A DECOUVRIR
7/10

Down by Law

Tout d'abord, un film de Jim Jarmusch c'est quoi ? Et bien ce sont des décors ternes et vides, toujours frappés d'une immobilité qui semble installée depuis la nuit des temps. Ce sont aussi des personnages paumés, débarqués d'on ne sait où et se dirigeant vers on ne sait quoi. Niveau ambiance, il y a aussi une musique saisissante, qui paraît omniprésente face à la quasi-absence de dialogues.

Down by Law répond à tous les codes qui font l'essence du film voire du génie jarmuschien (essayez de répéter ça trois fois de suite). On voit déambuler trois personnages, trois innocents réunis en prison et qui ont pour seule chose en commun de n'avoir aucun avenir bien précis en vue. Jack (Tom Waits), un DJ raté, est coffré pour avoir transporté un cadavre sans le savoir, Zack, un mac interprété par John Lurie, a été piégé pour avoir été vu en compagnie d'une mineure, tandis que Roberto (Roberto Benigni) est accusé d'un meurtre tout à fait accidentel.


DR.

Comme souvent chez Jarmusch, une raison qui fait qu'on peut aduler ou détester son style, l'histoire est installée dès le début et le reste ne dépend que des interactions entre les personnages. Mais les protagonistes sont ici justement assez intéressants pour que l'on n'ait pas à s'encombrer d'une trame scénaristique complexe. Le film peut d'ailleurs très facilement être séparé en trois parties bien distinctes : d'abord l'introduction, avec une présentation des personnages, ensuite la cohabitation dans la petite cellule, puis l'évasion et la longue traversée des marais. Heureusement, les personnages apportent suffisamment de matière à réflexion et d'humour pour que le film se suive avec plaisir tout le long malgré sa linéarité.

Il peut paraître étrange de parler d'humour dans un film tel que celui-ci car ce n'est pas l'idée qui vient spontanément quand on contemple les plans fixes en noir et blanc et qu'on saisit petit à petit l'atmosphère de cet univers post-rock rythmé par la voix rauque et brisée de Tom Waits.
Pourtant, Roberto Benigni parvient à amener une légèreté bienvenue sans pour autant que le personnage en perde en tendresse et en complexité. L'exubérance et l'enthousiasme de Roberto surprennent le spectateur autant que les autres personnages tant il paraît décalé dans ce monde décoloré. Mais comme l'ont fait ses compagnons de cellule, on s'habitue et chacune de ses interventions devient un grand plaisir.


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Roberto Benigni est d'ailleurs un bon complément face au charisme dédaigneux de Tom Waits, qui joue à merveille de son physique dépravé et de sa voix si particulière. Autant dire qu'entre ces deux personnages, John Lurie, un peu trop neutre, reste en retrait et devient le moins intéressant des trois.

Cependant, malgré toutes ces qualités, on reste un peu sur sa faim car lorsque tout repose sur les personnages, comme ici, il est dommage de voir qu'ils évoluent finalement très peu. C'est surtout le cas pour Jack et Zack, qui au final n'ont rien de plus ni de moins qu'au départ à peu de choses près. On suit donc le film avec un certain plaisir...et voilà. Pour être franc, je m'attendais plutôt à l'inverse, un film un poil ennuyeux sur lequel on peut passer des heures à cogiter. Je ne dis pas que ça aurait été mieux ainsi mais en tout cas, le film tel qu'il est apparaît un peu léger après visionnage.

Mais la réalisation peut faire oublier ces défauts tant la technique est maîtrisée, avec une photographie superbe (c'est bien simple, quasiment chaque plan pourrait être imprimé et accroché au mur tellement ils sont parfaits). Ce travail sur la forme peut alors se suffire à lui seul et permet de conserver intact l'intérêt du spectateur tout en lorgnant du côté du film contemplatif.


DR.

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