7.5/10

Le Discours d'un roi : Oscar en vue ?

Une oeuvre intelligente, sensible, sans prise de tête, qui revient sur les quelques années précédant la seconde guerre mondiale pour nous présenter le grand malheur du futur roi George VI.

Le Discours d'un roi aurait-il pu se démarquer auprès du public sans ses nombreuses nominations et distinctions ? Nous ne le saurons jamais, mais sa présence dans les listes des catégories phares des Oscars (voir les nominations) incite à la curiosité.
Le film nous amène donc en Angleterre, dans l'entre-deux guerres, et nous dévoile un pan assez méconnu de la vie du roi George VI, père d'Elizabeth II. De son vrai nom Albert Frederick Arthur George Windsor, le futur roi d'Angleterre a tout ce qu'il faut pour diriger un pays, mis à part son élocution. Un affreux bégaiement le décrédibilise systématiquement lorsqu'il doit prendre la parole, que ce soit en petit comité ou devant une foule immense. Handicapé dans ses fonctions, Albert va requérir l'aide de Lionel Logue, un orthophoniste loin d'être orthodoxe…


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Difficile de se convaincre qu'un film de deux heures sur un roi bégayant ait pu à ce point séduire les votants des nombreuses institutions cinématographiques qui ont reconnu ses qualités ; et pourtant, difficile de s'ennuyer malgré que l'on sache exactement ce qui va succéder à ce petit morceau de la vie du souverain. Il y a une certaine finesse de propos, un enjeu certain qui passe loin des considérations de la guerre même si l'histoire y est forcément liée. Albert doit être un roi fort, qui en impose, qui puisse être capable de tenir tête à Hitler et à ses discours grandiloquents. Le Discours d'un roi s'axe uniquement sur cet état de faits, décrit le bégaiement comme un calvaire et un frein à la royauté - tout du moins c'est ainsi que le perçoit Albert malgré le soutien de son entourage -, et offre ainsi de multiples pistes de développement personnel. Oui, il y a l'image du roi à défendre, mais il y a aussi le combat d'un homme blessé, qui a du mal à raconter une histoire à ses deux adorables petites filles, et qui souffre de ne pouvoir tenir tête à son frère et à son père, même s'il est capable de violentes colères, d'autodérision, et de cynisme. Par l'handicap d'Albert, Le Discours d'un roi revient aussi sur une période changement technologique, où les dirigeants peuvent désormais s'adresser à toute la nation via les postes de radio – ce qui implique encore davantage la nécessité de se faire comprendre de tout le monde.

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C'est précisément le genre de scénario que l'on aime bien retrouver dans les listes à Oscars, facile à approcher, légèrement comique, légèrement intellectuel, et une belle occasion de faire ses preuves pour un acteur. Colin Firth et Geoffrey Rush rivalisent de talent en incarnant respectivement le roi et l'orthophoniste. Le premier se complexe de son handicap, hésite, pique des colères, transforme le bégaiement en une douleur qui irradie tout le visage ; tandis que le second se plait à déployer des exubérances, accentuer son phrasé, et chercher à inculquer certaines valeurs à un roi qui ne voit que son malaise. Avec un certain doigté, la caméra parvient à donner un peu de relief aux émotions, à capter impeccablement le sentiment et le ressentiment, et finit par nous serrer le cœur avec des scènes aussi simples que la préparation d'un discours. On s'étonnera parfois de quelques plans désaxés qui mettent en valeur aussi bien le personnage que le mur du fond.

Une réalisation sérieuse et toute en légèreté qui transcende le jeu de deux acteurs très inspirés. Tom Hooper livre en toute simplicité un candidat sérieux aux Oscars qui nous parle de seconde guerre mondiale de manière très inhabituelle.


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