7/10

En face

Outre le fait de porter un prénom excessivement banal, Jean a également le mérite d'être un écrivain en panne d'inspiration. Quant à Michelle, elle est la seule employée d'un modeste fleuriste, dont l'apparence et l'identité ne nous seront malheureusement jamais dévoilés. Qu'importe puisque le film porte bel et bien sur Michelle et Jean, un jeune couple partageant un appartement microscopique en plein coeur de Montmartre, ce qui ne les empêche pas d'y vivre une parfaite histoire d'amour.

Un jour, un notaire leur apprend qu'ils viennent tout juste d'hériter de l'hôtel particulier d'un certain M. Guillemet, qui se trouve avoir été leur voisin d'en face pendant de nombreuses années, la seule condition pour eux étant de conserver à son poste la gouvernante de cette magnifique propriété. Propriété qui devient très vite et sans coup férir le siège de leurs bruyants ébats amoureux. Une aubaine pour ce jeune couple, à qui l'argent a toujours fait défaut.

Et ils vivèrent heureux et en bonne santé jusqu'à la fin de leurs jours. Non...

Une fois installés, ils prennent conscience des nombreux défauts d'architecture de leur propriété, qui risquent à nouveau de les ruiner. Moralement anéantis par ce nouveau coup du sort, ils prient alors leur gouvernante de mettre un terme à l'insignifiance de leurs vies conjointes. Non...

Peu de temps après, lors d'une soirée extrêmement arrosée, la gouvernante provoque puis participe activement à l'adultère que finit par commettre Jean. Michelle, témoin oculaire de cet excès de luxure de la part de son compagnon, provoque son propre décès. Une fois débarrassée de sa lourde enveloppe charnelle, elle revient hanter cette propriété jusqu'à nouvel ordre. Non...

Les qualités de son scénario, de sa mise en scène et de sa poignée d'acteurs ne justifient pas le succès fort mitigé de ce film peu ordinaire, sorti en salles en février 2000. Malgré l'extrême longueur de ses toutes premières scènes, Mathias Ledoux propose une réalisation sans grande faille, qui, mêlée à un quatuor de rôles dramatiques, à de vraies performances d'artistes et soutenue par une qualité d'image tout à fait étonnante, assombrit peu à peu l'atmosphère ambiante par une série de séquences en huis clos débordantes d'artifices. Cette manière de faire évoque le travail de David Fincher à propos du film Panic Room, dans la mesure où cette propriété, qui est immensément riche, s'avère de plus en plus étroite alors qu'approche à grands pas le dénouement du film, qui compte parmi les plus surprenants de sa génération.

On en oublie que ce film est un film français, dont la promotion médiatique s'est avérée insignifiante et dont l'existence est aujourd'hui totalement ignorée. Pour preuve, la rédaction de cette chronique est le fruit d'un parfait hasard et rend hommage au tout premier thriller français qui, au-delà de sa poignée de défauts de jeunesse et selon moi, ne laisse pas indifférent.

Partager cet article

A propos de l'auteur

0 commentaires

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Krinein cinéma, c'est l'actualité et les critiques de films qui sortent au cinéma, en dvd et en bluray .

Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

Rubriques