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Direktør (Le)

Hvorfor flygte fra det du ved du ikke kan flygte fra ?

Lars von Trier, réalisateur danois dingue, annonce que son dernier film est une comédie toute simple. Mais peut-on se fier à un homme qui a uriné dans la bouche de Jean-Marc Barr et placé Nicole Kidman dans un film de trois heures sans décor ?

Ravn, entrepreneur habile mais lâche, dirige depuis dix ans sa société en faisant croire à tout le monde que le vrai patron, le « Directeur de tout », est aux Etats-Unis et donne ses ordres sans jamais se déplacer. Ce qui lui permet d'éviter les reproches de ses employés lors des prises de décisions délicates, imputées au lointain dirigeant. Mais lorsqu'un homme d'affaires islandais décide de signer un important contrat avec la société , il déclare ne vouloir traiter qu'avec le Big Boss. Jamais à court d'idées, Ravn embauche Kristoffer, acteur de théâtre torturé et obsédé par un obscur auteur appelé Gambini. Son rôle : personnifier le « Directeur de tout » pendant deux minutes et disparaître. Mais les nouvelles vont vite, et les employés meurent d'envie de rencontrer ce chef invisible depuis dix ans...

La forme du film ne surprendra pas les spectateurs habitués aux films réalisés par Lars von Trier ces dix dernières années : cadrages improbables, contres-jours incongrus, montage chaotique et sautes de son à gogo, on sait d'emblée que le réalisateur en fait à sa tête comme d'habitude. Donc sa déclaration du début du film, stipulant à haute voix qu'il s'agit d'une comédie sans prétention qui ne nécessite aucune réflexion, n'est évidemment pas à prendre au sérieux. Il faut comprendre au contraire, dès cette déclaration initiale, que la seule chose qui intéresse von Trier, c'est LE FAIT de faire une comédie. Il s'ingénie dès lors à disséquer (le plus souvent explicitement) tous les codes et clichés utilisés au long d'une intrigue par ailleurs prévisible et pleine d'invraisemblances.


Le véritable discours du film ne se situe pas vraiment dans son sujet (bateau), mais plutôt dans la façon dont le réalisateur se projette dans le personnage principal : un acteur prétentieux et plein d'interrogations qui accepte de jouer un rôle tout simple. Lars von Trier est lui-même le plus torturé des réalisateurs (bourré de phobies diverses, à la recherche maniaque de nouvelles formes de cinéma, prêt à pousser l'expérience aux limites de la décence), dans la situation absurde de réaliser une comédie toute simple, reposant sur des codes établis. Partagé entre sa nature et sa mission, comme le personnage du film, il louvoie entre deux eaux, s'excuse pendant le film en voix off d'utiliser des clichés et finit par livrer une comédie légère mais pas hilarante du tout, intéressante mais aux antipodes de la simplicité qu'elle affiche.

Bref, plus un exercice de style qu'une comédie à la Eddie Murphy, mais qui vaut le détour quand on apprécie l'oeuvre du réalisateur. Finalement, il ne fera peut-être jamais rien de plus drôle que sa série horrifique L'hôpital et ses fantômes. Un paradoxe de plus.

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