7.5/10

Enfermés dehors

Doux-dingue

Est-il encore nécessaire de présenter Albert Dupontel ? Tout début des années quatre-vingt-dix, notre jeune comédien triomphe dans son one-man-show avec, notamment, les sketchs devenus cultes de l'oral du Bac et de Rambo. On a pu redécouvrir ses sketchs avec son Sale DVD, sorti l'an dernier. Au cinéma, Dupontel a su prouver tous ses talents d'acteurs, avec des films comme Le convoyeur ou Irréversible. Il s'est aussi montré auteur complet avec Bernie, en 1996 et Le Créateur, en 1999, deux films qu'il a écrits, réalisés et dont il a interprété les rôles-titres. Enfermés dehors, c'est un événement : la troisième réalisation de Dupontel, sept ans après Le créateur, qui a nécessité cinq ans de galère. Le film raconte l'histoire de Roland, un clochard qui trouve un costume d'officier de police. Cette découverte lui change la vie : il endosse l'accoutrement mais aussi l'autorité. Notre misérable clochard méprisé se retrouve du jour au lendemain craint et respecté. Il décide alors de rendre service et se met en tête d'aider une jeune femme dont les beaux-parents ont enlevé l'enfant.

Burlesque

Dans les premières minutes, Roland, shooté au sac plastique rose, rebondit frénétiquement sur des matelas pourris comme sur un trampoline. Le ton est donné, le film s'annonce démesurément déjanté. Dupontel incarne un véritable mannequin de crash test : il est propulsé à travers les murs et vitrines, il est percuté par des voitures et des mobylettes. Les gamelles et autres acrobaties s'enchaînent à une vitesse effrénée, les gags visuels ont une telle importance que l'on en vient à penser aux classiques de la comédie burlesque. Dupontel, le nouveau Buster Keaton ! Le film fait se succéder deux rythmiques : des accélérations frénétiques complètement folles chargées en gags visuels et des passages plus calmes, non moins absurdes, avec lesquels on prend un peu plus le temps de développer le scénario. Dans la continuité de Bernie et du Créateur, Enfermés dehors est réalisé d'une façon très nerveuse : grands effets de caméra, zooms gigantesques, tremblements de pellicule épousant les moments de folie des protagonistes, caméra logée dans des lieux improbables... La bande son, très rock, donne aussi dans l'explosivité la plus complète.

Cartoon social

Albert Dupontel s'est affirmé en seulement un one-man-show comme un grand homme de spectacle. Le voir sur scène, même au travers de la vidéo, est très impressionnant. L'homme dégouline de sueur, son corps est nerveux, complètement crispé. C'est avec un grand plaisir que l'on retrouve dans ce film un Dupontel toujours aussi imbibé de folie. Enfermés dehors met en scène la France qui a faim, celle des sans domicile fixe, et l'oppose à la caricature de monstrueux entrepreneurs capitalistes. Le ton du film est bien trop excessif et déjanté pour qu'il soit pris comme un véritable manifeste politique ou moraliste. Dupontel parle de « cartoon social » et l'expression est certainement celle qui colle le mieux au film. Enfermés dehors parle de pauvreté, mais aussi du martelage publicitaire, que l'on dénonce au travers de crises de délire. Le casting du film est impressionnant de qualité. On citera en premier lieu l'ex-Deschiens Yolande Moreau, absolument hilarante (et convaincante) en clocharde chtarbée. On remarque aussi Philippe Duquesne, autre Deschiens, Claude Perron, que l'on retrouve sur tous les films de Dupontel, Bouli Lanners, le chanteur de Sunny dans Aaltra et Serge Riaboukine, avec sa tête de détraqué ultracolérique. D'autres apparaissent très furtivement, comme Terry Gilliam et Terry Jones, les deux Monty Python, mais aussi Jackie Berroyer et le grolandais Gustave de Kervern.

Dix ans après Bernie, l'impertinence et la frénésie de Dupontel restent intactes. Enfermés dehors, c'est un grand foutoir d'hilarité qui nous change des habituelles comédies françaises calibrées, embourbées dans un humour sclérosé depuis trente ans. Force est de constater que Dupontel possède un univers bien à lui, auquel forcément nous ne pouvons adhérer tous. Espérons néanmoins qu'Enfermés dehors récolte un succès suffisant pour que nous, les fans du bonhomme, n'attendions pas encore cinq ans pour pouvoir déguster sa nouvelle oeuvre.

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Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

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