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face cachée (La)

La face cachée de Bernard Campan

Des trois Inconnus, Bernard Campan est sans doute celui qui s'est construit la filmographie la plus crédible ces dernières années, malgré toute la sympathie que ses deux compères peuvent encore susciter. Dans Le cœur des hommes (et sa suite imminente) ou Se souvenir des belles choses, il s'est révélé un acteur humain et convaincant ; s'il montre aujourd'hui une face cachée, c'est celle de réalisateur, car c'est la première fois qu'il s'exprime seul à travers la caméra. Et le registre diffère sans conteste de ses trois premières expériences de réalisation : Les trois frères, Le pari et Les rois mages...

François (Bernard Campan) a le blues : son meilleur ami Xavier (Jean-Hugues Anglade) est sur le point de se remarier, et sa femme à lui (Karin Viard) semble être une étrangère. François a peur de mourir sans avoir été vivant ; à plus court terme, il a peur de ne pas réussir à jouer correctement un morceau de Bach au mariage de son ami.

Karin Viard et... Bernard Crampon ?
Karin Viard et... Bernard Crampon ?
Le film intimiste, sans intrigue corsée ni pathos exacerbé, est un exercice difficile. D'autant plus difficile qu'un ex-Inconnu est bien placé pour savoir qu'un tel film prête facilement le flan à la moquerie et à la parodie. Dans les premières minutes, on est tenté de craindre que Bernard Campan soit tombé dans le travers de l'introspection verbeuse et de la réflexion philosophique à deux balles. Pourtant, sur la durée, La face cachée adopte un ton juste et touchant, montrant en François un être réellement désemparé, coincé dans une vie dont il n'arrive pas à identifier le problème. Pas vraiment malheureux dans son couple, il a cependant l'impression de n'avoir ni complicité ni tendresse avec sa femme, rendue parfaitement irritante par l'interprétation tout en mollesse de Karin Viard.

Si le film fonctionne, c'est d'ailleurs en grande partie grâce à ses interprètes : Campan, Viard et Anglade apportent à leurs personnages respectifs la touche de vérité qui permet de se prendre d'affection pour eux. L'intrigue existe pourtant, mais ne se révèle finalement que dans les dernières minutes, fournissant une explication (peut-être un peu facile) à certaines des tensions montrées précédemment. Mais l'essentiel réside dans les questionnements de Campan, sa recherche d'une voie à suivre, ses réflexions sèches sur la mort. Sans être austère  ou glauque pour autant, le film rappelle que Bernard Campan n'est pas un clown (même triste), mais un homme.

Bien que finalement très dépouillé et centré essentiellement sur un personnage principal en proie au doute, La face cachée est un film qui vaut le coup d'œil ; on peut se demander néanmoins s'il annonce le début d'une carrière de réalisateur solo pour Bernard Campan, ou s'il représente un exorcisme nécessaire de l'acteur et ne restera qu'un cas unique.

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1 commentaires

  • Anonyme

    01/10/2007 à 22h23

    Répondre

    Je n'ai pas vu le film, mais je vous recommande ce très intéressant article qui décortique ... l'affiche du film !


    Oui c'est plutôt rare comme démarche, mais c'est un apprentissage (que revendique ce site) que l'on ne reçoit plus, de nos jours, sur "comment analyser ce que l'on voit et qu'en tirer comme réflexions".


     http://laboiteaimages.hautetfort.com/archive/2007/09/22/les-phases-cachees-de-l-art.html

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