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Fanfan la Tulipe - 2003

En tant que réalisateur, Besson fait la quasi unanimité sur son talent artistique. En tant que producteur, la magie Besson se transforme en poudre de perlimpinpin. Il souhaitait faire revivre le film populaire, à grand spectacle, avant tout divertissant et destiné au (plus large) public. Taxi I,II,III ; Yamakasi ; Le Baiser mortel du dragon ; Wasabi ; Le transporteur : autant de films qui prouvent le savoir-faire commercial de Besson, autant de films "pop corn" pour les amateurs, autant de coups marketing formatés et machines à (gros) sous pour les autres. Mais, qu'est-ce qui caractérise une production Besson ? A part la médiocrité. Quelle est la recette d'Oncle Picsou-Besson ?

*Une histoire linéaire, prévisible de bout en bout, sans nuances, voire même franchement démago ! Le plus souvent, le scénario signé Besson ferait passer les aventures de Babar pour du Nietzsche. A croire que chaque scénar est une insulte à l'intelligence et au sens critique du spectateur. A moins que le scénario ne soit qu'un prétexte, ne soit que le squelette d'un film avant tout sacrifié sur l'autel du spectacle. Si l'histoire n'a pas beaucoup de sens, elle a au moins le sens du spectacle tape à l'oeil, clinquant et qui rapporte.

*Des (re)bondissements, des cascades, de l'action !!! Le cahier des charges exige que l'acteur en titre (ou les acteurs) donne de sa personne, au moins physiquement. Car au niveau du jeu des acteurs : il faut être très très indulgent, c'est aussi approximatif et grossier que le reste.

*Une direction et une interprétation d'acteur qui feraient rougir un vampire anémié. C'est un supplice de voir évoluer, parler certains acteurs des films "made in Besson". Peut-être que ce fut aussi un supplice pour eux de jouer des rôles aussi inconsistants et aussi insipides.

Fanfan la tulipe, nouvelle production Besson, ne déroge pas à la règle. Malheureusement. Au cas où vous perdriez votre chemin dans les tortueux couloirs des salles obscures, voici trois bonnes raisons de "non voir" ce film :

1) L'histoire ou l'escroquerie de Besson.
L'histoire originale perd tout son charme au rouleau compresseur de Gérard Krawczyk. Pour vous en dire quelques mots : Fanfan (Vincent Perez) est un jeune homme vif et agile à l'esprit libre et naïf, il est surtout un coureur de jupons qui a le don de séduire en un clin d'oeil toutes les jolies filles du coin, mais aussi de faire enrager tous les pères, oncles, frères dudit coin, qui ne peuvent laisser ainsi salir l'honneur des belles oies blanches. C'est ainsi qu'après avoir conté fleurette (une fois de trop) auprès d'une damoizelle, Fanfan se retrouve obligé de se marier avec elle. Pour échapper à son devoir de gentilhomme, il s'engage dans l'armée de Louis XV (Didier Bourdon) en pleine guerre. Ca tombe bien, Adéline (Penelope Cruz), une charmante diseuse de bonnes aventures lui a prédit un avenir et des amours glorieux, s'il devenait soldat du roi.
D'accord, on note une critique du "va-t-en guerre" général et intemporel des dirigeants de tout bord. D'accord, la guerre c'est pas bô, c'est futile et dérisoire. Oui, l'armée peut être considérée comme un corps de métier qui ne pense pas, mais obéit aveuglement, bêtement aux ordres de sa hiérarchie.
A part ce léger message politique (bien en arrière plan), que reste-t-il ? Un esprit d'insoumission libertaire contre toute forme de contraintes, d'autorité, si ce n'est celle de l'amour... Et ensuite, rien ! Le film est d'un convenu à en mourir d'ennui. On peut avoir la trompeuse impression qu'il se passe quelque chose, mais ce n'est dû qu'à l'accumulation de cascades et combats divers et variés (fort divertissants, quand même) et à la présence de quelques dialogues drôles et bien sentis qui agrémentent sympatochement le film.

2) Vincent Perez ou le bouffon de service.
Coup du sort, Vincent Perez incarne le héros du film. On le voit beaucoup, mais surtout, beaucoup plus gênant : on l'entend beaucoup !! Désespoir ! Comble du maniérisme et du ridicule, il débite ses répliques avec la grâce d'un guignol sous LSD (toutes mes excuses à Guignol). Son sourire niais évoque plus le rictus d'un chimpanzé souffrant d'hémorroïdes. Tout comme un chimpanzé, il excelle dans ses acrobaties. En effet, le seul élément jouant en sa faveur réside dans sa prestance, son aisance, et sa crédibilité dans les bagarres générales ou les duels singuliers (y compris à l'épée). Enfin, rendons grâce à sa courageuse partenaire : la charmante et délicieuse Penelope Cruz qui relève ce "Finfin" grotesque.

3) Pourquoi s'imposer et s'attarder sur l'ersatz Fanfan le Guignol, offert sans talent et amour du cinéma, alors qu'on peut voir le Fanfan la Tulipe de Christian-Jaque (1952) avec le merveilleux Gérard Phillippe et la pulpeuse Gina Lollobrigida, qui ressort justement au cinéma. Ce Fanfan-là conserve tout le charme rafraîchissant de ce que l'on appelle un film populaire (au sens noble du terme). Certains devraient s'en inspirer et revoir leur copie...

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