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Fido

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Le statut du zombie a bien évolué depuis ses premiers pas au cinéma. Il a non seulement perdu ses origines vaudous (il est désormais le produit de la pollution ou de la maladie, XXIème siècle oblige), mais apparaît également aujourd'hui comme une espèce à part entière, souvent persécutée par l'homme (un comble !), et qui n'aspire qu'à la tranquillité d'une vie communautaire. Land of the dead véhiculait clairement cette image, et Fido semble abonder dans ce sens.

A la suite d'une guerre victorieuse contre les zombies, l'être humain a trouvé le moyen de les domestiquer en inhibant leurs pulsions cannibales. Désormais réduits au rang d'esclave, les zombies sont méprisés et maltraités par une population qui semble pourtant destinée au même sort : chaque nouveau mort devient à son tour un zombie, grâce aux bienfaits d'une radioactivité omniprésente...

Quatre enterrements et pas de mariage
Quatre enterrements et pas de mariage
Fido
prend d'emblée le contre-pied total du film de zombie traditionnel : le décor est une petite ville ultra-colorée du cœur des années 50 (les morts vivants ne se feront une place sérieuse au cinéma qu'à partir des années 60), la musique jazz swingue allègrement, et l'action est résolument plus tournée vers la comédie que vers l'horreur. S'agit-il pour autant d'une trahison, ou d'un pastiche grossier façon Scary movie ? Niet. Fido est d'une sincérité indiscutable, distillant même une sorte d'angoisse diffuse qui perce à travers la légèreté de ton : les gens parlent sans cesse de leur mort, du traitement à infliger aux cadavres (animés ou non), et lisent DEATH en lieu et place de LIFE Magazine...

Psst... Dans l'autre sens, les lentilles...
Les lentilles blanches, c'est nul.
L'humour du film est incontestablement décalé. Le rythme plutôt lent, qui sied à merveille à la reconstitution scrupuleuse de l'ambiance des années 50 (voir les savoureuses transparences lors des scènes de voiture), est au service d'une histoire d'amitié qui tâtonne pour se faire une place au milieu de la métaphore sociale. Métaphore tangible mais pas forcément facile à interpréter : parabole sur l'esclavage et le racisme ? expression de notre propre mortalité, et de notre refus à l'affronter ? réflexion sur l'usage de la répression, souvent privilégiée à la communication ? Sûrement un peu de tout, ce qui fait de Fido un film au scénario assez riche.
Niveau divertissement, il ne faut s'attendre ni à Braindead ni à Shaun of the dead. On n'est pas dans la tripaille ou la boucherie hystérique, mais plutôt dans une fable au ton étrange, qui n'est pas sans rappeler parfois celui de Edward aux mains d'argent. Les personnages, intelligemment brossés à coups de névroses et de frustrations, contribuent à étoffer ce film surprenant ; le plus attachant d'entre eux, bizarrement, est ce voisin binoclard qui vit avec sa zombinette de compagnie, incarné par le sympathique Tim Blake Nelson (que l'on a pu voir dans O'Brother et qu'on retrouvera prochainement dans L'incroyable Hulk).

Léger mais grave, décalé mais rigolo, Fido est une petite surprise qui mérite le détour déroutant. Et la musique donne la patate.

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