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Dynamite Jack

Fernandel interprétant plusieurs rôles dans le même film, c'est arrivé plusieurs fois. Mais Fernandel en cow-boy, c'est une curiosité qu'on ne vit qu'une seule fois.

A la question piège : « Fernandel a-t-il joué dans un western ? », peu de gens se risqueraient à répondre par l'affirmative. Pourtant, en 1963, le célèbre comique à l'accent marseillais chaussait les éperons et se ceignait d'une paire de colts dans Dynamite Jack, un film tourné... à Aix-en-provence !

Fernandel avait déjà franchi virtuellement l'Atlantique en 1953 dans L'ennemi public numéro un, une histoire de sosies où il interprétait à la fois un Français timide et candide (normal) et un malfrat des bas-fonds de Chicago (déjà plus surprenant). Ici, le procédé est le même : il joue simultanément Antoine Espérandieu, chercheur Le bon
Le bon
d'or venu de l'Hexagone pour faire fortune en Arizona, et Dynamite Jack, la terreur locale à qui le cimetière doit la plupart de ses habitants. A croire que le fait d'aborder un genre clairement éloigné de ses habitudes le poussait nécessairement à une schizophrénie que l'on devait pouvoir toucher du doigt à l'écran.

Œuvre étrange à plus d'un niveau, Dynamite Jack est doté de décors répliquant soigneusement ceux des westerns de l'époque, et d'une distribution internationale qui brouille un peu les pistes. L'intrigue est entièrement au service de son (double) acteur principal, qui se révèle brillant en hors-la-loi brutal et désabusé. Avec son regard larmoyant, sa diction méconnaissable et sa barbe de deux jours, Fernandel crée la vraie surprise du film en composant un personnage qu'il aurait pu jouer sérieusement dans un autre contexte. Le sort en a voulu autrement : le vrai héros du film est Antoine, le gentil garçon sosie du bandit. Quoique, à y regarder de plus près, le personnage soit lui aussi atypique dans la filmographie de Fernandel : grivois et vantard, il apparaît bien moins innocent que la plupart des rôles dans lesquels on a pu le voir. D'ailleurs, les innuendos sexuels sont légion, même si le doute subsiste sur certains d'entre eux, peut-être involontaires. Par exemple, après avoir parlé d'un Mormon qui avait plusieurs femmes à un Fernandel qui s'exclame « Sacré Jules ! », le vieil homme ajoute « C'était un bon tireur ». Ou encore, en se déshabillant et en parlant du lendemain, la patronne du saloon déclare à Fernandel : « La chevauchée sera rude ». On se La brute et le truand
La brute et le truand
demande si l'acteur, doué d'un grand sens de l'humour mais catholique jusqu'au bout des ongles, avait saisi l'aspect potentiellement corsé de ce genre de répliques.

Si Fernandel surprend et que le film ne manque pas de certaines qualités (les images sont souvent bien léchées, avec une attention toute particulière portée aux cadrages), on ne manquera pourtant pas de lui reprocher un rythme faiblard, des effets spéciaux tout simplement lamentables (dans les plans ou Fernandel est en double, il arrive que l'on voie la séparation au milieu de l'image) et une histoire trop farfelue (les habitants de la ville mettent un temps invraisemblable à s'apercevoir de la ressemblance entre les deux hommes). Mais qu'importe ? Le résultat reste rafraîchissant, bon enfant, amusant, et offre la seule opportunité de voir Fernandel en cow-boy. Des 150 films de l'acteur, Dynamite Jack n'est pas le plus connu mais il est loin d'être le plus indigne.

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