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fille coupée en deux (La)

Coupée en deux, verra-t-on Ludivine saigner ?

Dans le paysage cinématographique français, Claude Chabrol fait un peu partie des meubles : l'an prochain, il fêtera les cinquante ans d'une carrière entamée en 1958 avec Le beau Serge. Depuis cette date, Chabrol a beaucoup tourné (on compte une soixantaine de titres dans sa filmographie), se faisant souvent une spécialité de décrire une bourgeoisie de province sordide et décadente enferrée dans un écheveau de conflits larvés, filmés dans un style de plus en plus ronronnant et léthargique. Réalisateur amusé et peu soucieux du politiquement correct, Chabrol n'est pas pour autant le roi des provocateurs...
La fille coupée en deux, bien que sortant (un peu) des sentiers battus par l'auteur, n'est pas pour autant une bien grosse pierre à ajouter à son œuvre.

La fille, c'est Gabrielle Deneige (Ludivine Sagnier), miss Météo jeune et enjouée. Coupée en deux, elle l'est entre Charles Saint-Denis (François Berléand), un écrivain vieux, marié, célèbre et érotomane, et Paul Gaudens (Benoît Magimel), un fils-à-papa-mort jeune, riche, arrogant et caractériel. Qui sera donc le bonhomme de Deneige (vous inquiétez pas, ils font pire dans le film) ?

Chabrol en 2007, ce n'est plus depuis longtemps le nom d'un réalisateur enthousiaste qui fait des films par passion. C'est plutôt une sorte d'entreprise familiale, façon « Menuiserie Chabrol et Fils », qui fait travailler les rejetons sans entrain dans un domaine qu'ils connaissent bien. Ainsi au générique de La fille coupée en deux, on trouve Thomas Chabrol dans le rôle de l'avocat, Mathieu Chabrol à la musique et Aurore Chabrol en scripte. Quant à Claude, le papa à l'origine du projet, il s'en désintéresse de façon si manifeste qu'il est probable de le voir passer prochainement la réalisation à un héritier. Il paraît même que sur le tournage, il arrivait en retard sur le plateau et laissait le premier assistant décider des choix de caméra...
Je ne veux pas travailler, et puis je fume
Je ne veux pas travailler, et puis je fume
Entre répliques convenues et situations éculées, les comédiens font ce qu'ils peuvent pour sauver les meubles : Magimel en fait des caisses dans le rôle du jeune lunatique sur-friqué, et parvient à faire passer un semblant de complexité à un personnage qu'on devine surtout mal écrit. Berléand est égal à lui-même, éternellement condamné aux rôles de vieux sagouins à l'œil torve. Quant à Ludivine, présentée par un personnage auquel Chabrol fait malicieusement dire « Elle est divine », elle s'impose une nouvelle fois dans un rôle de femme-enfant, tantôt sensuelle tantôt candide ; en revanche, on peut se demander ce qu'apporte à l'intrigue sa condition de présentatrice télé, ou même celle de fille de libraire (qui lui permet bien sûr de rencontrer Saint-Denis, mais c'est un peu faible...).

Au final, c'est ennuyé que l'on sort d'un film que ni le jeu des acteurs, ni le final émouvant bien qu'un peu lourdaud ne sauvent de l'apathie et la médiocrité.

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