A DECOUVRIR
6.5/10

Douce nuit, sanglante nuit

Beaucoup de sagas d'horreur sont comme le supplice du pal : elles commencent bien mais finissent mal. Ici, ce serait plutôt l'inverse, bien que le concept de père Noël tueur se dilue rapidement dans le n'importe quoi.

Du deuxième au troisième film, cette chronique peut contenir des spoilers

Il y a des films qui conviennent aussi bien à un soir d'Halloween qu'à une veillée de Noël. Parmi eux, on trouve bien entendu les classiques familiaux L'étrange Noël de M. Jack et Gremlins (le premier), Jack Frost 1 et 2, le pilote des Contes de la Crypte, 3615 code père Noël (1990), l'inédit en France Santa's Slay (2005), les deux versions de Black Christmas (toutes deux inédites en France)... Mais la seule véritable saga horrifique consacrée à Noël, forte de cinq films, est la poétiquement nommée Douce nuit, sanglante nuit (en v.o. : Silent Night, Deadly Night). Une saga qui aurait bien aimé loucher du côté d'Halloween (pas la fête, les films avec Michael Myers), comme toutes ses copines pratiquant le slasher, mais qui se vautre trop souvent dans le cheap et le bric-à-brac d'idées.

Douce nuit sanglante nuit (1984)


1971 : après une entrevue inquiétante avec son grand-père fou, le petit Billy voit ses parents massacrés par un père Noël sur une route de campagne. Lui et son jeune frère Ricky sont élevés dans un orphelinat religieux, dirigé par une mère supérieure sadique et inflexible, adepte du châtiment comme outil pédagogique. 1984 : Billy a 18 ans, mais Noël reste une période difficile pour lui, source de troubles... inquiétants.

Pas de doute, le réalisateur cherche à répliquer le succès des slashers de l'époque comme Halloween et Vendredi 13, en respectant leurs règles de fabrication : une date symbolique, un croquemitaine fou mais musculeux, affublé d'une panoplie clairement identifiable, et une volonté de châtier consciencieusement les adolescents fornicateurs. « Châtiment ! » s'exclame d'ailleurs le tueur à chaque nouvelle victime. Faisant l'amalgame entre le père Noël, le père Fouettard et la mère supérieure de son orphelinat, Billy fond les plombs comme autant de bonshommes de neige au soleil, et se glisse dans la peau de son tortionnaire pour perpétuer le cycle de la violence. Ce tueur-victime, par sa personnalité (et l'absence d'autre référent) se rapproche davantage du Norman Bates de Psychose que des brutes muettes comme Jason ou Michael Myers. En revanche, le nombre de morts et l'aspect délibérément pittoresque des meurtres nous rappellent que nous sommes bien dans les années 80, jusque dans l'inévitable fin "ouverte"...

A sa sortie, le film fait scandale. De la même façon que Le père Noël est une ordure en France deux ans plus tôt, Douce nuit sanglante nuit suscite les plaintes indignées de lobbys parentaux qui en réclament le retrait des salles, souillées d'intolérables affiches montrant ce bon vieux Santa Claus armé d'une hache ensanglantée. Résultat : après deux semaines d'exploitation seulement, ce malheureux slasher plein de bonne volonté quitte les écrans. Bonne nouvelle : la VHS est alors en train de connaître un essor qui va lui offrir une deuxième vie... et bien plus.

Douce nuit sanglante nuit 2 (1987)

En 1987, la réputation underground du premier opus permet la production d'un deuxième. Malheureusement, ni les idées ni le budget ne sont au rendez-vous : le résultat est accablant, et se compose pour moitié de simples extraits du premier film présentés sous forme de flash-backs. A la suite de cet interminable exposé (40 minutes !), le petit frère de Billy prend la relève et entreprend de dézinguer tout ce
qui est rouge - couleur qui lui rappelle Noël. Le rôle de Ricky est tenu par Eric Freeman, un inconnu qui surjoue comme un cochon et s'est vu redécouvert grâce à Douce nuit sanglante nuit 2 par les usagers de Youtube : tapez Garbage Day et promenez-vous dans les résultats...

La deuxième moitié du métrage, sorti de son interprétation hallucinante, est un plagiat scène par scène du précédent (alors même, notez bien, QU'ON VIENT JUSTE DE SE LE RETAPER), dont le seul mérite est d'ouvrir officiellement la voie à d'autres suites, sur le modèle de Vendredi 13 (le tueur attitré n'officie qu'à partir du deuxième film). Pénible, fauché, sans imagination, ce numéro 2 constitue de loin le point le plus faible de la série. Son réalisateur Lee Harry n'aura par la suite comme titre de gloire que le montage du générique de Street Fighter. Un génie incompris.

Douce nuit sanglante nuit 3 : coma dépassé (1989)

Sous-titré en v.o. Better Watch Out !, ce troisième opus est réalisé par Monte Hellman, formé à l'école de Roger Corman. Incontestablement plus maîtrisé que le précédent sur le plan narratif, le film reste une livraison horrifique très plan-plan,
avec tueur obsessionnel inarticulé (Ricky, interprété cette fois par un Bill Moseley qui rejoindra plus tard la famille cinématographique de Rob Zombie) et victime féminine innocente (une aveugle incarnée sans grande conviction par Laura Harring, qu'on reverra une dizaine d'années plus tard chez David Lynch). Cette dernière possède une sorte de lien télépathique avec le psychopathe, ce qui ne sert pas à grand chose mais donne à ce dernier une raison de se réveiller de son coma, la tête enserrée d'un bocal dans lequel flotte son cerveau. L'esprit de Noël est assez loin, et la silhouette du bonhomme en rouge n'apparaît que dans les premières scènes du film. Le jeu d'acteur est incroyablement mou (même la guest star Robert Culp, ex-vedette de la série Les Espions), et à tout prendre, on peut lui préférer l'hystérie nanardeuse du lamentable épisode précédent.

Douce nuit sanglante nuit 4 : l'initiation (1990)

Malgré son titre numéroté, ce quatrième opus ne présente absolument aucune continuité avec les trois précédents. On y trouve bien un personnage appelé Ricky (joué par Clint Howard, le frère de l'acteur-réalisateur Ron Howard), mais il ne s'agit
pas de notre pote tueur puisqu'il n'est ici que le faire-valoir d'une secte de féministes hardcore. Quant à l'ambiance de Noël, elle se résume à peu près à la présence d'un ou deux sapins aperçus en arrière-plan... Déception ? Pas vraiment. Réalisé par Brian Yuzna, complice de Stuart Gordon sur les Reanimator et signataire en solo d'un très bon Society, Initiation (c'est le sous-titre, et probablement le titre envisagé avant qu'il ne devienne question d'en faire une simili-suite) est un très bon moment d'angoisse et de dégoût, plein de visions glauques proches de celles de Society (signées Screaming Mad George) et filmé avec un sens de l'atmosphère assez appréciable. Clin d'œil : une scène de Douce nuit sanglante nuit 3 passe à la télévision au cours d'une scène. Mais par contre, pas l'ombre d'un père Noël à l'horizon, autant être prévenu.

Douce nuit sanglante nuit 5 : les jouets de la mort (1991)

Malgré les similitudes de personnel avec le n°4 (Brian Yuzna en scénariste-producteur, Screaming Mad George aux effets, Clint Howard au casting), ce Toy Maker n'assure pas plus de continuité avec lui qu'avec les trois premiers films.
Cette fois, il est question d'un fabricant de jouets tueurs (Mickey Rooney, l'enfant-star devenu papy) dans une sorte de croisement trash entre Pinocchio et Small Soldiers. Le fabricant est appelé Joe Petto (sic), et ne dédaigne pas de se déguiser en père Noël pour accomplir ses méfaits. Le film ne brille pas particulièrement par son interprétation ni par l'intensité de son potentiel horrifique, mais son inventivité et sa généreuse folie en font un ajout très valable à la filmographie de Brian Yuzna, bien qu'il laisse ici le poste de réalisateur au dénommé Martin Kitrosser.


Depuis 1991, pas de nouvel ajout à la série ; mais puisqu'il suffit de situer un film d'horreur à la période de Noël pour pouvoir le labelliser Douce nuit sanglante nuit 6, sortez vos caméras et vos tronçonneuses et allez donc tourner le prochain épisode...

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