8/10

Etreintes brisées

Le nouveau mélo d'Almo, qui aime toujours autant son égérie Penélope Cruz que le cinoche en général. Sans doute un peu trop long vers la fin, mais le plaisir est là.

Reparti bredouille de Cannes, Pedro Almodovar s'est vu snober, taxer de nombrilisme et accuser de se répéter. Dommage, car Etreintes brisées est essentiellement coupable d'être plus accessible que les précédents films de l'Espagnol à la tignasse choucroute.

Mateo Blanco (Lluis Homar) ne se fait plus appeler que Harry Caine depuis qu'il a perdu la vue. De sa double vie de scénariste et de réalisateur, il n'a plus gardé que
la première. Vivant au jour le jour, il se prend le passé dans la tronche lorsqu'il apprend la mort d'un dénommé Ernesto Martel. Flash-back : quatorze ans plus tôt, il s'attelait au tournage d'une comédie, dont la vedette Lena (Penélope Cruz) était la femme trop jeune d'un homme trop vieux et trop riche...

Narcissique, Almodovar l'est forcément en contant l'histoire d'un scénariste-réalisateur (aveugle, mais rien à voir avec l'approche burlesque d'un Woody Allen dans Hollywood ending). Répétitif, il l'est inévitablement en tirant les ficelles mélodramatiques qui lui sont chères et en prenant à nouveau comme tête d'affiche la Penélope Cruz de En chair et en os, Tout sur ma mère et Volver. Mais le cinéaste fait fi du regard analytique des connaisseurs, et pousse le vice jusqu'à joncher le scénario de multiples références à ses œuvres précédentes, ainsi qu'à d'innombrables classiques du cinéma (cités directement ou simplement évoqués : entre autres, Le Voyeur, Ascenseur pour l'échafaud, Les enchaînés - et l'hommage à Hitchcock s'étend jusqu'à certains accents de la musique, rappelant celle de Bernard Herrmann...). Il fait fi, car son film peut s'apprécier sans la compréhension de ces références, et surtout car la répétition et la mise en abîme sont au cœur même du sujet. Davantage qu'une
histoire d'amour, Etreintes brisées est une apologie du cinéma, qui agit aussi bien comme miroir que comme révélateur, et permet à la fois de sublimer le réel et de le prolonger. Almodovar remet sur l'établis sa filmographie ? C'est pour mieux la polir, pour en sortir une nouvelle œuvre qui aura sa vie propre.

Comme toujours chez Pedro, on passe allègrement du rire au serrement de gorge, on fait une escale à la case "hôpital", on assiste à quelques scènes de sexe plus ou moins incongrues, on absorbe une quantité de couleurs largement supérieure à celles que contient le spectre, et on s'émerveille devant la capacité qu'a le bonhomme à choisir des cadrages inattendus avec un style toujours homogène. L'histoire est curieusement plus abordable que celles de Volver ou Tout sur ma mère, malgré les constants allers-retours temporels entre 2008 et 1994.

Le mélo, la comédie et le suspense se juxtaposent avec bonheur jusqu'au dernier quart d'heure où, pas de bol, la narration finit par se traîner un peu en délivrant lourdement des révélations que le spectateur avait intégré largement plus tôt. Mais le plaisir de refaire un tour avec un cinéaste passionné est bien là, et touchera particulièrement les cinéphiles pratiquants.

A découvrir

Millénium : le film

Partager cet article

A propos de l'auteur

2 commentaires

  • Anonyme

    01/06/2009 à 07h52

    Répondre

    L'aspect esthétique du film est toujours réussi chez Alodovar, images, musique etc, bravo l'artiste.
    Mais l'aspect psychologique sonne vraiment faux.
    Le première scène m'a mise au bord du fou rire: je me suis demandé s'il lui fallait montrer tout de suite un Mattéo faisant l'amour avec une jolie potiche de passage (acte sexuel dénué de toute relation affective) juste pour dire que ce n'était pas un homosexuel lui. Ah bon. On ne retient que le rouge à ongle sur les pieds, mais la virilité là-dedans.... Almdovar a tout faux.
    Et l'autre relation hétérosexuelle est tout sauf une vrai relation homme femme. Ce vieux monsieur (que sa femme précédente a fui!!!) n'aime pas la femme, pour lui ce n'est qu'un objet décoratif ( belle robe et bijoux plouf plouf) et si elle veut le quitter il devient carrément violent. Le comportement posessif n'a rien à voir avec l'amour, et la scène dans l'escalier est le contraire de l'amour...
    Bon enfin Almodovar devrait peut-être limiter ses films aux relations humaines qu'il connait bien (relations homosexuelles ou relations mère-enfant homosexuel) parce que les descriptions de ce qu'il ne connait pas sonnent vraiment faux.
    Le truc du drap pour cacher ce qu'il ne connait pas.... quelle trouvaille !
    Je ne parle pas des longueurs inutiles, qui n'apportent rien au film, ni des trucs téléphonés... faut pas prendre les spectateurs pour des cons.
    Conclusion j'avais beaucoup aimé les premiers films d'Almodovar, mais Etreinte brisées m'a vraiment déçue.

  • Anonyme

    17/07/2009 à 01h48

    Répondre

    Toujours cette même actrice, si fascinante et si talentueuse ! Un bon film de Almodovàr qui est certes plus décevant que les autres.

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Krinein cinéma, c'est l'actualité et les critiques de films qui sortent au cinéma, en dvd et en bluray .

Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

Rubriques