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Eden à l'ouest

Costa-Gavras s'impose la sourdine dans cet Eden qui a tout l'air d'être une course à la déception. Finalement, on est mal à l'aise d'apprécier le côté comédie et de délaisser le fond du problème.

Le paradis perdu se trouverait-il à l'ouest ? Plus à l'ouest que quoi d'ailleurs ? On ne le saura pas dans ce film de Costa-Gavras qui tend à rendre universel le propos. 

Ainsi, Elias, originaire d'une contrée inconnue, se mouille lorsque les gardes-côtes s'approchent du bateau des passeurs sur lequel il dispose de quelques centimètres carrés pour s'asseoir. Le lido, paradis sur terre ?
Le lido, paradis sur terre ?
Un voyage déroutant commence alors. De plage nudiste en camp de vacances fermé, en passant par le gros poids-lourd de deux routiers, un marché et une usine de retraitement de matériels informatiques, Elias rencontre des individus allant des carrément infréquentables, prêts à l'arnaquer, jusqu'aux gentils... pas altruistes. Les premiers se contentent -paradoxalement presque honnêtement- de lui soutirer quelques billets tandis que les autres lui rendent service sous couvert d'amour ou de souvenirs enfouis - en se mentant à eux-mêmes-. La touriste allemande cherche un amour de vacances... mais quand il s'agit de l'aider sur la durée, elle répond absent, tout en distribuant du cash. Le policier, la femme aux poules, le collègue ouvrier ou la donneuse de veste se fondent dans ce moule. On aide Elias, certainement en grande partie pour sa bonne bouille, mais sans jamais aller jusqu'au bout. Le cacher, peut-être, mais si la police se pointe on y réfléchit. Lui donner du travail, certainement, mais on l'exploite. L'inviter à rester, s'il est prêt à assumer un rôle familial, etc. La vie d'immigré clandestin n'est pas de tout repos.

Ce n'est pas en soi une nouveauté.Le réalisateur reste sur de simples constatations, sans pour autant proposer de solutions. Peut-être est-ce une façon de faire confiance à l'intelligence du spectateur qui se voit trop souvent proposer des films où tout est pré-mâché. Ici, on reste sur notre faim. Faites du Stop qu'il disait !
Faites du Stop qu'il disait !
C'est là le principal défaut d'Eden à l'ouest : ne pas complètement assumer son propos et se contenter de montrer. C'est aussi sa principale qualité : éviter la catharsis qui endort et empêche l'action.

Costa-Gavras serait-il en train de mettre sur pied une nouvelle façon d'amener à réfléchir aux injustices sociales ?
La comédie est trop présente, le jeu d'acteur trop apathique pour qu'on puisse y croire et quelques embardées du scénario sont purement hallucinantes : une scène mémorable démontre qu'Elias ne sait pas utiliser de couverts, alors qu'on le sait assez connaisseur pour utiliser du matériel d'usine. C'est un beau film, évoquant un sujet socialement noble, plaisant à regarder, mais duquel on ne tirera pas une moelle substantifique, et malheureusement pas non plus l'envie de se lancer dans une action sociale. Ce qu'on en retiendra, c'est qu'immigré clandestin ne rime pas avec peur.

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A propos de l'auteur

Guillaume est le fondateur et le rédacteur en chef de Krinein. Curieux et passionné par la culture au sens large, il poursuit sa route sur les chemins tumulteux de la critique culturelle.

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Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

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