7/10

Envoyés très spéciaux

Loin du navet bruyant que semble annoncer la promotion, Envoyés très spéciaux se pose comme une sorte de version française du film de Barry Levinson Des hommes d'influence. Imparfait mais pas mauvais du tout.

Autant le dire : à première vue, le film sentait franchement mauvais. Aussi sympathiques soient-ils, les deux Gérards (Lanvin et Jugnot) ont leur lot de casseroles alimentaires, le réalisateur Frédéric Auburtin a livré en 2004 un San-Antonio attachant mais pas vraiment réussi, et l'affiche fait sérieusement penser à celle du catastrophique Boulet, avec son Lanvin affligé d'un fardeau humain sur fond de désert et d'explosion. Et pourtant, contre toute attente, le résultat se révèle étonnamment bien ficelé et plutôt malin, caché derrière une promotion bourrine qui sert elle aussi le propos.

Si vous ne connaissez d'Envoyés très spéciaux que son affiche et/ou sa bande-annonce, ne lisez ni cette critique ni aucun autre résumé, et allez voir le film (qui est
une bonne surprise). Si vous connaissez déjà le sujet, en revanche, pas de problème...

Frank Bonneville (Gérard Lanvin) et Albert Poussin (Gérard Jugnot) sont envoyés en Irak pour un reportage bouillant. Le premier est un journaliste radio connu pour sa vivacité d'esprit, le deuxième est un technicien pépère qui collectionne les Citroën. La veille de leur départ, le premier a couché avec Françoise (Valérie Kaprisky), la femme du second, sans savoir qui elle était... Mais le plus grave, c'est que les deux hommes se retrouvent coincés à Paris sans possibilité de rallier l'Irak, mais avec l'obligation d'assurer leurs reportages quotidiennement. De bidonnage en imposture, ils font leur boulot depuis un hammam de Barbès où les héberge Jimmy (Omar Sy).

La bonne nouvelle, c'est que le scénario tire moins du côté du Boulet que vers celui du film de Barry Levinson Des hommes d'influence, avec Dustin Hoffman et Robert De Niro. Sur le fond, Envoyés très spéciaux aurait même tendance à être plus inquiétant : là où des hommes de l'ombre peu scrupuleux parvenaient chez Levinson à fabriquer une guerre de toute pièce à des fins de manipulation de l'opinion, les héros d'Auburtin se content de magouiller pour sauver leurs propres Gérard²
Gérard²
fesses, et parviennent à attirer l'attention sur eux tandis que le public se désintéresse des évènements réels.

En parallèle de cette histoire finaude et plutôt bien écrite, la partie comédie évite de jouer la carte du lourdingue, à l'exception de quelques rares fautes de goût (l'imitation de Sarkozy par Didier Gustin, pitié). Même la scène de Laurent Gerra parvient à être supportable, et s'intègre parfaitement au récit ; il s'agit peut-être même du meilleur moment du film, étiré en longueur pour un effet optimal de premier et second degré superposés. L'un des scénaristes ayant été journaliste par le passé (et Auburtin ayant lui-même des parents journalistes), on sent la gaudriole alimentée par de sérieuses réflexions sur le rôle et le pouvoir des médias. Dommage que l'histoire de triangle amoureux débouche sur un final aussi expédié, et que le sujet lui-même paraisse un peu bradé vers la conclusion. Une dose de cynisme supplémentaire aurait été appréciée à la place du happy-end vite fait qui vient s'incruster comme un petit cheveu dans une soupe plutôt goûtue.

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1 commentaires

  • Anonyme

    18/02/2009 à 15h35

    Répondre

    Un bon film avec un Gérard Jugnot et un Gérard Lanvin en pleines formes ! A voir.

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