire que le scénario soit signé d'un
autre... Mais n'est-ce pas là le sujet même de l'histoire ? Jack Lucas, animateur de radio plein de morgue et convaincu d'être le nombril du monde, est incarné par un Jeff Bridges dont la parenté physique avec Gilliam laisse songeur ; tous deux se considèrent comme des enfants des années 60, et font tourner leur vie entière autour de leurs envies personnelles. Bataillant pour voir sortir les films dont il rêve, le cinéaste rencontre les pires difficultés à finir Les aventures du baron de Munchausen en 1988 ; plombé par les dépassements de budget, ce dernier finit par sortir dans un sinistre anonymat dans la plupart des pays, causant ainsi un cruel coup au cœur de tous ceux qui y ont participé. S'estimant sans doute partiellement responsable de cet échec, Terry Gilliam entame une traversée du désert de plusieurs années, durant lesquelles il refuse les projets qu'on lui soumet (Qui veut la peau de Roger Rabbit, La famille Addams...). De la même façon, Jack Lucas prend à son compte le massacre perpétré par un de ses auditeurs, et se mure dans une oisiveté décadente en vivant au crochet de sa copine Anne (Mercedes Ruehl, Oscar du meilleur second rôle) qui tient un vidéoclub (notez les affiches de Brazil et Munchausen sur les murs) ; il s'est même détourné du projet qu'on lui avait proposé peu avant le drame : jouer dans un sitcom où sa réplique récurrente aurait-été « Pardonne-moi ». Parviendra-t-il seulement à dire ces mots ? Mais surtout, à qui peut-il implorer ce pardon ?

Lorsque Terry Gilliam reçoit le scénario de Fisher King en 1990, il se dit qu'il lui est destiné. Si le titre semble déjà être une synthèse de sa filmographie : "Fish" (les poissons narrateurs du Sens de la vie, la baleine de Munchausen) et "King" (Arthur dans Monty Python Sacré Graal, Bruno dans Jabberwocky, Agamemnon dans Bandits bandits, le roi de la Lune dans Munchausen), le sujet lui-même évoque directement sa propre quête de rédemption, qui passe ici par... Robin des bas (fonds)
Robin des bas (fonds)
la quête du Graal ! Dix-sept ans après avoir tourné son premier film Sacré Graal, l'occasion semble toute trouvée de boucler une boucle. Il semble bon de noter que pour la première fois de sa carrière, Gilliam ne fera appel à aucun de ses comparses des ex-Monty Python. Pour le rôle du clochard dingue Parry, c'est donc Robin Williams (nommé à l'Oscar du meilleur acteur) qui endosse la panoplie de chevalier des rues, typique des rafistolages épiques chers au cinéaste de Brazil. Et tandis que Jack s'échine à aider Parry dans sa quête de l'amour (la bizarroïde Lydia Sinclair, jouée par Amanda Plummer), Terry Gilliam va mettre en images le scénario du jeune Richard LaGravenese, en mettant les pieds sur un terrain qu'il n'avait jamais foulé : la réalité, représentée par New York. Une réalité qu'il s'emploie à plier subrepticement à ses propres fantasmes (le Chevalier Rouge, vision dantesque et incontestablement gilliamesque), et sur laquelle il apporte un regard inédit, trouvant de la poésie dans les poubelles et du romantisme devant un rayonnage de films porno. Pendant ce temps, tel le Pinocchio dont il se moque au début, Jack va progressivement cesser d'être de bois pour devenir de chair.

Livrant le film à son scénariste et à ses acteurs, Terry Gilliam se fait plus discret tout en se confrontant directement à ses propres questionnements. Il n'est pas plus coupable du naufrage de Munchausen que Jack ne l'est de la tuerie de son auditeur, mais l'un comme l'autre avaient besoin d'une leçon d'humilité et de maturité pour aborder la suite de leur vie. Et pour le spectateur ? Le chemin de croix épique et intimiste (!) de Jack et Parry sur la route de l'épanouissement et de l'amour est une vision aussi émouvante qu'exaltante, peuplée de seconds couteaux réjouissants (Michael Jeter, Tom Waits) et de moments de grâce touchants (le hall de gare).

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4 commentaires

  • Anonyme

    17/01/2009 à 17h38

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    Juste un de mes films préférés... j'avais juste envie de vous le dire... il n'y a aucune prétention dans le fait de vous ascéner cette vérite ultime

  • Anonyme

    17/01/2009 à 21h12

    Répondre

    Film nul et ch...., une daube!

  • el viking

    18/01/2009 à 12h28

    Répondre

    voilà un commentaire bien peu partial... celà dit, je ne vais pas faire bien mieux en disant tout simplement que ce film est excellent... voilà...

  • Anonyme

    18/10/2009 à 21h04

    Répondre

    Bonjour,


    C'est tout simplement mon film préféré. J'ai adoré. Ce chevalier, qui arrive sur l'écran, chaque fois que la mémoire de Robin veut aller plus loin. Cette manière de montrer ce qu'un choc violent peut engendrer est très bien symbolisée.


    Puis, j'adore le passage de la gare, évidemment.


    Film psychologique.

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