8/10

Dog Pound

Après une exploitation cinéma un peu expédiée, le deuxième film de Kim Chapiron sort cette semaine en DVD. L'occasion de donner une nouvelle chance à cette vision amère de l'univers des prisons juvéniles.

 

Instigateur il y a quelques années du collectif Kourtrajmé avec son complice Romain Gavras, Kim Chapiron a sauté le pas du long métrage en 2006 avec Sheitan. La réception critique et publique est mitigé, et le réalisateur prend son temps avant de livrer un deuxième opus. Quatre ans plus tard, c'est sur le territoire américain qu'il Des chiens à poil
Des chiens à poil
réalise et livre Dog Pound, une production indépendante sur la vie dans une maison de correction. Exit le satanisme et l'humour trash, mais la violence est toujours là...

Butch, 17 ans, a éborgné son officier de probation. Davis, 16 ans, s'est fait choper en train de dealer. Angel, 15 ans, donne un coup de couteau malvenu en volant une voiture. Tous trois se retrouvent pour quelques mois à Enola Vale, une prison juvénile dont ils sont supposés sortir réformés. Sains, requinqués. Fans de Mickey. Sauf qu'en fait, non.

Le film carcéral est un genre à part entière. Qu'il s'agisse d'un thriller centré sur l'évasion des protagonistes, ou d'une observation à visée réaliste comme c'est le cas ici, on y trouve toujours un certain nombre de figures imposées, et l'ambiance donne rarement envie de se joindre aux détenus. Le film de Kim Chapiron se conforme au schéma, tout en évitant les clichés les plus grossiers : pas de maton sadique, pas de regards grivois sous la douche... « Dog pound », en anglais, signifie « fourrière » : le titre ne ment pas, les personnages sont davantage de jeunes chiens fous que de véritables gangsters. Âgés de 14 à 18 ans, ils se retrouvent tous obligés de rouler des mécaniques pour ne pas passer pour les enfants qu'ils sont. L'intrigue se concentre essentiellement sur Davis et Butch : le premier, dealer à la petite semaine et séducteur mythomane, n'a pas l'habitude de la confrontation et cherche à ne pas s'attirer d'ennuis ; le second, qui a souvent du mal à maîtriser sa colère, est pourtant doté d'une grande droiture. Les deux vont se Dresseur de chien ?
Dresseur de chien ?
heurter à Banks, le caïd vicieux, qui maîtrise l'art de faire retomber la faute sur les épaules des autres...

Outre le scénario adroitement écrit, qui permet de s'attacher à plusieurs personnages aux caractères très riches, Dog Pound se distingue par son réalisme : tous les acteurs sont inconnus, et certains d'entre eux viennent eux-mêmes de prisons juvéniles (notamment l'interprète de Banks, qui en est sorti deux jours avant le début du tournage !). L'immersion s'en trouve facilitée, et la mise en scène discrète mais efficace ajoute à la tension. Curieusement, la réalisation rappelle à plusieurs reprises deux films de Kubrick : Orange mécanique et Full Metal Jacket... Au final, le discours amer peut apparaître un peu manichéen (la faute à un final un peu trop simpliste), mais sans doute pas si éloigné de la réalité.


Le DVD qui sort cette semaine est doté de bonus consistants :

  • la bande-annonce
  • Un making-of de 10 minutes, où les acteurs s'expriment sur leurs personnages
  • cinq scènes coupées, qui développent essentiellement le personnage de Max le paria
  • Une interview de Kim Chapiron par Laurent Weil à travers les rues de New York (20 minutes)
  • Dog Pound : la tournée (4 minutes), une vidéo sans grand intérêt qui nous montre que l'équipe a présenté le film aux USA et en France (on s'en doutait), et qui laisse quelques spectateurs donner brièvement leurs réactions à chaud
  • Dog Pound : la rencontre (20 minutes), une interview de Kim Chapiron et Adam Butcher (l'interprète de Butch) par Laurent Weil ; un peu redondant avec la balade dans New York, mais tant pis.


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