7.5/10

Doute

Meryl Streep et Philip Seymour Hoffman s'imposent en s'opposant ; un face-à-face redoutable, adapté d'une pièce de théâtre qui titille l'esprit plus subtilement que ce que l'on pourrait croire.

Le nom de John Patrick Shanley n'évoque pas grand-chose au spectateur français, et pour cause : le bonhomme a essentiellement œuvré dans l'écriture théâtrale, dont les représentations n'ont été visibles qu'outre-Atlantique. Pourtant, il a également signé une dizaine de scénarios cinéma et télé au cours de ces vingt dernières années, et s'est même fendu de la réalisation d'une comédie romantique en 1990 : Joe contre le volcan était la première association à l'écran du couple formé par Tom Hanks et Meg Ryan, trois ans avant Nuits blanches à Seattle... Pour son retour derrière la caméra, Shanley associe théâtre et cinéma puisqu'il adapte sa propre pièce Doute, créée off-Broadway fin 2004 et acclamée par la presse en 2005. Pas question de transposer telles quelles la mise en scène et l'interprétation qui avaient fait le succès de la pièce : les rôles principaux seront tenus par deux pointures du grand écran, Meryl Streep et Philip Seymour Hoffman.
Le scénario, quant à lui, fera l'objet de plusieurs ajouts et remaniements pour profiter (sans en abuser) des possibilités offertes par le cinéma.

1964. Sœur Aloysius (Meryl Streep) est une religieuse à l'ancienne : principale d'une école religieuse, elle fait régner la terreur auprès des élèves à l'aide d'une application très stricte de la discipline. Mais son attitude n'est pas guidée par le sadisme, et lorsqu'elle soupçonne le chaleureux père Brendan Flynn (Philip Seymour Hoffman) d'abuser d'un enfant, elle entre en croisade contre lui... La culpabilité du prêtre est-elle avérée, ou le doute est-il permis ? La toute jeune sœur James (Amy Adams) ne sait plus trop à quel saint se vouer...

Les deux têtes d'affiche n'ont plus rien à prouver ; Meryl Streep, multi-nominée aux Oscars depuis les années 70, est encore capable de louvoyer entre des rôles aussi différents que ceux de The Hours, Le diable s'habille en Prada, Lions et agneaux ou Mamma mia, tandis que Philip Seymour Hoffman promène sa voix chaude depuis plusieurs années entre diverses incarnations qui vont de la grande folle de Personne n'est parfait(e) au rôle-titre de Truman Capote, en passant par le bad guy de Mission: impossible 3. La confrontation de ces deux-là n'est pas une première, puisqu'ils ont été mère et fils sur scène dans une mise en scène de La Mouette de Tchekov : il arrivaient donc sur Doute avec une connaissance mutuelle en sus de leur immense talent. John Patrick Shanley, en homme de théâtre qu'il est, laisse le film reposer sur leur jeu, qu'il alimente de ses dialogues finement écrits, en faisant un usage sobre des artifices cinématographiques (quelques
plongées / contre-plongées soulignent le poids des regards, trois ou quatre plans de travers insistent sur la confusion mentale des personnages...). La religieuse et le prêtre sont deux personnages complexes, subtils, qui s'extraient rapidement de l'image d'Epinal qu'ils offrent dans leur première scène. Le père Flynn est-il simplement ce bonhomme jovial, apaisant et progressiste ? Sans doute pas. Sœur Aloysius n'est-elle que le dragon qui vadrouille dans les couloirs de l'école ? Non plus, malgré la sécheresse glaçante de ses premières interventions. Chez l'homme d'église comme chez la nonne, on distingue l'être qui s'y est nié : l'homme avec ses pulsions et ses contradictions, la femme avec son instinct et ses convictions personnelles.

La question centrale du film (« le prêtre est-il coupable ? ») laisse progressivement la place à une problématique plus complexe, qui ne manquera pas de diviser les spectateurs, aussi bien sur la compréhension des faits que sur la position à adopter. En refusant de prendre parti pour l'un ou l'autre de ses personnages, Shanley invite chacun à se faire son opinion, qui sera tranchée ou nuancée selon les caractères. On regrettera tout juste le pathos des dernières secondes, qui servent un peu trop lourdement le propos. Mais au-delà de la qualité de son interprétation (le duo vedette est joliment secondé d'Amy Adams et Viola Davis), Doute offre une histoire à facettes multiples, susceptible de faire naître de vives discussions.

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1 commentaires

  • Veterini

    13/02/2009 à 15h25

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    Ouais, d’accord sur un peu près tout. Sur une affaire de prêtre catholique supposée pédophile, on aurait facilement craint le film vu 1000 fois de la victime qui se bat pour faire reconnaître la culpabilité du prêtre, le combat héroïque qui finit par triompher de la perversion tout ça etc…




    Sauf que là, pas du tout, la supposée victime (supposée comme tel par une vieille bigote, et une jeune novice naïve un probablement un peu bébête) semble appréciée le prêtre - Hey ! C’est Philip Seymour Hoffman comment pas l’apprécié-  Et donc, finalement, le propos du film est assez orignal puisqu’il  traite du , ben du « doute » quoi (donc de la rumeur, des pejugés, tout ce genre de chose quoi).


    La réalisation sans être le moins du monde intéressante est d’une sobriété sans effet de style qui laisse la place aux acteurs. Après, ça pue le théâtre filmé quand même (enfin, c’est pas le dîner de cons non plus). Particulièrement la scène de Violetta (la mère de la supposé victime) qui explique la situation familial, et où on aurait envie de dire : « ben c’est ça qu’il fallait filmé ! pas juste un speech bidon, t’es au ciné mon vieux, plus au théâtre ! »


    Bien sûr les acteurs sont excellent, et Philip Seymour Hoffman me viole quand il veut.


    76/100

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