6.5/10

deuxième souffle - 2007 (Le)

Le cercle rouge et vert : Melville en couleurs, c'est joli mais ça n'apporte pas grand chose de plus que quelques numéros d'acteurs.

Le deuxième souffle, est-ce celui du roman de José Giovanni, déjà adapté par Jean-Pierre Melville en 1966, ou celui justement de l'esprit melvillien, que Alain Corneau tenterait d'insuffler par le biais d'un casting hétéroclite ?..

Gustave Minda, dit ‘Gu' (Daniel Auteuil), se fait la belle après dix ans de taule. Il retrouve Manouche, sa régulière (Monica Bellucci) et Alban, son poteau (Eric Cantona). Mais les poulets sont sur sa trace, menés par le commissaire Blot (Michel Blanc). Gu sauvera-t-il à la fois sa peau et son honneur ?..

Lino Ventura en 1966
Lino Ventura en 1966
Ce projet, Alain Corneau le caresse depuis près de trente ans, depuis l'époque de ses premiers succès comme Police Python 357. Ami de José Giovanni, il a fréquemment discuté avec lui du premier film, que l'auteur ne portait pas dans son cœur à cause de tensions entre Melville et lui. Décédé en 2004, Giovanni ne nous dira pas ce qu'il pense de cette deuxième mouture, bien qu'il ait personnellement validé le choix de Daniel Auteuil dans le rôle principal, tenu précédemment par Lino Ventura.
Car il faut bien admettre que l'intérêt de cette nouvelle version tient essentiellement dans sa distribution. Eric Cantona s'impose comme un évident remplaçant de Michel Constantin, Philippe Nahon est un clone de Paul Frankeur, Michel Blanc un équivalent surprenant mais imparable du Paul Meurisse pince-sans-rire et tragique du premier film... les deux améliorations notables viennent de l'attribution des rôles de Jo Ricci et Stan Orloff : le premier est interprété par un Gilbert Melki toujours impeccable en ordure (mesquine ou pas) ; le deuxième est magnifié par Jacques Dutronc, qui lui confère une impressionnante force tranquille. D'un autre côté, on peut regretter que le rôle du frère Ricci (Paul dans la première version, Venture ici) passe de Raymond Pellegrin à Daniel Duval : le premier, récemment disparu, reste célèbre pour avoir prêté sa voix à Fantômas dans les trois films de André Hunebelle, et conférait évidemment à son personnage un caractère difficile à égaler.

Daniel Auteuil en 2007
Daniel Auteuil en 2007
Côté réalisation, Corneau choisit l'ultra-stylisation : deux couleurs, le rouge et le vert, dominent le film de façon si tranchée qu'on se croit parfois devant le Dick Tracy de Warren Beatty. Le choix de ces deux couleurs n'est pas innocent : la première représente la passion et le sang, la deuxième l'espoir et l'argent. Et la première, de façon significative, envahit toujours la deuxième à l'écran. Les idées de mise en scène fourmillent par ailleurs : cadrages de traviole, vues plongeantes, ralentis... Le tout confine au maniérisme, avec son envie de ressembler (de l'aveu même du réalisateur) au cinéma asiatique, qui semble représenter depuis quelques années une référence incontournable pour le cinéma occidental ; on retrouve donc dans l'image un peu de Wong Kar Waï et un peu de John Woo, sans savoir exactement ce qui justifie ces références (John Woo s'est toujours revendiqué de Jean-Pierre Melville, le serpent se mord la queue). D'autant plus que, sorti du casting flambant neuf et de ce laborieux travail sur l'image, le film n'est finalement rien de plus qu'une photocopie de celui de Melville. Les personnages sont melvilliens jusqu'au bout des ongles : amitié virile, sens de l'honneur disproportionné, look typique à base d'imper et de chapeau... La femme-objet ne s'en tire pas mieux ici que précédemment, juste bonne à pleurer pendant que les hommes la protègent où lui intiment de se taire. C'est du machisme à l'ancienne, sans chichi. On aime ou pas, mais c'est fidèle à Giovanni comme à Melville.

Pour ceux qui tolèrent le noir et blanc, on conseille de se tourner vers la version de 1966 ; pour ceux qui préfèrent le rouge et vert, la version 2007 est un polar fort et rythmé, mais pas trépidant ni bouleversant. Les acteurs jouent leurs partitions avec un talent comparable dans les deux films...

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