Dossier - Le Fantastique Gothique 3/3

Troisième partie du dossier consacré au fantastique gothique

La fin d'un règne : les années 70

Que peut-on dire du cinéma des années 70 ? Une chose comme une autre, c'est un cinéma qui ose, quitte à partir dans des déviances. Dans ce contexte, un genre étriqué comme le gothique n'a finalement que peu de place pour se développer. Et c'est sans doute ce qui causera la perte de ce registre vieillot par définition qui ne pourra plus s'adapter, se sabordant lui-même sous des excès touchant à la bouffonnerie.

La Hammer, toujours vaillante, vit sans le savoir ses dernières années. Son approche est désormais en phase avec son époque et met l'accent sur la violence et l'érotisme. Le succès n'est plus au rendez-vous, même si les films produit alors n'ont dans l'ensemble rien de déshonorant, tout en restant loin des meilleures années de Terence Fisher. Paradoxalement, certains films de la Hammer des années 70 sont aussi ceux qui ont le plus mal vieilli. En 1971, Hammer sort un curieux Comtesse Dracula. Titre opportuniste surfant sur la franchise du vampire-roi -dont Christopher Lee, de plus en plus lassé, tourne encore quelques opus-, Comtesse Dracula n'a pourtant rien à voir avec Bram Stoker. Au contraire, le film s'inspire d'un mythe tout autre, qui serait presque éloigné du vampirisme : l'atroce légende de la Comtesse Bathory. Elizabeth Bathory, dit-on, aurait trouvé le secret de jouvence dans le sang de jeunes vierges. Au XVIème siècle, notre aristocrate se serait ainsi rendue coupable de 650 meurtres, autant de bains de sang censés lui rendre ses vingt ans. Où s'arrête la légende pour commencer l'histoire, telle est la question. Le fait est qu'une certaine Elizabeth Bathory a bien été condamnée en 1611 pour multiples meurtres et tortures. Comtesse Dracula s'attache donc d'assez près à cette histoire, limitant toutefois les exactions de la Comtesse à une poignée de jeunes filles -sans quoi nous tenions sûrement un Braindead avant l'heure-. D'une conception assez soignée, Comtesse Dracula vaut essentiellement pour sa première partie, où règne une ambiance lourde et un travail à l'image assez extraordinaire, emplissant certains plans d'une esthétique proche de la peinture. La suite est malheureusement un peu plus classique, tant sur la forme que le fond, sans parler de longueurs plutôt vilaines. Comtesse Dracula n'en reste pas moins un moment plaisant, où la Hammer prouve encore son savoir faire sur ses domaines privilégiés, que sont les décors, les costumes et la beauté de ses actrices. Jouant également de la chair pâle et du sang vermillon, on oubliera pas de sitôt ce plan fugace d'une Ingrid Pitt complètement nue et ruisselante de sang. 1972 est l'année ce qui est souvent considéré comme un des meilleurs films Hammer, Le Cirque des Vampires. Présentant toutefois les mêmes qualités et défauts que Comtesse Dracula, Le Cirque des Vampires est une histoire d'amour maudit, profondément dramatique. Erotisme et violence explicite, toujours en bon ménage, se mettent au service d'une intrigue désespérée, un peu mélancolique. Ambiance sale d'un village cloîtré, amour impossible d'un vampire pour une mortelle, malédiction ancestrale, Le Cirque des Vampires n'oublie certes pas l'humour mais joue agréablement avec une fournée de thèmes gothiques pour un film baroque et sanglant. Côté concurrence, Amicus fait de la résistance. En 1976 sort Asylum, film à sketchs de solide facture. Prenant pour cadre un asile d'aliénés, nous suivons un jeune médecin qui entreprend de questionner ses futurs patients sur l'origine de leurs maux, autant d'histoires pour autant de segments. L'un d'eux prend une tournure délicieusement gothique. Mettant en scène Peter Cushing, il nous raconte l'histoire forcément folle d'un tailleur chargé de confectionner une veste mystérieuse pour un homme étrange. Cercueil, rue embrumée et vieille maison, des éléments immuables pour un des meilleurs sketchs du film. Amicus ne survivra cependant pas davantage que son modèle...

L'Espagne continue également sa route cailloutée. Si parfois la production se fait fauchée, comme dans le piteux l'Horrible Sexy Vampire, le haut du panier est assuré par Paul Naschy. De son vrai nom Jacinto Molina, Naschy restera dans l'histoire du fantastique espagnol comme étant Waldemar, fameux personnage de loup-garou. Si Naschy n'aura pas fait que des bonnes choses, en témoignerai le rigolo Gran Amor Del Conde Drácula en 1970, certains de ses films comme l'Ombre du Loup Garou (même année) sont entrés au rang de classiques. En 1972, Horror Rises from the Tomb nous entraîne quand à lui dans le sud de la France sur les traces d'une énième malédiction familiale. Ici un sinistre personnage et sa douce moitié condamnés pour sorcellerie. Peut être pourrait-on trouver là un cliché échappé du Masque du Démon ? Quoiqu'il en soit, Horror Rises From the Tomb se révèle comme un film assez soigné. Dévoilant son gothique par intermittence, par une maison ancestrale ou un sinistre marécage empli de brouillard, Horror Rises from the Tomb bénéficie d'une réalisation assez léchée, avec de beaux jeux de couleurs. Un film carré, offrant de beaux décors, une intrigue un peu tordue, quelques instants sanglants et un peu de nudité. Il y a même une poignée de zombies qui pointent soudain leurs nez défraîchis, sans que l'on sache trop pourquoi. Que demande le peuple. Et Jésus Franco dans tout ceci ? Comme à son habitude, il ne chôme pas. 1970 est l'année des Nuits de Dracula par exemple, film qui a plutôt mauvaise réputation malgré la présence de Klaus Kinski et Christopher Lee. 1971, celle d'un film, disons, à la qualité plus controversée : Une Vierge chez les Morts Vivants. Une Vierge chez les Morts Vivants, c'est indéfinissable : imaginez un film érotique tourné par Jean Cocteau ! C'est ainsi que dans les atmosphères oniriques d'une tortueuse demeure déambule une femme nue en prise à la Reine des Ténèbres. Un combat qui deviendra très physique, puisque trouvera son point culminant dans une ultime scène saphique. Un film vraiment très étrange, soutenu par une mélopée planante, où chaque dialogue semble être un morceau de non sens -"tu as brisé le grand phallus, la malédiction va s'abattre sur toi"-. Quand à la fin le voile se lève, c'est pour une conclusion superbe qui fait alors basculer le tout dans une certaine forme de poésie.


Mais la décennie, dans toute son exubérance, nous a fourni des films autrement plus barrés. La Marque du Diable par exemple, en 1970. Coproduction germano-anglaise nous faisant suivre les exploits d'un groupes d'inquisiteurs en pleine chasse aux sorcières, La Marque du Diable est un des rares films à avoir eu l'honneur de sacs à vomi, distribués avant sa projection publique. Si il y a un film qui repoussa les limites de l'époque, c'est bien celui-ci, tapant sur l'Eglise entre deux séances de torture et de viol. Mais contre toute attente, c'est des Etats Unis que viendront deux films complètement fous. La surprise s'atténue toutefois lorsque l'on voit qui s'affiche au générique : Paul Morrissey et Andy Warhol ! Les deux font la paire, l'un étant produit par l'autre depuis Chelsea Girls, son premier long métrage. Le duo détonnant sort en 1974 deux films complètement outranciers, Du Sang pour Dracula et Chair pour Frankenstein. Udo Kier, déjà vu dans la Marque du Diable, apporte ses traits étranges aux deux rôles titres. Dans Du Sang pour Dracula, il campe un Dracula qu'un casting féminin aux moeurs légères rend malade faute de sang de vierge. Du même bois ou presque, Chair pour Frankenstein montre un Baron Frankenstein jeune et beau, façonnant des créatures jeunes et belles. Devant de tels sujets, qui avouons le tirent parfois vers le burlesque, il ne faut pas s'étonner du déballage de chair nue et du sang giclant à gros bouillon. La luxure et les excès de tout poil rodent partout dans ces films, présentant ici un Dracula coupé en deux, là un Frankenstein tranchant une tête avec un énorme sécateur, dans un flot discontinu d'hémoglobine qui ramène au grotesque si ce n'est au Grand Guignol. Et que dire de cette scène peu délicate où notre Baron Frankenstein, émoustillé par la demoiselle qu'il autopsie, assouvie soudain quelques penchants nécrophiles de mauvais aloi. Si Du Sang pour Dracula est un film plutôt lent valant surtout pour son interprète principal, Chair pour Frankenstein témoigne d'un rythme et d'une maîtrise presque parfaite. Nous sommes là dans un gothique de pacotille, mené à la farce par deux artistes en plein délit de mauvais goût. Il n'empêche, mieux vaut avoir mauvais goût que d'être fade et les années 70 ont fourni des films autrement plus ennuyeux. Concluons ici en rappelant également l'inénarrable Rocky Horror Picture Show, qui en 1975 détourne le genre à la sauce comédie musicale gay.

Et en Italie, me demandez-vous ? En Italie, et bien l'érotisme -toujours lui- prend une place de plus en plus importante dans le cinéma local, au point de ressusciter des genres oubliés. Le Péplum par exemple, avec ses vestales courtes-vêtues et ses guerriers aux muscles noueux vêtus d'un simple pagne, était déjà pourvu d'un certain sous-texte sexuel, mais les années 70 vont se charger de liquider toute ambiguïtés. Ce qui nous valu quelques films aussi décadents que Caligula ou les Nuits Erotiques de Popée. Le gothique va plus ou moins suivre la même voie, les vieux château se faisant désormais théâtres d'ébats en tout genre. En 1971 sort ainsi le fripon Lady Frankenstein, cette obsédée sexuelle, un titre sans équivoque. Dans un cadre somme toute soigné, tirant son chapeau au trio Universal/Hammer/Corman en l'agrémentant de quelques coucheries plus ou moins tordues, Lady Frankenstein ne nous épargne aucun poncif. Nous suivons ici la fille du Dr Frankenstein -magnifique Rosalba Neri- cherchant à créer l'amant parfait. Comprendre par là beau, fougueux et intelligent. Problème : le beau et fougueux se trouve être l'idiot du village et l'intelligent n'est pas un Apollon. Et notre demoiselle, à la manière de son père, de tenter un deux en un pour le plus grand plaisir du spectateur. Film assez sérieux mais non dépourvu de quelques instants irrésistibles -telle cette scène inénarrable où une créature au maquillage douteux jette une femme nue dans une rivière, parodiant, volontairement ou non, une scène clé du Frankenstein de James Whale-, Lady Frankenstein est avant tout une charmante bisserie qui respecte le genre tout en le détournant gentiment à ses fins. Mais ce serait mentir que de faire du cas Lady Frankenstein une généralité. Ainsi 1974 restera l'année d'une bonne partie de rigolade, puisque celle d'un incroyable nanar, le Château de Frankenstein. Production italienne réalisée par un Espagnol, Ramiro Oliveros (un scénariste de Jésus Franco), le Château de Frankenstein est un n'importe quoi qui fait hésiter entre l'hilarité et la consternation, carrefour improbable où se croisent deux hommes des cavernes, un nain violeur, un bossu, Gordon Mitchell et quelques jeunes femmes vites dévêtues. Même l'histoire du film semble être sortie de l'esprit d'un Ed Wood sous acide : le Comte Frankenstein congédie son assistant nain pour faute grave (il a peloté un cadavre). Ce dernier, après avoir maugréé dans la forêt, rencontre un homme des caverne et décide de l'utiliser pour sa vengeance. Avec une telle base, difficile de faire quelques chose de correct. Si le film est pourtant capable d'un certain charme, réunissant un casting de gueules et réussissant une poignée de scènes purement gothiques, c'est sans surprise que les grimaces impayables de Salvatore Baccaro (alias Boris Lugosi !!), homme affublé d'un physique simiesque qui le cantonna dans des rôles d'hommes singes, tendent à tirer le reste vers le Z le plus calamiteux. Sans parler des scènes dénudées qui parsèment le tout au petit bonheur. Que faire dans la caverne du méchant homme des cavernes ? Se baigner à poil bien sur ! On retiendra malgré-tout une fin qui n'est pas dépourvue d'un aspect tragique. Autant se raccrocher à ce que l'on peut, même si au troisième degré, le Château de Frankenstein est un moment plutôt agréable.

Le glas du gothique sonne. Les spectateurs ne sont plus au rendez-vous. De nouvelles formes d'horreur ou de fantastique font leurs apparitions. Aux Etats Unis, les premiers pas de Wes Craven ou de Tobe Hooper. Le gore dur, façon Romero. Le succès de l'Exorciste. En Italie, le giallo et ses tueurs gantés. Une approche de la peur plus réaliste, plus urbaine, plus viscérale. Le macadam remplace les allées de pierres. La Hammer sort son dernier film en 1979 et après deux séries télévisées, disparaîtra pour de bon en 1984. Amicus est également tombée. Bava, qui sortira un ultime Baron Blood en 1972, abandonne le genre et sort des films plus contemporains, avant de décéder en 1980. Marghereti, co-réalisateur plus ou moins officiel de Du Sang pour Dracula et Chair pour Frankenstein, part quand à lui dans l'action ou l'horreur aquatique. Riccardo Freda ne s'attachera pas davantage au genre, qu'il quitta dès le milieu des années 60. Corman tourne encore une poignée de films et se reconvertit dans la production. Quelques films éparses sortis plus tard prouvent que le genre n'est pas vraiment disparu, mais il faut se rendre à l'évidence, son temps est passé. D'ailleurs, ses principaux représentants ne sont aujourd'hui plus de ce monde. Mario Bava, Antonio Marghereti, Peter Cushing, Vincent Price, Boris Karloff... autant de témoins d'une grande époque désormais révolue. Ce dossier pourrait s'arrêter ici, mais il convient de citer encore quelques réalisateurs, quelques oeuvres, qui ont entretenu la flamme.

Les héritiers.


Le fantastique gothique a beau ne plus être un genre en vogue, il semble mettre un point d'honneur à ne pas mourir réellement. On ne passa pas du tout au rien après les années 70 et toute cette imagerie formidable continuera d'être célébrée, d'une manière ou d'une autre. Récemment encore, l'indigeste Van Helsing rendait hommage ouvert à l'âge d'or d'Universal, par son prologue en Noir et Blanc rejouant le final du Frankenstein de James Whale, ou sa galerie de monstres empruntée aux grands classiques. L'excellent Underworld développait également dans sa jungle urbaine un gothique crépusculaire qui n'est pas sans rappeler celui de The Crow, tirant d'éléments modernes quelques plans à l'esthétique représentative. Un exemple étant Selena, cette chasseresse vampire, accroupie telle une gargouille sur une haute église. Castle FreakDurant les années 90, citons également Castle Freak, de Stuart Gordon, qui pour sa part remonte même aux sources littéraires du genre. Film solide et glauque, malgré son budget que l'on devine bien étriqué, Castle Freak nous emmène en Italie, au sein d'un château où rode un monstre défiguré. Une créature à la libido particulièrement développée, ramenant aux personnages de la littérature, lourds de menaces sexuelles. Castle Freak est un film particulièrement sombre, et finalement tragique, faisant de son château un endroit feutré, hors du temps, qui tranche avec la réalité sans âme de sa ville contemporaine. Un lieu vénéneux, hanté par des secrets inavouables et un homme alcoolique, jamais remis de la mort de son fils, et voyant son mariage voler en éclat. Stuart Gordon, réalisateur du frappé Ré-Animator et du magnifique Dagon, montre là, si tant est qu'il fallait le prouver, qu'il est à défaut d'un maître, un nom solide du fantastique et de l'horreur. Terminons ce petit tour avec Dracula de Coppola et Frankenstein de Kenneth Branagh, deux films grandiloquents aux images superbes, réinterprétant leurs mythes chacun à leur façon.

Mais si il ne fallait citer qu'un seul réalisateur, ce serait sans doute Tim Burton, qui grandit avec la plupart des films cités ici. Un amour du genre qu'il démontrera dès les débuts de sa carrière, avec Vincent, racontant la triste histoire d'un enfant fan de Vincent Price, mais aussi Frankenweenie, relecture canine du Frankenstein d'Universal, final enflammé compris. Par la suite, des films comme Beetlejuice ou bien évidement, Edward aux Mains d'Argent, se présentèrent tels des films hybrides, mêlant l'imagerie gothique à une modernité bien morne. Sans oublier l'enfantin Charlie et la Chocolaterie, présentant un inquiétant ballet de poupées de cires. A ce niveau, l'incontournable de Burton, car s'inscrivant pleinement dans le genre, reste Sleepy Hollow. Prenant place en 1799, Sleepy Hollow, en plus d'être un des plus beaux films de son auteur, est également truffé de référence à trois décennies de gothiques. S'inspirant d'une nouvelle de Washington Irving, à qui il greffe une seconde partie absente du récit original, Burton rejoue la Hammer, Bava, Universal, l'Italie... D'une scène de calèche inspirée du Masque du Démon à une autopsie sylvestre lorgnant tour à tour vers Le Loup Garou ou Frankenstein s'est échappé, en passant par une scène de mise à mort à la Vierge de Fer, Sleepy Hollow développe un visuel délavé, tortueux qui renvoie à l'aspect vieillot mais aussi onirique des meilleurs titres du genre.

Le fantastique gothique ne réapparaîtra sans doute plus que sous la forme du clin d'oeil. Il est devenu un genre un peu désuet, toujours représenté par des fossiles vivants que sont Paul Naschy, qui tourne toujours, ou Christopher Lee, qui pour sa part ne veut plus qu'on évoque ses années Hammer. Reste soixante ans d'histoire, portée par des vampires majestueux, des monstres tragiques, des orages apocalyptiques, de troubles histoires de famille et des châteaux où se perdent de jeunes dames. Si le fantastique gothique n'a pas accédé à l'immortalité, le plus important est là : sa mémoire est perpétuée.


Des Vierges pour des Bourreaux


Elles étaient ces femmes en robes élégantes ou en chemises de nuit, fatales ou hurlant dans la pénombre. Ils étaient ces sinistres personnages chargés de leurs infliger mille tourments, ou au contraire les jeunes premiers assurant leurs libérations. Le fantastique gothique passe aussi par ces actrices et ces acteurs, qui, devenant incontournables du genre, marquèrent les esprits autant que leurs environnements lugubres.

Barbara Steele. C'est en 1937 que la belle Barbara voit le jour. Débutant dans le genre sous l'impulsion de Mario Bava, Barbara Steele apporte son charme étrange et sa beauté vénéneuse aux productions italiennes de l'époque, non sans faire un détour par la case Corman. Négociant le virage du genre, Barbara Steele participe durant les années 70 à Piranha, d'un jeune réalisateur, Joe Dante, ou à Frissons, d'un jeune réalisateur, David Cronenberg, et tournera jusqu'à la fin des années 90, de téléfilms en séries. Marquée et transpercée dans le Masque du Démon, électrocutée dans les Amants d'Outre Tombe, enterrée vivante dans La Chambre des Tortures, notre reine du gothique aura été bien malmenée durant sa filmographie prestigieuse. Mais elle l'aura rendu au centuple...

Hazel Court. On ne sait pas comment est Hazel Court au naturel, mais à l'écran, cette rousse incendiaire joua avec bonheur des femmes aux caractères bien trempés, voir de véritables garces. Née en 1926, c'est tout naturellement pour la Hammer que brillera cette Anglaise de souche. C'est ainsi qu'elle côtoie Peter Cushing et Christopher Lee dans Frankenstein s'est échappé, où elle campe l'épouse du Baron. Après une autre production Hammer, the Man who Cheating Death, toujours avec Christopher Lee, Hazel Court rencontre un autre ponte du gothique, Roger Corman. L'Enterré Vivant, le Corbeau, le Masque de la Mort Rouge, autant de classiques où elle apporte un talent incontestable, doublé d'un décolleté généreux. Après 1964, Hazel Court épouse Don Taylor, réalisateur américain et se dirigera vers la télévision, et sorti de quelques caméos -dont la Malédiction III- ne tournera plus pour le cinéma. A présent mère de famille et veuve, elle se consacrerait toujours à des conventions, où sa disponibilité est fort appréciée.

Barbara Shelley. Née en Angleterre en 1933, Barbara Shelley, avec un nom si gothique, ne pouvait passer à côté de sa carrière. D'abord mannequin, elle se lance dans le cinéma où elle deviendra l'une des premières femmes "connotée" du fantastique anglais. C'est bien entendu sur les plateaux de la Hammer que Barbara Shelley connaîtra ses plus forts succès, avec des films comme La Gorgone, Rasputine le Moine Fou, Quatermass et le Monstre ou Dracula Prince des Ténèbres. Dans un registre plus proche de la Science Fiction, Barbara Shelley apparaît également dans le Village des Damnés, grand classique de Wolf Rilla.

Erika Blanc. Sans doute davantage connue pour sa carrière érotique, Erika Blanc est avant tout un nom représentatif du cinéma populaire italien. Apparaissant dans le western ou dans le film d'espionnage, Erika Blanc restera ici comme la rousse jeune femme d'Opération Peur, de Mario Bava. Une filmographie qui n'est certes pas la plus gothique qui soit, mais à laquelle il faut rajouter La Vengeance de Lady Morgan ou encore La Nuit des Pétrifiés. Après un film d'inquisition, Erika Blanc se consacrera au théâtre, tout en gardant un pied dans le cinéma ou le petit écran, où elle exerce toujours.

Valerie Gaunt. On ne peut pas dire que cette jolie brune ait joué dans énormément de films : imdb en dénombre deux ! Mais paradoxalement, ces deux films compensent toute les filmographies gargantuesque du septième art. Femme-Vampire recluse par Christopher Lee dans Le Cauchemar de Dracula, servante courtisée puis assassinée par Peter Cushing dans Frankenstein s'est Echappé, Valerie Gaunt aura laissé son empreinte dans le gothique, à travers deux films majeurs. Deux rôles à l'image de la carrière de l'actrice : insignifiants sur le papier, mais d'une importance capitale dans la continuité...

Veronica Carlson. Née en 1944 dans le Yorkshire, Veronica Carlson apporte sa blondeur dès 1968 au bien nommé Dracula et les Femmes, puis, suivant la logique de la Hammer, à un premier Frankenstein en 69, le Retour de Frankenstein et, enfin, un deuxième, The Horror of Frankenstein. Une carrière semble-t-il assez courte, qui après sa période gothique se dirigea plutôt vers la comédie, avec des films comme Vampira.

Ingrid Pitt. L'histoire d'Ingrid Pitt ne commence pas sous les meilleurs augures. Née en 1937 et d'origine polonaise, elle est déportée avec sa famille à l'âge de cinq ans. Survivante de l'horreur, elle entreprend alors de devenir actrice et obtient ses premiers rôles durant les années 60. Ses débuts sont ainsi marqués par Quand les Aigles Attaquent, un fameux film de guerre avec Clint Eastwood. Mais là où cette charmante femme fera merveille, c'est dans le fantastique dénudé des années 70, où elle se dévoile dans tout les sens du terme. The Vampire Lovers, The Wiker Man et bien entendu, Comtesse Dracula. Avec les années 80, Ingrid Pitt vadrouille entre comédies, un James Bond (Octopussy), un nanar (Transmutations)...Sa carrière connaît un relâchement durant les années 90 avant de reprendre avec les années 2000, où elle enchaîne un film par an.

Rosalba Neri. Rosalba Neri, où une tranche de cinéma populaire qui trouva son point culminant dans l'érotisme. Après Péplum, western et film d'espionnage, Rosalba Neri enlève ses derniers vêtements sous la caméra de Jésus Franco. Durant les années 70, l'Italie fait appel à elle dans un giallo scabreux, Les Insatisfaites Poupées érotiques, de Fernando Di Leo (un des maître local du polar) et deux films gothico-érotiques : Les Vierges de la Pleine Lune et Lady Frankenstein.

Bela Lugosi. Né Bela Blasko au village de Lugos, alors en Autriche Hongrie, Lugosi est l'homme d'un seul rôle, un des plus beaux : Dracula. Homme de théâtre avant tout, Lugosi apporte son jeu expansif voir cabotin à tout un flanc du fantastique des années 30 et 40. Les rôles de jeunes premiers ou de séducteurs ne sont pas pour lui. A l'écran, Lugosi est là pour faire peur, dans la peau de personnages troubles ou illuminés. Il sourcille, grimace, lance de menaçants regards, décompose chaque geste... un jeu très peu naturel qui aura raison de lui passé les années 40. Après une période de vache maigre, il tente de remonter la pente chez un certain Edward "Ed" Wood Jr. Narrateur dans Glen or Glenda, savant fou dans La Fiancée du Monstre, il incarne un ultime vampire dans le calamiteusement culte Plan 9 From Outer Space, où il pousse son dernier soupir.

Boris Karloff. Ses traits ne sont pas sympathiques. Son jeu est intérieur. Sur un plateau, on disait l'homme studieux et sérieux. L'immortel Frankenstein d'Universal aura sans doute malgré lui entretenu cette aura de froideur qui l'entourait. Pourtant, le grand Karloff savait jouer de son image pour les besoins de registres plus légers. Gérant fort bien sa carrière, cet excellent acteur passe le cap des années et reprend du poil de la bête sous Corman, qui le fait connaître de la jeune génération des années 60. Il décède à l'aube des années 70, le 2 février 1969.

Peter Cushing. Belle filmographie que celle de Peter Cushing. L'homme, que l'on surnomma l'acteur-gentleman, était d'une courtoisie et d'une intelligence légendaire, et l'on n'en finit plus de rapporter cette anecdote voulant que Carrie Fisher, sur le tournage de Star Wars, eut toute les peines du monde à se montrer effrayée face à lui tant il fut agréable hors caméra. Débutant sa carrière durant les années 30, l'histoire retiendra de lui ses années Hammer, où il participe à quatorze films de Terence Fisher. Frankenstein dans la série des Frankenstein, Van Helsing dans celle des Dracula, il fait merveille avec Christopher Lee, qui incarne sa némésis. Premier rôle dans le Chien des Baskerville, il campe un Sherlock Holmes magnifique avec ce qu'il faut de vigueur et d'excentricité, toujours aux côté de Lee. Ne reniant pas la concurrence, il est également à l'affiche de certaines productions Amicus. L'après-Hammer est éclectique. Après Star Wars en 77, il se consacre à la télévision, avant de réapparaître dans un ZAZ (!) en 84. Il quitte la scène un 11 août 1994, des suites d'un cancer diagnostiqué durant les années 80.

Christopher Lee. Quand le surnaturel côtoie l'aristocratie. Vampire, spectre, ancien nazi, Christopher Lee joue finalement sans cesse le même personnage. La noblesse froide, le port raide, la moue hautaine, cet ancien des services secrets britanniques apporte sa haute taille et ses yeux terribles aux productions de tout pays. Si l'histoire le rendit immortel en Dracula, rôle qu'il incarna à huit reprises pour la Hammer, Christopher Lee n'en est en effet pas moins un globe-trotter qui varie les rôles. Fantastique, péplum, western, comédie, action, le vénérable Lee a presque touché à tout les genres sans jamais réellement s'arrêter. A l'heure où j'écris ces lignes, notre homme, fringant octogénaire, continue de briller sur les écrans, que ce soit pour Peter Jackson ou Tim Burton.

Vincent Price. L'homme pouvait faire passer du rire au larmes, en passant par le frisson. Si sa bonhomie naturelle et ses grimaces de cabotin le mettent à l'aise dans la comédie horrifique -ou les films d'horreur moins sérieux que les autres-, son rire démoniaque et sa moustache tombante le rendent impeccables dans les registres plus sévères, où il campe quelques sinistres personnages. Bien qu'ayant commencé son métier durant les années 30, Price est devenu représentatif du cinéma d'horreur des années 60 et c'est bien sur sous la caméra de Roger Corman que l'on se souviendra le plus de lui. Corman et sa petite bande, où Price côtoyait Boris Karloff ou Peter Lorre. Les années 70 lui seront favorables, lui permettant de faire son show dans le délicieux Théâtre de Sang, ou de camper un de ses personnages fétiches, le Dr Phibes. Son dernier grand rôle, il le devra à un de ses fans, Tim Burton, le faisant tourner dans Edward aux Mains d'Argent. Humble, amoureux de son art, ne reniant même pas le pire de ses nanars, Vincent Price nous a quittés le 25 octobre 1993.

Howard Vernon. Avec son nez aquilin et ses yeux sinistres, Howard Vernon, né Mario Lippert, évoque une sorte de hibou maléfique prêt à tout pour attraper de jeunes vierges entre ses serres. Acteur fétiche de Jésus Franco et de fait, incontournable du gothique espagnol, il est l'interprète du fameux Dr Orlof, personnage qu'il déclinera plus qu'à son compte. Vernon est par la suite un acteur qui s'éparpille, enchaînant des Z honteux avec des productions autrement plus prestigieuses. Ainsi, si nous le retrouvons dans des choses aussi consternantes que le Lac des Morts Vivants, Vernon apporte son physique impressionnant à des cinéastes de la trempe de Woody Allen ou John Frankenheimer. Toute sa carrière pourrait se ramasser en ces quelques films, et si le gothique nous laissa de lui aussi bien l'image du Dr Orlof que du Dracula grotesque de Dracula Prisonnier de Frankenstein, Vernon reste avant tout un acteur de talent, dont la filmographie impressionnante voit se côtoyer, entre deux Jess Franco, des noms aussi prestigieux que Jean-Pierre Melville, Fritz Lang ou Marc Caro. Il décède le 25 juillet 1996.

Reggie Nalder. Son visage était aussi effrayant que l'homme était sympathique. Reconnu comme l'assassin de l'Albert Hall dans L'Homme qui en Savait Trop, Reggie Nalder promène son terrifiant faciès chez Argento (L'Oiseau au plumage de cristal) ou chez Fellini (Casanova... mais pas dans le rôle-titre). Ne craignant pas de montrer le reste de son anatomie, il s'égare dans quelques pornos avariés -dont un certain Dracula Sucks- et dans le gothique décadent des années 70 où il joue le sadique inquisiteur de la Marque du Diable. Une carrière plus ou moins prestigieuse, que l'ancien danseur de cabaret commentait d'une maxime lapidaire : "du travail, c'est du travail". Il décède le 19 novembre 1991, emporté par un cancer des os.

Udo Kier. Udo Kier est un homme étrange. Par son physique, oscillant entre la pureté enfantine et une dureté perverse toute adulte. Par son jeu, Udo Kier pouvant être un acteur exemplaire ou le pire des cabotins. Par sa faculté à avoir construit une filmographie impressionnante sans qu'on la soupçonne. De lui, on ne connaît finalement que ses années 70, où nous le retrouvons en Baron nécrophile dans Chair Pour Frankenstein, en Dracula malade dans Du Sang pour Dracula, en victime consentante dans Spermula ou aux côtés de Reggie Nalder dans la Marque du Diable. L'homme exerce toujours son art, et nous le retrouvons quelque part entre Blade, le navrant Terreur.com ou dans la future adaptation de Bloodrayne, du tâcheron Uwe Boll. On en oublierait presque qu'il joua pour Fassbinder et Werner Herzog...


"Et maintenant, sortie de ces catacombes, je ne reviendrais certes pas ! On ne revient pas s'enfermer dans un tombeau avec un cadavre qui vous aime !" - Gaston Leroux, le Fantôme de l'Opéra.

The Terror

- Remerciements aux éditions Neo Publishing, éditeur d'Opération Peur, le Spectre Maudit, Le Moulin des Supplices et Castle Freak-


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3 commentaires

  • zombigirl

    01/12/2005 à 13h53

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    Une excellente entrée en matière, servie comme d'hab par une plume passionnée et fluide.

    C'est intéressant et instructif pour toute personne portant un intérêt certain au cinéma fantastique, en passant par quelques oeuvres littéraires indispensables au genre.

    Bravo !

  • Anonyme

    24/11/2010 à 16h13

    Répondre

    ce film est fun !

  • Anonyme

    15/05/2015 à 16h33

    Répondre

    excellent et passionnant dossier

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