6.5/10

Elmer, le remue-méninges

Si vous n'avez jamais vu d'étron phallique mangeur de cerveaux et pourvoyeur de drogue liquide bleutée qui rend les carcasses de voiture multicolores, ce film est pour vous !

Il y a des films qu'on aime tout de suite, qui séduisent par leur photo, leur réalisation, par le jeu des acteurs. A l'opposé, il y a des films qu'on déteste, qu'on aurait aimé ne jamais avoir vu, qu'on ne conseillerait même pas à notre pire ennemi. Entre les deux, il y a toutes les colorations, des sympathiques sans être exceptionnels, à ceux qui nous laissent indifférents, en passant par ceux qui sont mauvais sans être irregardables. Et il y a Elmer le remue-méninges.

The lunatic is on the grass

Elmer qu'on voit danser...
Elmer qu'on voit danser...
Elmer le remue-méninges
... Etrange titre s'il en est. Etrange traduction plutôt, puisque le titre original est Brain damage. Même s'il est vrai qu'un titre comme Dommage cérébral aurait fait plutôt penser à une émission de neurologie, on peut franchement se demander qui a osé une telle traduction. Mais qui est cet Elmer (Aylmer en VO) ? Elmer est un être étrange, un étron phallique (sisi !) qui vit une relation symbiotique plutôt à sens unique avec les êtres humains. Il secrète une drogue bleue hallucinogène, et tandis que l'hôte se retrouve dans un monde rempli de lumières, Elmer en profite pour se sustenter de son mets favori : le cerveau humain. Elmer le remue-méninges (je ne peux m'empêcher de citer encore une fois ce superbe titre) est une critique, même pas masquée, de la drogue et de ses effets. Car Brian, l'heureux hôte choisi par Elmer, va couper petit à petit les ponts avec ses amis, sa famille pour ne vivre qu'avec Elmer et ses chouettes couleurs. Et la seule tentative de sevrage se soldera par un échec dans une scène visuellement et émotionnellement forte. Il faut dire que Frank Henenlotter, réalisateur de Frankenhooker et Frères de sang, s'est inspiré d'une chanson de Dark side of the Moon des Pink Floyd, Brain damage, pour son film. Difficile de faire plus évident comme référence ! Comme la musique des Floyd, Elmer le remue méninges est aussi un voyage psychédélique, les scènes sous l'influence de la drogue bleue sont des instants presque déconnectés du reste du film, une ouverture sur une autre réalité, une autre sensibilité. Et même la fin du film ne sera qu'un élément de plus dans cette atmosphère embrumée par la drogue et la dépendance.

I can't think of anything to say except...

... le long des Golf claires
... le long des Golf claires
A côté de cette dénonciation explicite et toujours d'actualité, Elmer le remue méninges apparaît fortement daté, notamment à cause d'une version française pour le moins catastrophique. De façon complètement inattendue, la voix des acteurs prend un léger accent belge et sent bon (ou mauvais c'est selon) les années 80. Tout d'ailleurs est indubitablement vieillot, presque ridicule. Du jeu des acteurs à mourir de rire aux effets spéciaux : Elmer se trimballe une tête pas possible avec des yeux d'une fixité débile hilarante, la colorisation des hallucinations semble avoir été dirigée par Valérie Damidot. Et que dire de la tirade détaillant l'histoire d'Elmer ? Elle oscille entre l'amusant, le pénible et le désespérant. Mais cet aspect vieillot n'empêche pas Elmer d'être complètement licencieux, même aux yeux d'un spectateur moderne. Le gore, plus ou moins bien réalisé toujours, y est omniprésent. Et le sexe est incontournable, notamment quand Elmer se transforme en ersatz de... ne dévoilons pas tout. Cette scène dans l'arrière cour d'une boîte de nuit est de toute façon l'un des grands moments du film, et il est difficile de l'oublier.

Alors qu'est Elmer le remue-méninges ? Un trip hallucinatoire dans un monde béant grâce à la drogue ? Un nanar à moitié fauché des années 80 ? Un chef d'oeuvre mélangeant habilement humour voulu avec cette créature pas possible, horreur bien réelle avec ces scènes très sanglantes avec une vision réaliste de la drogue ? Sans doute un peu de tout ça. En tout cas un film à découvrir, ne serait-ce que par curiosité.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

2 commentaires

  • Tony Clifton

    09/12/2008 à 15h03

    Répondre

    Hahaaa, Elmer, un de mes premiers film d'horreur loué en VHS dans mon adolescence Un gros nanard des années 80 tout de même: je me souviens de quelques scènes de fellations bien gore  dans le métro taggé de New York et de la voix grave bien ridicule du vers posé sur un lavabo Remisé dans ma mémoire au côté de C.H.U.D, Street Trash, Critters et Scanners ...

  • Anonyme

    15/05/2009 à 02h03

    Répondre

    Le film du siecle!! comme rarement vu!! 12/10

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