8/10

fils de l'homme (Les)

Enfant du soleil

Les Fils de l'Homme, mode oblige, est adapté d'un roman à succès écrit par P.D. James et publié en 1993. D'un nombre relativement peu élevé de copies, malgré quelques prix prestigieux récoltés lors du Festival de Venise, celui-ci nous projette une vingtaine d'années dans le futur, dans un monde qui n'a plus rien à espérer. Un matériau de base classique, forgé par un réalisateur qui a su créer la surprise...


En l'an 2027, l'humanité est devenue stérile. Le plus jeune être humain sur Terre affiche 18 ans, tandis que la population se morfond de ne plus pouvoir produire de bébés. Dans ce contexte précaire, où le rejet de la différence est devenue une loi à part entière, une jeune femme noire tombe enceinte. Théo (Clive Owen) se charge alors envers et contre tous de la protection de la future maman, quitte à risquer sa vie...

Il est étonnant de constater à quel point les ambitions d'un réalisateur peuvent faire des étincelles, lorsque les moyens mis en oeuvre y sont assujettis. Certes, Les Fils de l'Homme n'est pas le récit d'anticipation du millénaire, n'apporte pas grand-chose chose au genre, mais fait néanmoins partie de cette race de film qui ne laisse pas indemne ; une catégorie de métrages très précise qui laisse le spectateur en lambeaux, aussi bien sur le plan intellectuel que sur le plan visuel.
Pourtant, le noyau des Fils de l'Homme se présente, au bout du compte, d'une simplicité et d'une largesse bien trop évidentes pour faire naître un embryon de réflexion chez l'observateur lambda, à moins que celui-ci n'en fasse l'effort après coup. Non, ce qui perturbe dans le film de Cuaron, c'est bel et bien le traitement qu'inflige le réalisateur à son bébé cinématographique, multipliant les plans-séquences de folie tout en flirtant avec le documentaire. Bluffante, la mise en scène mélange échauffourées, explosions, et phases de dialogues dans de somptueux portés de caméra qui allient esthétisme lugubre et réalité confondante. Un sens du réel qui se voit complété par, d'une part, une bande-son très généreuse sur les basses, et d'autre part, la reconstitution du paysage londonien au moyen de débris et de gravats, enfonçant la capitale britannique dans de sinistres tons grisâtres et renforçant du même coup le sentiment de précarité attaché à l'espèce humaine. L'immersion est totale, transforme le film en une expérience cinématographique visuelle et auditive bien rare dans les salles obscures, tandis que les minutes s'écoulent sans ennui.

Dommage qu'un tel film ne soit pas davantage représenté sur le territoire français. Pour ceux qui ont l'opportunité d'aller le voir, n'hésitez pas, il est plus que probable qu'il figurera dans la liste de vos meilleurs métrages de l'année 2006, ne serait-ce que pour la performance technique du réalisateur qui signe ici une oeuvre aboutie et impressionnante.

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Super Nacho

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5 commentaires

  • weirdkorn

    03/11/2006 à 21h31

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    Tout à fait d'accord avec cette critique. La performance technique est impressionnante. En revanche, le message passé sonne creux.

  • Garf

    03/11/2006 à 21h52

    Répondre

    Oui c'est tout à fait ça. Le film est creux, la morale assez nauséabonde, l'histoire somme toute assez plate, mais alors sur la forme, le film est très bon. Il y a de magnifiques plans séquences. La musique (extra-diégétique) est habilement non-utilisée sur certains passages où d'autres réalisateurs nous auraient volontié servit une double couche de pathos.

    Joli film, mais pas consistant. Les Fils de l'Homme, c'est le kinder bueno du cinéma.

  • Aen

    08/11/2006 à 16h28

    Répondre

    Je suis moi aussi entièrement d'accord avec cette chronique. Juste pour rajouter que ça fait quand même plaisir de voir encore sortir des films d'anticipation.

  • Koub

    10/02/2008 à 14h27

    Répondre

    Critique perso du film : 


     


    2027.
    Le monde apprend la mort de « Baby Diego », le plus jeune être vivant
    de l'Humanité, poignardé à 17 ans. C'est la consternation. Car plus aucune
    naissance n'est survenue depuis l'année 2009. L'Humanité, foudroyée par
    l'infertilité, est sur le point de disparaître. Le monde a cédé à la folie et
    s'est effondré. Terroristes, extrémistes religieux, sectes en tous genres.
    Résultat: attentats, catastrophes chimiques, déflagrations nucléaires. The
    world has collapsed, assènent les informations télévisées. Seule la
    Grande-Bretagne semble à peu près résister. Mais à quel prix? Le pays n'est
    plus qu'un gigantesque monde-poubelle répugnant où une dernière poignée de
    bourgeois se maintient à peu près à flots. Le film d'Alfonso Cuaron est d'un
    pessimisme désarmant, proprement écrasant. On cherche en vain une issue, on
    scrute l'écran à la recherche de la moindre échappatoire, et c'est encore pire.
    Il n'y a pas un plan qui ne promette l'enfer. L'image est d'une richesse
    étouffante, Cuaron multiplie les détails assomants. Les écrans géants diffusent
    des pubs vantant les mérites de médicaments euthanasiants. Le monde n'est plus
    qu'un cloaque, et les derniers îlots de propreté seront bientôt submergés. On a
    beau chercher, l'image est crade, salie par un air vicié. L'atmosphère est
    trouble. On brûle les cadavres d'hommes et d'animaux. Le sol n'est plus qu'une
    boue immonde. Les bâtiments sont couverts de suie, les poubelles s'amoncellent,
    les buildings s'effondrent. La froideur du béton s'installe en maître. A part une
    dernière poussée en avant de l'électronique, la technologie régresse.
    Politiquement, c'est le chaos, avec cette Grande-Bretagne qui enferme les
    réfugiés dans des ghettos. Pour se protéger des révolutionnaires et des
    activistes, les bus sont blindés comme ceux d'un convoi de prisonniers. L'Homme
    s'est lui-même enfermé. Le Gouvernement applique des méthodes
    ultra-autoritaires qui renvoient aux horreurs passées. Les militaires sont
    partout. Les réfugiés sont convoyés en masse vers ce qui ressemble de plus en plus
    à des camps de la mort. Cuaron filme un débarquement de réfugiés au camp
    Bexhill. On découvre les maltraitances, les exécutions arbitraires.
    L'insalubrité des lieux est telle qu'elle donne envie de gerber. Et lorsque la
    caméra accompagne ces pauvres gens dans ce cloaque, guidés par des militaires
    hargneux et des chiens déments, on s'imagine presque arriver dans une chambre à
    gaz, terminus de l'Humanité, retombée dans ses pires travers. Le monde filmé
    par Cuaron n'en est pas encore là. Mais ce n'est sûrement qu'une question de
    temps. Et, au milieu de tout cela, élément central du film, un homme qui avait
    perdu la foi retrouve l'espoir, car on lui a confié un trésor de la plus haute
    importance. Une jeune femme noire qui porte peut-être en elle le salut de
    l'Humanité. Il doit l'aider à atteindre un hypothétique bateau d'une
    hypothétique organisation qui pourra, peut-être, l'aider. Alfonso Cuaron signe
    là un film d'une beauté morbide effarante, extrêmement dur à encaisser, mais il
    s'agit sûrement d'un film nécessaire en ce sens qu'il peut, peut-être, éveiller
    certaines consciences. Si son postulat semble peu crédible, en tous cas dans
    l'immédiat qu'il nous dépeint – l'Homme devenant infertile en 2009, donc maintenant
    –, il permet un important questionnement sur la conduite à tenir en cas de
    catastrophe majeure. Car ce que veut dire Cuaron, c'est que l'Homme, bien avant
    de disparaître pour une quelconque raison de dysfonctionnement biologique, se
    sera auto-détruit. L'Humanité se sachant infertile a semble-t-il décidé de se
    saborder avant l'heure. Elle a cédé à la folie et est entrée dans un processus
    d'auto-destruction aussi implacable que navrant. Ce film est une mise en garde
    sur la retenue de la folie humaine face à un événement profondément
    destabilisant, quel qu'il soit. Et puis, il y a cette scène de folie, véritable
    expérience sensorielle jusqu'au-boutiste: un plan-séquence épuisant sur un
    homme pris dans une guerre de rue d'une violence inouïe. Le béton explose, les
    corps s'effondrent dans une boue putride, le sang gicle, les canons fument,
    tout le monde hurle. Et c'est atrocement beau. C'est beau, parce que,
    soudainement, la tuerie prend fin. Les militaires s'arrêtent puis s'inclinent,
    en silence. Cuaron en arrive alors à sa conclusion, forcément bouleversante:
    symbole d'une rédemption possible pour l'Humanité, ou simple sursaut ponctuel
    sans aucune portée? On veut espérer, on veut pouvoir se relever de ce film coup
    de poing, mais tous nos espoirs volent en éclats lorsque, finalement, on ne
    peut que se remémorer les paroles de l'anti-héros: « Qu'est-ce que ça va
    changer? Le monde s'est déjà effondré ».


     

  • nazonfly

    19/10/2009 à 10h40

    Répondre

    L'immersion est totale dans les Fils de l'homme, tellement bonne qu'on ressort abasourdi par le film et qu'on se dit que ce film est génial. Pourtant en y réfléchissant, on se dit que le scénario est assez classique, que l'ensemble est relativement vide. Mais ça fonctionne bien et c'est déjà pas mal.

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