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Diary of the Dead - Chronique des morts-vivants

Romero s'empare du concept "à la Rec/Cloverfield" pour les besoins d'une invasion de zombies dont il a le secret. Le résultat est déconcertant à bien des égards.

Journal du 28 juin ; H-2.

Bref regard sur ma tour à DVD, dont le dernier étage s'apprête à céder sous le point du consumérisme. A la rangée "Romero", coincé entre le mal-aimé La Part des Ténèbres et un très fun film de zombie irlandais, Land of the Dead. Le film du retour. Le film de la discorde. Le film des débats. "c'est nul", "non", "si". Romero est mort ? J'avais aimé à sa sortie, ça n'a pas changé depuis. Petit tour sur les forums. Diary of the Dead, le nouveau Romero, qui a fait le tour de quelques festivals, a déjà ses admirateurs. Et ses détracteurs. Opportuniste, ridicule, VF épouvantable. Romero est mort derechef. Peu de monde peut se vanter d'avoir été enterré deux fois.

C'est l'heure de juger sur pièce. Gros multiplexe, petite salle pourrie, VF évidemment. Bande annonce, pub, pub, pub, pub, pub, bande annonce, pub, pub, bande annonce, pub. Film.

Journal du 28 juin ; H.

*& !  ; £

Journal du 28 juin ; Après. A chaud.

Les lumières se rallument. Perplexité. Ai-je vu un Romero ? Sur la forme, non. Quand bien même le film épouse le point de vue d'une bande de cinéastes du dimanche, l'ensemble paraît tourné à l'arrache avec une ventouse à chiotte. Là où Land of the Dead était un pur Romero, Diary of the Dead est impersonnel. Dégringolade artistique ou... ? Ou. En 1972, soit entre la Nuit des Morts Vivants et Zombie, George Romero tournait Season of Witch. Un petit film en 16, assez expérimental, parfois filmé à l'épaule, au propos intimiste et ambigu. Assez moche et un peu longuet aussi. Dans la veine d'un certain cinéma d'auteur de ces années-là, en somme. Diary of the Dead est un peu son successeur des années 2000 : un film de zombies où l'on ne voit presque jamais les zombies, entièrement tourné vers un propos flou au détriment sans doute d'une mise en scène plus soignée ou identifiable. Le message, rien que le message. Romero s'interroge ici sur le pouvoir des images et de son utilisation dans l'information, brandissant comme un étendard une phrase-choc redondante : "ce qui n'est pas filmé n'existe pas". Les personnages de Diary of the Dead apparaissent désincarnés, visiblement tributaires des petites vidéos qu'ils produisent et dont ils s'abreuvent. Des vidéos qui se propagent de façon exponentielle, comme autant de morsures de zombies, contaminant peu à peu les protagonistes dont les caméras deviennent autant d'appendices naturels. Mise en garde ? Pamphlet contre la génération youtube ? Volonté de faire un [Rec] intelligent ? Internet comme nouveau terrain de guérilla ? Romero, dont la subtilité se réduit à mesure que sa filmographie se gonfle, n'a pas vraiment le mérite de la clarté.

Côté bons points, il y a un Amish dynamiteur (!) et ça saigne sévère. La tentative de crédibiliser l'ensemble est un peu vaseuse mais assez appréciable. On se prend au jeu.

Journal du 29 juin ; L'Apocalypse selon St George.

Une chose s'est mise à me turlupiner, ça ne m'est pas apparu tout de suite. Diary of the Dead est un constat : c'est la fin du monde. On va tous y passer. Et c'est bien fait pour nous. Froid, direct, amer et d'une lucidité qui fait froid dans le dos. Une ambiance de morgue, un désenchantement total renvoyant à des films comme Mondo Cane, qui en son temps sensibilisait à l'état de pourrissement avancé du monde. Ce n'est pas tant son ambiance de morgue qui rend Diary of the Dead étrange, c'est sa résignation à présenter un univers où tout est mort ou sur le point de le devenir. Jusqu'au cinéma lui-même, inhumé non sans cynisme dans un amusant hommage à la tradition gothique. L'humain trépasse, les institutions s'ébranlent, les valeurs s'effritent... rien que du très classique pour Romero, qui a toujours mis l'homme, son comportement et sa barbarie au centre de son oeuvre. Avait-il cependant déjà abordé la chose de façon aussi sinistre ? De tous ses films de morts-vivants actuels, Diary of the Dead est probablement son plus sombre.

Journal du 30 juin ; I'm Samuel, Hello.

Une chose saugrenue dans Diary of the Dead est son dernier acte. Dernier acte qui aurait pu être l'aboutissement de ce climat dépressif et qui apparaît comme beaucoup plus ludique. Romero s'amuse soudain, multiplie les points de vue, joue avec le montage. En somme, il reprend les rênes, après avoir laissé ses personnages dicter leur loi. Il est troublant de voir le réalisateur s'effacer de son propre film (s'effacer du genre ?) avant de remettre les pendules à l'heure dans un dernier sursaut. Troublant aussi de constater que le seul personnage qui intéresse un tantinet Romero soit une sorte de mentor stoïque observant les événements avec défaitisme avant de faire acte de bravoure sur la fin. La conclusion facile serait de placer Diary of the Dead en marge de la carrière de Romero, qui à lui seul forme la pierre angulaire d'un genre qui n'a désormais plus besoin de lui. Un film de survivant ? Qui sait...

Journal du 1er juillet ; Romero is (living) dead

Le problème avec Romero, c'est qu'on se prend toujours à chercher le sens caché de scènes qui n'en demandent sans doute pas tant. En bon élève, Diary of the Dead donne de quoi se ronger la tête. Trop sans doute. Le film est court, les interrogations vastes. Et en lui-même, qu'en dire ? Un problème de personnages indéniable, de l'humour qui tombe à plat, un réalisateur en mode automatique et c'est peut dire, par rapport aux [Rec] et autres Cloverfield, que l'on gagne en intellectualisation ce qu'on perd en efficacité. Reste le film, jamais aussi bon que quand il quitte son statut de donneur de leçon pour aborder l'horreur pure. On découvre alors quelques scènes tendues, une manière inédite (et salement gore) de tuer un zombie et un parfum de road-movie diablement enivrant. Une chose est sûre, si Diary of the Dead n'est pas un grand Romero, c'est probablement un de ses essais les plus singuliers, quelque part entre le ratage attachant à la Bruiser et l'hermétisme de ses films les plus confidentiels.

Merci de m'avoir lu. Fin de la transmission.

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11 commentaires

  • riffhifi

    03/07/2008 à 11h49

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    La séquence de l'amish est effectivement la meilleure scène du film, bien qu'elle tombe comme un gros cheveu sur la soupe. Sinon, c'est du Blair Witch paresseux avec quelques morceaux de Romero dedans (la fin). Globalement, j'ai trouvé ça indigne du réalisateur, et terriblement maladroit après un Land of the dead ultra-léché.

  • Anonyme

    03/07/2008 à 15h30

    Répondre

    Je suis un vrai FAN de film de zombies, évidement dès sa sortie je suis allé le voir. J'ai vu tous les films de Romero, il y a toujours un message qui dénonce la société dans laquelle vie Romero encore UN CHEF D'OEUVRE ! Un conseil: si vous aimez ce style de film alors allez le voir tout de suite !!!

  • kou4k

    03/07/2008 à 15h54

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    Gros coup de maitre de Romero :

    Une parodie dans toute sa splendeur : scenes risibles, grosses carricatures, acteurs au jeu volontairement mauvais, et phrases cultissimes, remplies d'interrogations débiles et de radotage inutile.


    Et ce qui est le plus spectaculaire, c'est que tout est fait expres, mais que rien, ou presque n'a été dit aux grands medias. Personnages stéréotypés à l'extreme, scenes ultra revues, repliques kitsches, effets de cameras hilarants(le coup de je te filme tu me filme et je te refilme et on sort de la piece, vers la fin), scenes débiles(on se sépare dans l'hopital), ect.


    Le tout donne l'impression de se prendre très au sérieux, et  de nombreuses personnes, credules, en viennent à s'interroger sur les pseudos interrogations et leçons qui sont en fait là uniquement dans le but de provoquer les zygomatiques par leur fausse profondeur et la facon dont elles sont amenées...


    Au final, un vrai message : filmer jusqu'à la mort, c'est bien pour l'info, mais c'est débile... et encore plus quand au cinéma on en vient à pomper ridiculement un exercice de style pour en faire une mode.


    Du grand romero, certes, bousculant un chouia ses habitudes, mais avec cette notion de l'autoparodie énorme !


    Le must restant les réactions des spectateurs n'ayant pas saisi le fil :

    "-ouah, c'est risible, -peuh ca joue mal, -pas mal la fable sur la fin, -..."

  • Luz

    06/07/2008 à 04h25

    Répondre

     Volonté de faire un [Rec] intelligent ?


    Aie.

  • protoss

    06/07/2008 à 14h18

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    J'ai trouvé le film long. Je m'y suis ennuyé depuis le début, il manque du punch, c'est long. Trois heures pour que les persos arrivent dans un hosto. Trois heures pour dégommer trois petits zombis de l'hosto et pour se rendre compte qu'en fait c'était bien des zombis. Trois heures pour arriver à la fin du film. J'ai faillis sortir de la salle. Sans intéret. Mieux vaut aller voir Phenomène, même si c'est pas des zombis, au final l'histoire s'en rapproche et c'est bien mieux réalisé.


     


     


     


     


     


     

  • Bzhnono

    06/07/2008 à 19h05

    Répondre

    Je suis pas un spécialiste de Roméro, après tout je n'ai vu que 4 de ses films (tous sur les zombies, il ne me manque que Day of the Living Dead), mais quelque chose m'a vraiment choqué dans ce film.  Il est vide.


    Dans tous ses précédents films sur les zombies (enfin, que j'ai vu) Roméro a un message à délivrer. En général un message étoffé, clair et pas anodin. Ici, Roméro parle de l'internet, de l'info, des médias à l'heure d'internet et du "tous journalistes". Sauf que le problème c'est qu'il n'y a pas grand chose de neuf là-dedans. Ca fait quelques années que le sujet est là et a été maintes fois traité.


     


    C'est en ce sens que, pour moi, ce film est une déception. J'ai l'impression que Roméro n'a rien à dire, que son message n'est en rien novateur ou dénonciateur. Un film de zombie par Roméro qui ne délivre aucun message réel n'a pas grande importance.


    Ensuite on aimera, ou pas, la façon de filmer, les personnages (caricaturaux pour la plupart), les passages comique (l'amish dynamiteur, s'il est, je trouve mal venu pour un film dit sérieux, n'en reste pas moins un excellent passage), l'ambiance et les autres caractéristiques du film.


    En tout cas, j'ai été très déçu. Je m'attendais à un film dénonciateur de quelque chose, ou du moins qui me ferait réfléchir, c'est raté. Je m'attendais à un film oppressant et tendu, raté aussi par les passages comiques qui le discrédite.


     


    Le film n'est pas un ratage total, mais il est, à mon sens, inutile. 

  • Dat'

    06/07/2008 à 23h46

    Répondre

    Gros fan de Romero pour ma part, et je suis assez déçu aussi...


     Le film est anodin, inoffensif... A coté, il y a de tres bonnes trouvailles, en plus de l'humour bien noir, mais cela ne sauve pas quelques gros écarts... et dieu sait si je suis conciliant quand il s'agit de zombies...


    Pour repondre à Kou4k :


    Faire une parodie, c'est bien, mais cela n'empeche pas d'inserer des situations interressantes pour se faire... Parceque sur certains "level" du film, on se tourne mechamment les pouces, on s'emmerderai presque...


     

  • kou4k

    19/07/2008 à 10h43

    Répondre

    J'ai justement pensé que ces longueurs n'étaient pas inopinées. Elles participent en fait, à mon sens, à cette ambiance bien lourde de mauvais clichés et de passages inutiles.


    J'ai d'ailleurs la très nette impression que la vocation de ce film est, justement, d'être inutile, tout comme il estime désuet cette mode de delivrer un message pompeux à tout va et de laisser entrevoir une critique pitoyable de la société, comme si on ne la connaissait pas... en surfant sur un phénomène de mode, avec un exercice de style innovament recyclé histoire de faire sa part d'audience.


    Ces longueurs, comme tout le film, ne sont pas sans rappeler les dernieres zombies productions, qui se sont entêtées ces derniers temps à vouloir devenir intelligentes, pour n'en laisser ressortir qu'une puerile fable useless(REC, entre autres). Une parodie teintée d'un poil d'autocritique.


    Avis personnel sur le ressenti de ma part, mais la facon dont il a présenté le film, que ce soit avant ou apres sa sortie, me laisse cette nette impression... Retour aux sources, budget minable, même pas un mois de tournage.

  • nazonfly

    25/07/2008 à 07h41

    Répondre

    Je n'ai vu aucune interview de Romero donc cet aspect volontairement caricatural m'a totalement échappé. Faire un film volontairement inutile, ça veut dire quoi? Que la prise en main de l'info par les internautes est inutile. En passant, il y a une phrase qui m'a fait marrer dans le film, c'est de dire que quand il y a une multiplication des sources, la vérité se dilue. Il est sans doute largement mieux d'avoir une info unique avec une seule source?


    Il en sort que je me suis ennuyé comme pas possible. Et oui ce qui m'est venu à l'esprit, c'est un Rec intelligent, pseudo-intelligent. Si Rec avait été dénoncé comme étant lourd dans son propos, que dire de Diary of the Dead. Rec avait une histoire prenante, là rien de tout ça. Peut-être une volonté de prendre du recul, de vivre des événements sans les vivre réellement à cause des caméras.


    En tout cas, un gros bof. 

  • Jade

    26/07/2008 à 22h36

    Répondre

    Perso je retiens surtout la noirceur de ce film, qui vraiment va submerge tout le reste, a mes yeux. J'ai passe un bon moment, rigole a chaque blague foireuse et a chaque clin d'oeil bien lourd (je suis bon public, oui).


    Utile ou pas, je n'en sais pas grand chose, mais le divertissement etait la, la maitrise technique aussi (a mon humble avis en tout cas), et tout cela pour constater a quel point a defaut de 'message' (amusant d'en rechercher un alors que la seule chose bien claire dans ce film est de demontrer la vacuite de ce terme), Romero a plus ou moins retrouve son point de depart, la fin de ce Diary faisait echo a la fin de la nuit des morts vivants (les vivants qui s'amusent a tuer les morts).


     L'ambiance du film, l'attachement a montrer ce que fait de nous en tant qu'individus un systeme ou la part du collectif est trop grande, me paraissent plutot pertinents. Sinon, et je me repete, le pessimisme de ce film, avec des scenes dans le fond assez horribles (le gars qui suggere a un moment d'abandonner la fille blessee, le gamin qui tue son pere et sa mere, etc...), est vraiment ce que j'en retiendrais, a mon avis.

  • Anonyme

    05/10/2008 à 23h48

    Répondre

    Vraiment se film est un chef d'oeuvre !


     Une moral ! M'éritons-nous d'être sauvé... Je crois qu'elle était asser claire. Aussi je dirais qu'il veut nous faire comprendre que si ça arrive, c'est nous avec nos caméscopes qui devrons informer le publique pour le sauver.


     


    Rien avoir avec le projet Blair. Bien que se soit filmer par une caméra amateur on si habitut et tout est toujours bien cadrée, pas de zig zag sans arrêt qu'on ne vois rien.

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