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Ernest et Célestine, LE dessin animé de Noël ?

Il fut un temps où l'approche des fêtes de fin d'année était synonyme de Disney. Mais depuis assez longtemps maintenant, la concurrence est rude dans ce créneau et Disney (à travers Pixar depuis qu'ils ont été rachetés par la firme aux oreilles rondes) se positionne un peu avant l'été, permettant ainsi aux DVDs de sortir juste avant Noël, et d'éviter également les autres sorties destinées aux enfants.


Ernest : "Mon dieu, on va se battre contre DreamWorks et Disney !!"  Célestine : " Chut! Arrête de bouger !"

Pourtant, cette année, Disney est de retour pour Noël, laissant peu de place aux concurrents : un Pixar en Juin (Rebelle, sorti dans les bacs début décembre), et un Disney en décembre, la concurrence n'a qu'à bien se tenir : le géant américain a décidé de reprendre sa place ! Face à lui, l'autre colosse DreamWorks tient à sa part du gâteau. Mais c'était sans compter sur une petite production, qui résiste encore et toujours à l'envahisseur ! Non, non, ce n'est pas Astérix et Obélix, mais une belle oeuvre française : Ernest et Célestine !


Comment faire sa place ? En chantant très fort ?
Comment faire sa place au milieu des Titans ? Ne pas tenter de jouer sur le même terrain, déjà, comme tente désespérement de faire Niko 2, le dernier des dessins animés infographiques du moment. Dans Ernest et Célestine, pas de modélisation 3D ou de dialogues saoulants. A contre-courant complet, on en arrivait à croire qu'un tel dessin animé destiné au jeune public n'était plus possible de nos jours. En ce sens c'est un petit miracle.


Le graphisme est simple et efficace
D'abord le dessin est épuré, spontané même. Simple et pourtant incroyablement charmant et efficace. On est loin des habituels dessins lisses et standardisés qu'on nous propose généralement. En apparence moins techniques, plus simples, en réalité, de tel dessins (ressemblant à des croquis), sont un vrai casse tête à animer. Et là, le travail est absolument superbe et maîtrisé. Tout est fluide, et les personnages ont tous leur allure, leurs mouvements spécifiques. Un vrai travail d'animation, qui lorgne plus vers le réel que vers le conformisme. De plus, l'aspect crayonné, avec ces couleurs à l'aquarelle, confère un charme, une poésie, loin d'être désuets.


Les fans de Miyazaki apprécieront
Ce qui frappe le plus au visionnage, c'est que derrière cet aspect simple et sage, se cachent des trésors d'ingéniosités. Certaines trouvailles narratives et visuelles sont épatantes et enchanteront petits et grands, comme cette nuée de souris-policiers frénétiques ou encore cette scène où le dessin devient musique. Certaines scènes, quasiment muettes, sont aussi d'une efficacité redoutable. Les plus connaisseurs en japanime retrouveront également l'inspiration nippone par moment, au travers du visuel déjà, dont le rendu n'est pas sans rappeler Mes voisins les Yamada (Isao Takahata), mais aussi de la mise en scène (une course-poursuite qui lorgne vers Sherlock Holmes, mais aussi Le Château dans le ciel, de Hayao Miyazaki), et parfois même des clins d'oeils directs (comme lorsque Célestine utilise un étendard en guise de parachute, rappelant ainsi une des plus marquantes scènes de Tokyo Godfathers, de Satoshi Kon).


Les dessinateurs ont fait des merveilles
Si le scénario de Daniel Pennac ne brille pas par son originalité (les thèmes abordés sont sans grande originalité et sentent bon la gentille morale mignonette), ses dialogues sont particulièrements efficaces et bien sentis, conférant aux deux protagonistes principaux une présence amusante et attachante à la fois. On regrettera néanmoins que pour des raisons de rythme, les réalisateurs aient trouvé nécessaire de finalement éloigner les deux héros, car le film ne marche jamais aussi bien que lorsqu'ils sont ensemble. Aussi, la morale un peu bateau (quoiqu'assez finement amenée) et le léger manque en ce qui concerne l'approfondissement des relations entre les deux personnages, gâchent un peu la fête. En voulant trop en faire, certainement qu'ils sont passé à côté de choses essentielles.
Le magasin running gag du film.
Mais c'est vraiment faire la fine bouche compte tenu de ce que nous avons là : un dessin animé familial, drôle, poétique et malin, bien rythmé et sans véritable fausse note... Mais surtout, un dessin animé de Noël qui ne prend pas les spectateurs -jeunes ou moins jeunes- pour des porte-monnaie bouffeurs de pop-corn mais qui, au contraire, propose avec de l'ancien tout un tas de belles nouveautés, ce qui augure de belles choses pour l'avenir de l'animation française. Et tout ça, sans potion magique.

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