8/10

expérience (L')

Taulards Academy

Prenons vingt volontaires. Des gens comme vous et moi, apparemment stables et solides, curieux de nouvelles expériences, appâtés par un gain. Ils vont vivre ensemble, confinés dans un lieu clos, pendant une période de 15 jours, filmés 24/24 heures. On observera leurs relations, leurs comportements, etc.
Ça vous rappelle quelque chose ?

Ce n'est pas le concept d'une nouvelle émission de télé-réalité. Ce n'est pas tout à fait de la fiction, non plus. C'est le principe d'un film allemand adapté du livre Black box de Mario Giordano, lui-même inspiré d'une expérience scientifique américaine. Dans une prison reconstituée, on enferme 20 cobayes volontaires qui seront désignés aléatoirement soit comme prisonnier, soit comme maton. Les gardiens doivent se faire respecter, et faire régner l'ordre (ou plutôt leur ordre). Les détenus se doivent d'être soumis, obéissants, et abandonner leur dignité et la plupart de leurs droits d'hommes libres. Evidemment, au début, il y a une bonne ambiance, on s'amuse, on plaisante. Evidemment, au début, on pense que ce n'est qu'un jeu, qu'une simulation. Mais, on sait aussi d'avance, que ça ne va pas durer. Entre simulation et réalité, la situation se dégrade progressivement et implacablement. Le spectateur s'y attend bien entendu. Mais, la force du film et de son réalisateur Oliver Hirschbiegel est de réussir insidieusement à nous faire prendre au jeu (nous aussi). Le spectateur n'est plus vraiment assis dans un cinéma, mais il est enfermé avec les prisonniers et vit leurs humiliations, et les pressions morales exercées par les conditions carcérales et les gardiens. L'atmosphère devient oppressante et stressante dans la prison. Heureusement (?), quelques plages de liberté et de douceur sont introduites par des passages dans lesquels la compagne d'un des prisonniers apparaît comme dans un rêve. Bien que déplacés et cassant la trame du film, ces interludes ont le mérite de calmer la tension et le malaise provoqués par le film.

L'expérience est une expérience éprouvante pour le spectateur claustro, ce n'est pas à visée décorative si le film est interdit au moins de 16 ans. La dureté du film n'est cependant pas gratuite et désinteressée. En suivant l'histoire incroyable mais tout à fait crédible de ces tortionnaires ordinaires et de ces victimes presque consentantes, on peut s'interroger sur de nombreuses et vastes questions. La vertu punitive et salvatrice des prisons. Les dérives des recherches scientifiques (ou télévisuelles) bien pensantes et déshumanisées. Certains penchants de la nature humaine où se dissimulent sadisme et perversion sous couvert de moralité. La transformation (ou révélation) des personnalités sous l'effet de la jouissance qu'apportent le pouvoir et la la domination des faibles. La responsabilité des bourreaux qui légitiment les pires actes par les consignes qu'ils ont reçues et l'approbation tacite d'une autorité scientifique ou politique.

Pour son premier film, Oliver Hirschbiegel (et ses acteurs impressionnants) assènent un huis-clos en coup de poing efficace et réaliste qui joue avec les nerfs dans l'immédiat, et les neurones, dans l'après-coup.

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