7.5/10

Fast food nation

A déguster avec le ventre

Adapté du best-seller d'Eric Schlosser, Fast Food Nation ne se contente pas d'être un brûlot efficace contre les entreprises de restauration rapide. De la part de Richard Linklater, réalisateur de Before Sunset et A Scanner Darkly, cela n'a rien d'étonnant.

Un tableau sinistre et cynique


Plongé dans une ville de l'Amérique profonde, le spectateur voit se dessiner devant lui un tableau sinistre et souvent cynique de cette industrie sur laquelle le pays a bâtit un véritable empire économique. Rien ne nous est épargné. Tant sur le plan humain, avec la main d'oeuvre clandestine exploitée corps et âmes, que sur le plan des animaux, avec les abominables conditions d'élevage, d'abattage et de découpage des bovins. Ainsi, la séquence de boucherie a de quoi retourner l'estomac. Un tel étalage de boyaux gluants, de membres découpés, baignant dans des litres de sang, pourrait en faire réfléchir quelques uns. Voir en pousser certains au végétarisme.
Si on n'apprend pas énormément de choses sur les fast-foods, le film a le grand mérite de s'attacher à des personnages communs, maillons indispensables d'un système qu'ils connaissent peu et qui les nourrit malgré tout. Les rôles, aux importances quasiment équivalentes, sont habités par une pléiade de stars (Greg Kinnear, Patricia Arquette, Ethan Hawke et Bruce Willis) et des acteurs montants : la charmante Ashley Johnson, Paul Dano (vu dans Little Miss Sunshine), Wilmer Valderrama (le fameux Fez de "That '70s Show"), Catalina Sandino Moreno (Maria, pleine de grace)...

Une prise de conscience


Mieux que de parler uniquement de produits littéralement "merdiques", Linklater montre des conditions de travail déplorables et la vente d'un rêve américain au bon goût de pourri. Grâce à des plans serrés exposant les expressions déprimantes de clandestins mexicains, le réalisateur offre des images poignantes, souvent sur le fil de la surenchère. Les scènes les plus atroces sont celles de l'exploitation sexuelle d'un contremaître d'usine de conditionnement de la viande. Très percutante, la première partie de film prend le temps de présenter les différents protagonistes et de faire évoluer le personnage de Don Henderson (Greg Kinnear) vers une prise de conscience des dessous de l'industrie. A travers lui, c'est le spectateur non averti qui découvre un monde répugnant où les magouilles et mensonges sont monnaie courante. En quelques scènes familiales intimistes, souvent très bavardes, le réalisateur en profite aussi pour faire passer des messages simples sur l'accomplissement de ses rêves et le refus de la fatalité sociale.


La deuxième partie du long métrage élargit le débat, confirmant que Fast Food Nation est bien plus poussé qu'un Super Size Me. Comme dans les films de Michael Moore, on y évoque les atteintes à la liberté individuelle du "Patriot Act" et la nécessité d'agir pour lutter contre la grosse machine capitaliste. Richard Linklater continue ainsi de développer des thèmes qui lui sont chers, toujours à travers le regard d'une jeunesse américaine "intellectuelle". Plus que des espoirs idéalistes de beaux parleurs, il voit dans la fraîcheur de l'âge un pouvoir de réaction face aux aberrations de son pays. Posant la question de réalisation d'actes interdits par la loi, Linklater souhaite au moins que les discours intellos se traduisent par des actes concrets. Des questions demeurent logiquement : quels actes et comment ?

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4 commentaires

  • weirdkorn

    25/11/2006 à 17h53

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    Je ne serai pas aussi enthousiaste que Vincent. Oui, le film réussit à faire réflechir sur le conditionnement de la viande et différents aspects sociaux mais que la démonstration est lourde ! On passe d'une histoire à l'autre sans vraiment se soucier d'une quelconque utilité narrative. Que le réalisateur dénonce une chose à la fois au lieu de vouloir parler de tout, le pire étant la scène ultra bavarde avec Ethan Hawke qui n'a rien à faire dans le film.

    Au final, c'est l'image de champs de bétail qui m'aura le plus marqué.

    Bref, un film qui aurait pu être bien meilleur...

  • Leelee

    13/12/2006 à 16h03

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    En allant le voir, je m'attendais un peu à voir un autre film qui nous dégouterait des fast food, dans la trempe de Supersize Me et je me suis retrouvée devant un film qui va plus loin encore derrières les enseignes de ces entreprises.
    Dans le 1er film, un particulier teste sur lui les effets néfastes de la malbouffe, ici, on nous montre l'envers du décor, on nous explique comment ça arrive dans notre estomac.
    On retrouve toute une pleïade d'acteurs connus ou de visages connus qui aident aussi à attirer le public. Ils nous délivrent là un message auquel je suppose, ils adhéraient ou ont finit par adhérer après ce film.
    Les magouilles classiques se tramant derrières toute entreprise nous sont exposées par un Bruce Willis en cliché de l'américain rustre et bon vivant.
    Un bon casting pour un film qui se veut aussi documentaire dans lequel des acteurs se révèlent comme se révèle l'envers du décor.
    On nous jette au visage les abus dont sont victimes les travailleurs clandestins, qui ont ce touchant mais naïf espoir du rêve américain, l'abus de pouvoir du contremaître (qui m'a vraiment dégouté), le travail en cuisine dans les fast food et toute cette séquence dans l'abattoir qui vous donne vraiment envie de devenir végétarien. On nous montre tout ce qu'on pouvait soupçonner de cette industrie mais qu'on choisit parfois d'ignorer pour ne pas déranger notre façon de vivre.
    En résumé, un film qui vous fait réfléchir et vous sensibilise.

  • Vincent.L

    14/12/2006 à 00h56

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    Si ca sensibilise autant que le summum de crétinerie et de mauvaise foi qu'est Supersize Me, ça doit voler haut ^^


    Va le voir

  • Anonyme

    31/07/2007 à 08h59

    Répondre

     


    Ce film révèle une réalité dont énormément de gens on conscience. Pourtant rien ne changera dans les années qui viennent si nous restons comme des vaches en cloture, doucement paralysés.


    Il faudrait tout les jours se poser la question des actes des conséquences.


     

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