5.5/10

Deux jours à tuer

Antoine détruit méthodiquement toute sa vie. Becker, lui, détruit un propos intéressant pour faire du sentiment. Dommage.

Ah ! Tout envoyer bouler. Dire leurs quatre vérités à ses amis, mettre les points sur les i avec sa belle-mère. Qui n'a jamais rêvé de ça ? Partir et tout laisser tomber, commencer une autre vie. C'est sous ce pitch qu'est présenté Deux jours à tuer.

Mister Becker

Et elle, c'est 	Cristiana Reali, qui a une filmo toute pourrie
Et elle, c'est Cristiana Reali,
qui a une filmo toute pourrie
Antoine, qui vient d'avoir 42 ans, décide donc du jour au lendemain d'envoyer toute sa vie aux roses, du travail aux amis, en passant par sa propre famille, et notamment ses enfants dans une scène terriblement dure. C'est apparemment dans l'air du temps, et on a par exemple vu dernièrement Into the wild ou 99 F, plus ou moins sur le même sujet. Les liens avec 99 F sont d'ailleurs assez marqués, Antoine est publicitaire comme Octave dans le film de Kounen. Evidemment aussi, il vend de mauvais produits qu'il faut montrer sous leur meilleur jour sans une once d'originalité. Et, dans Into the wild comme dans Deux jours à tuer, le personnage principal quitte tout, sur un coup de tête ou presque. Seulement, là où McCandless, dans le film de Penn, part sans laisser d'adresse, sans donner de nouvelles à sa famille, Antoine lui éprouve un malin plaisir à détruire tout ce qu'il a construit. Dans ce sens, Deux jours à tuer est plutôt une réussite et vraiment jouissif. La scène du déballage des paquets cadeaux ou de l'essai de la voiture de course sont grinçante à souhait et sont plus à chercher du côté des films de Dupontel que de Becker. Avec la vie d'Antoine, c'est aussi la société qu'on interroge. Une société hypocrite, une société du paraître, une société dans laquelle l'argent est le principal sujet de conversation et aussi ce qui guide les gens. Une société qu'on aimerait parfois descendre comme le fait Antoine. Pendant les trois quarts du film.

Docteur Becker

La solitude de l'homme face à la mer (non je déconne)
La solitude de l'homme face
à la mer (non je déconne)
Parce que Becker n'est pas Dupontel, parce qu'il est sans doute trop difficile de détruire ce qu'on a construit sans raisons, Deux jours à tuer se tournera finalement dans un mélo dramatique, propre à amener les larmes aux yeux des spectateurs les plus insensibles. Et le film perd complètement sa force pour devenir bien conventionnel (encore qu'aujourd'hui on ne sache plus trop ce qui est conventionnel et ce qui ne l'est pas). D'autant plus que même les esprits les plus lents auront vu venir cette fin décevante à grands pas. Et ce ne sera pas la seule déception puisque les acteurs sont loin d'être convaincants, Dupontel en tête, que les dialogues sonnent souvent faux et que les plans sont parfois mal raccordés (observez la tache de vin sur Antoine pendant la scène du repas). Certes il reste quelques répliques agressives qui font mouche, par exemple en réponse au célèbre proverbe : « l'argent ne fait pas le bonheur ». Mais elles seront complètement mises à mal par cette triste fin, triste ayant ici plusieurs sens.

Si Antoine détruit tout ce qu'il a patiemment construit au cours de sa vie, à tel point que ça en est presque génial, Becker détruit tout ce qu'il avait réussi à montrer au début du film, à tel point qu'il n'y a plus de message intéressant, et qu'il ne reste plus qu'un film touchant, larmoyant et bien décevant.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

7 commentaires

  • hiddenplace

    09/05/2008 à 22h43

    Répondre

    Je ressors de ce film, plus ou moins partagée.


    Le format très court (1h25) devrait induire normalement que le film passe vite. Mais la première partie (car il y a deux parties: avant le départ d'Antoine, et après son départ) semble par moment plutôt interminable, ou plutôt laborieuse, tant les différents rôles secondaires (Marie José Croze en tête) semblent en faire des tonnes pour faire passer l'émotion attendue. En gros, on veut  nous faire passer le personnage de Dupontel pour un gros rabat joie cynique, et pour ce faire, tout le monde autour doit s'écraser. J'ai trouvé ça un brin facile, et que cela discréditait le jeu d'acteur pourtant très convaincant de Dupontel.


    En revanche à partir de la deuxième partie (la fuite), l'intrigue devient plus nuancée, les relations entre personnages aussi, jusqu'à la chute qui donne toute sa force au propos du film. 


    Globalement donc, même si la narration globale reste fluide, les dialogues manquent pas mal de naturel selon moi, ils sont limite théâtraux, ce qui est dommage pour un film du quotidien comme celui-là (je suppose que "vouloir tout foutre en l'air" est un thème d'identification très fort pour bcp de gens, et pas que les quadragénaire)


    J'ai aussi un peu été génée par une caméra (volontairement j'imagine)
    tremblotante au début, qui devait j'imagine appuyer la frénésie et la
    tension de certaines scènes. N'empêche que ça n'apportait pas tant que
    ça selon moi, et ajouté à tous les gros plans récurrents sur les
    visages, je pense que cela a contribué au sentiment de longueur de la
    première partie. 


    Mais globalement quand même, le thème, et l'interprétation d'Albert Dupontel sont suffisamment forts pour parvenir à bouleverser, et à faire réfléchir sur ce que nous vivons, ou ce à côté de quoi nous passons.


    C'est donc un film intéressant dans son propos, mais qui manque selon moi de nuances par moment. Mais aussi un très beau rôle pour Dupontel qu'il faut vraiment souligner.

  • nazonfly

    03/06/2008 à 15h36

    Répondre

    Il y a plus de critiques que d'avis des internautes

  • Luz

    03/06/2008 à 15h43

    Répondre

    Maintenant non !


    Notez que c'etait ma premiere critique ciné !

  • Anonyme

    03/06/2008 à 21h53

    Répondre

    j'ai beaucoup aimé ce film. Pas ordinaire du tout. Certains disent que c'était "téléphoné" ? ah bon, moi je n'ai rien vu venir, d'où mon admiration à la fin : superbe façon de gérer l'insupportable.
    Quant aux jeux des acteurs, bravo !

  • hiddenplace

    03/06/2008 à 22h19

    Répondre

    Moi non plus je n'ai rien vu venir^^, mais j'ai eu un peu honte par contre , parce que j'ai aussi comme l'impression que c'était assez prévisible, finalement^^

  • Luz

    04/06/2008 à 03h02

    Répondre

    C'était quand même gros comme une maison

  • Anonyme

    04/06/2008 à 09h04

    Répondre

    Non Hiddenpace, il ne faut jamais avoir honte de sa fraïcheur d'esprit. On est vieux quand on ne s'étonne plus de rien. Beaucoup de ceux qui disent que c'était "gros comme une maison" veulent soit passer pour de vieux blasés à qui on ne la fait pas , soit pour plus intelligents que les autres, mais j'en connais qui friment .

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