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expérience (L')

L'Expérience interdite

Moyennant une certaine rémunération, vingt volontaires acceptent de participer pendant deux semaines à une expérience scientifique quelque peu loftstorienne : placés en milieu carcéral, leurs moindres faits et gestes seront en permanence observés et analysés. Parmi ces vingt messieurs, douze seront détenus. Les vingt moins douze autres seront chargés de maintenir l'ordre.

Au départ, la terre était déserte et vide et la ténèbre à la surface de l'abîme. L'expérience prend des airs de colonie de vacances. A l'ombre. Les prisonniers charrient les gardiens, ces derniers rigolent de bon coeur. Pourtant, une petite querelle va bientôt bouleverser la donne.

Indirectement inspiré d'une véritable expérience carcérale menée à l'Université de Stanford aux Etats-Unis, ce film a été réalisé en 2001 par un Allemand, Oliver Hirschbiegel. Et pour sa première expérience cinématographique, celui-ci a opté pour le drame psychologique. La prison était un cadre relativement propice, suffisamment sombre et humide. Les gardiens doivent se faire respecter et les détenus, simplement obéir. Seulement, comme dans toute bonne société moderne qui se respecte, l'ordre et l'autorité ne seraient rien sans le désordre et le conflit d'autorité. L'interdit induit l'infraction. Quelques fortes têtes n'accepteront jamais de recevoir d'ordre. D'autres ne sauront jamais en donner. La bonne humeur des quelques premières minutes ne pouvait durer bien longtemps.

La réalisation de Das Experiment a été faite avec beaucoup de rigueur. La mise en scène est terriblement captivante. Les acteurs, Moritz Bleibtreu en tête, vu dans Cours, Lola, cours, n'ont rien à se reprocher. Le film est d'une violence psychologique rare. L'ambiance est accablante, chaque séquence bouleverse à sa manière. Le sadisme, la perfidie, l'hypocrisie. Ces concepts n'avaient jamais été illustrés avec autant de facilité. Au-delà de toute cette brutalité, de toute cette cruauté humaine, l'expérience est déprimante. On en reste décontenancé. L'homme pourrait-il montrer un tel visage d'un jour à l'autre ? Saurait-il vraiment penser de cette manière ?

Chacun y verra ce qu'il voudra voir. Une dénonciation des méthodes, quelque peu primaires, actuellement en vigueur dans les pénitenciers. Une critique particulièrement acerbe de la science à travers ses pratiques totalement déshumanisées. Les tristes déconvenues du pouvoir, des fantasmes qu'il induit, de l'auto-satisfaction qu'il génère. On pourrait voir dans ce film une dénonciation du fascisme en Allemagne, qui est toujours d'actualité. On pourrait y voir une illustration du combat farouche que se mènent le Bien et le Mal en chacun de nous. Le film repose sur une opposition béante entre des univers contradictoires. Serait-ce donc une vision de notre propre existence en communauté ? Une illustration de plus de la théorie de Rousseau selon laquelle la société corromperait chacun d'entre-nous, et ce, dès la naissance ?

L'Expérience est inoubliable. Il n'y pas lieu de s'attarder sur les quelques maladresses, en particulier ces séquences, dites romantiques, servant de transitions maladroites entre des passages un peu durs. Ce n'est plus une surprise : lorsqu'on fouille de manière un peu approfondie l'esprit humain, on y fait de bien tristes découvertes.

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